Veille technologique

pour les professionnels de l’industrie
S’abonner

S’inscrire à l’hebdo de la techno :

Rechercher sur Industrie & Technologies

Article Suivant
Facebook Twitter Google + Linkedin Email
×

partager sur les réseaux sociaux

Transhumanisme : la nouvelle lubie des « tech companies »

| | | | | |

Par publié le à 17h00

Notre santé, nos performances, le vieillissement de notre organisme, l'état de nos cellules... intéressent désormais les géants du Web, aussi étonnant que cela puisse paraître. Google est particulièrement actif sur le sujet, et affiche sa volonté de prolonger la vie ou de doper nos capacités. Apple, Microsoft et IBM investissent aussi un territoire sur lequel on ne les attend pas, celui de la médecine.

Simple coup de communication ou prise de position révélatrice de l'ambition prométhéenne de Google ? « Si vous me demandez aujourd'hui s'il est possible de vivre jusqu'à 500 ans, la réponse est oui », a récemment affirmé Bill Maris, l'homme à la tête de Google Ventures, la branche de capital-risque de la firme de Mountain View. Fracassante, la déclaration renvoie en tout cas au soutien que Google ne craint pas d'apporter au transhumanisme. Né dans les années 1980, ce courant de pensée controversé affirme que les capacités de l'homme pourront être augmentées grâce aux technologies NBIC, pour « nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives ». Principal représentant : Ray Kurzweil... embauché par Google comme responsable de l'ingénierie en décembre 2012. L'homme pilote avec Peter Diamandis, serial entrepreneur et père de la Fondation XPrize, la Singularity University, créée en 2008. Basée sur un ancien campus de la Nasa, elle tient son nom de la « singularité technologique », qui désigne, en jargon transhumaniste, un moment où les progrès technologiques ne résulteraient plus de l'homme, mais d'intelligences artificielles. Une transition qui pourrait intervenir avant 2045, si l'on en croit Ray Kurzweil.

Google investit les sciences de la vie

Sur place, des étudiants et chefs d'entreprise triés sur le volet étudient le temps d'un stage le potentiel des nanotechnologies, des biotechnologies, de la robotique et de l'intelligence artificielle. Ces technologies, que l'université qualifie d'exponentielles, sont intimement liées. « Aucune d'entre elles ne peut exister sans l'autre, souligne Laurent Alexandre, chirurgien spécialiste des NBIC et fondateur de Doctissimo et DNAVision. Pour se développer, l'informatique a besoin des nanotechnologies. Même chose pour les sciences cognitives, qui ne peuvent évoluer sans les progrès réalisés en matière de puissance informatique. » D'après lui, l'ensemble de ces technologies constituera à l'avenir une seule et même industrie, qui contrôlera toutes les autres.

Parmi les sponsors de cette université particulière, on retrouve sans surprise Google, qui s'est engagé à injecter chaque année 1,5 million de dollars pour les bourses d'études, mais aussi Microsoft, à travers le finlandais Nokia, racheté en 2013, le géant de l'informatique Cisco et l'éditeur de logiciels Autodesk.

Au-delà de ce soutien, Google multiplie les investissements tous azimuts et affirme être décidé à tromper la mort et à doper nos performances physiques et mentales. Dans cette optique, il s'empare de nouvelles technologies en investissant massivement dans des projets où l'on n'attendrait pas nécessairement un moteur de recherche, ni même le géant des technologies numériques qu'il est devenu. Une diversification en pleine accélération. En 2014, 36 % des actifs de Google Ventures ont été investis dans de jeunes sociétés relevant des sciences de la vie, contre seulement 6 % en 2013.

Parmi les investissements les plus marquants, on retrouve notamment la start-up 23andMe. Fondée en 2006, elle propose d'analyser le génome des particuliers à moindre coût, afin qu'ils puissent connaître leurs prédispositions génétiques à développer telle ou telle maladie et, in fine, mieux gérer leur capital santé. La jeune entreprise Flatiron Health est, elle, spécialisée dans l'analyse des données cliniques pour lutter contre le cancer. Elle a levé 130 millions de dollars il y a un an, lors d'un tour de table mené par Google Ventures. Cette année, Bill Maris dispose d'une enveloppe de 425 millions de dollars pour investir dans les start-up de son choix, soit une somme en hausse de 125 millions de dollars par rapport aux années précédentes.

L'intérêt de Google pour les technologies NBIC ne se limite pas à des investissements en capital-risque. Le géant de la Silicon Valley développe également ses propres projets. Il a ainsi annoncé, en septembre 2013, la création de Calico (California Life Company), une société spécialisée dans les biotechnologies. Son but ? Ralentir le vieillissement de l'homme et soigner les maladies dégénératives. Google coopère ici avec son grand rival Apple. En effet, Calico est dirigée par Art Levinson, membre du conseil d'administration de la marque à la pomme et ancien PDG de Genentech. Plus récemment, le moteur de recherche a mis sur pied une équipe de chercheurs pour mener la Baseline Study, étude qui doit déterminer ce qu'un individu sain signifie d'un point de vue cellulaire et moléculaire.

Parallèlement à ces projets, la firme dirigée par Larry Page mène une batterie d'expérimentations au sein du X Lab, son laboratoire dédié à l'innovation de rupture. Google a ainsi dévoilé un prototype de lentille intelligente pour diabétiques afin qu'ils puissent mesurer en continu, via une connexion sans fil, leur niveau de glucose à partir du fluide lacrymal. Cette lentille devrait être commercialisée dans les cinq prochaines années, grâce à un partenariat noué avec le groupe pharmaceutique suisse Novartis.

Un bracelet aimanté contre le cancer

Toujours dans l'objectif de lutter contre le cancer, Google a déposé il y a quelques semaines une demande de brevet pour un bracelet connecté. Ce dispositif, encore à l'état de concept, intervient en complément du projet de nanoparticules dévoilé plus tôt par Google. Ingérées, les nanoparticules se fixeraient sur les cellules cancéreuses. Équipé d'un aimant, le bracelet attirerait ces nanoparticules dans lesquelles des métaux sont intégrés. Un signal se chargerait ensuite de détruire les cellules cancéreuses sur lesquelles les nanoparticules se sont fixées. Le signal pourrait être de différentes natures : optique, par radiofréquence, voire par pulsations acoustiques ou infrarouges.

Sans aller jusqu'à afficher un soutien aussi net que la firme de Mountain View pour le transhumanisme, les autres grands noms de la Silicon Valley montrent également de plus en plus d'intérêt pour les sciences de la vie, la santé, et plus particulièrement le secteur de la médecine prédictive. Contrairement au curatif, cette approche veut prévenir les maladies, en maintenant en permanence les individus en bonne santé grâce à la collecte et à l'analyse des données en temps réel. Un domaine où excellent justement les tech companies...

Apple a récemment levé le voile sur ResearchKit. Déployée en mode open source, cette plateforme souhaite transformer l'iPhone en outil pour la recherche médicale. Les utilisateurs volontaires peuvent ainsi transmettre à différents centres de recherche les données issues des applications de santé de leur iPhone, regroupées sous le drapeau HealthKit. L'initiative vise à réaliser de nouvelles études de grande ampleur pour mieux appréhender des pathologies comme l'asthme, le diabète ou les maladies cardiovasculaires. Elle doit également amener les utilisateurs à adopter de nouvelles habitudes en fonction des informations recueillies pour se maintenir en bonne santé. La récente commercialisation de l'iWatch devrait faciliter la collecte des données physiologiques. De son côté, Microsoft n'est pas en reste. La firme de Redmond a dévoilé en octobre dernier son bracelet connecté, le Microsoft Band, relié à l'application de santé Microsoft Health. Le groupe espère tirer son épingle du jeu grâce à son expertise en matière de big data, d'intelligence artificielle et de machine learning pour exploiter au mieux les données récoltées.

200 millions de pages lues en quelques secondes

Des domaines de compétences où l'entreprise est toutefois concurrencée par IBM. L'année dernière, la firme a débloqué plus d'un milliard de dollars pour doper l'intelligence de son cerveau artificiel Watson. Depuis quelques mois, des cancérologues américains travaillent avec l'aide de ce super ordinateur, capable de lire plus de 200 millions de pages d'études en quelques secondes. En fonction du profil du patient, l'intelligence artificielle d'IBM émet des recommandations de traitement au médecin. Ce dernier conserve alors son rôle d'expert, mais bénéficie d'une aide à la décision à la fois rapide et pertinente.

L'intelligence artificielle, c'est également le domaine dans lequel a choisi d'investir Facebook. Si le réseau social de Mark Zuckerberg reste très discret en matière de santé, il accélère clairement dans le domaine des sciences cognitives. En décembre 2013, Facebook a recruté le français Yann LeCun pour diriger son laboratoire d'intelligence artificielle. Aucun détail n'a été révélé quant aux montants investis dans ce domaine mais, selon le Français, Facebook serait en train de s'entourer de la plus grosse équipe de recherche sur le sujet dans le monde. Ici, l'objectif affiché est de mieux comprendre les 1,4 milliard d'utilisateurs actifs du réseau social. « Toutefois, nuance Laurent Alexandre, Facebook pourrait très bien utiliser cette intelligence artificielle pour d'autres applications... Tous les acteurs de la Silicon Valley partent de l'informatique pour se diriger vers les NBIC. C'est un processus logique quand on est un leader du Web. »

Le marché prometteur de l'e-santé

En France, la santé représente près de 12 % du PIB selon l'Insee. Le secteur de l'e-santé, qui s'adresse potentiellement à tous les individus, devrait largement dépasser celui de l'e-commerce, qui, sur le seul territoire français, a représenté 57 milliards d'euros en 2014, selon la Fédération du e-commerce et de la vente à distance (Fevad). Outre le marché de la santé, les NBIC (nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives) sont un levier d'innovation majeur pour de nombreux secteurs industriels (cosmétique, environnement, construction, agroalimentaire, transports). Selon le cabinet McKinsey*, les marchés mondiaux des nanotechnologies et de la biologie de synthèse devraient respectivement représenter 3 000 milliards et 10 000 milliards de dollars à l'horizon 2025. *RAPPORT « DISRUPTIVE TECHNOLOGIES », PUBLIÉ EN MAI 2013

TECHNOLOGIES ÉMERGENTES : DES INVESTISSEMENTS TOUS AZIMUTS

Google Robotique Rachat de huit start-up spécialisées dans la robotique, dont Boston Dynamics. Partenariat avec Johnson et Johnson pour créer un robot chirurgien. Nanotechnologies Mise au point de lentilles connectées pour diabétiques, de nanoparticules à ingérer pour le diagnostic précoce de maladies et d'un bracelet anticancer. Biotechnologies Investissement de 36 % des actifs de Google Ventures dans les sciences de la vie en 2014. Création, en septembre 2013, de la société de biotechnologies Calico. Technologies « exponentielles » Soutien financier à l'université de la Singularité. Intelligence artificielle Mise au point de l'assistant vocal Google Now. Apple Objets connectés Développement d'apps de collecte de données de santé par l'iPhone et l'iWatch, et de la plateforme open source ResearchKit, qui permet aux chercheurs de travailler sur ces données. Intelligence artificielle Mise au point de l'assistant vocal Siri. IBM Intelligence artificielle Investissement de 1 milliard de dollars en 2014 pour doper l'intelligence artificielle de Watson, utilisée notamment par des cancérologues. Microsoft Objets connectés Développement du bracelet connecté Band et de l'application Microsoft Health à laquelle il sera relié, pour collecter des données dans une logique de médecine prédictive. Technologies « exponentielles » Soutien financier à l'université de la Singularité. Intelligence artificielle Mise au point de l'assistant vocal Cortana, développé dans le cadre du projet Einstein. Facebook Intelligence artificielle Recrutement de l'expert français Yann LeCun. Mise en place de la plus grande équipe de recherche dans ce domaine. Développement de la plateforme en open source Torch.

Les smartphones jouent les auxiliaires médicaux

cApple estime que l'iPhone peut devenir un outil d'aide à la recherche médicale et de diagnostic. Très puissant (le processeur compte 2 milliards de transistors) et doté d'une série de capteurs (accéléromètre, gyroscope, boussole et baromètre), l'iPhone 6 est capable de recueillir et de traiter un certain nombre d'informations sur notre activité. Apple a donc déployé ResearchKit, une plateforme en open source, pour que les scientifiques puissent développer des applications et des tests médicaux qui leur permettront de récupérer, anonymement et avec la permission des utilisateurs, des données objectives à grande échelle. Objectif : permettre à chacun d'approvisionner la recherche et d'adopter de meilleures habitudes de vie pour se maintenir en bonne santé.

23andMe scrute l'ADN

cAnalyser le génome des particuliers afin qu'ils puissent connaître leurs prédispositions génétiques à développer 254 maladies listées, c'est ce que propose 23andMe. La jeune pousse, dans laquelle Google a investi 3,9 millions de dollars, n'utilise pas la technique du séquençage, mais celle du génotypage, plus rapide et beaucoup moins coûteuse, car elle ne nécessite pas d'analyser le génome complet de l'individu. 23andMe s'appuie sur la technologie HumanOmniExpress-24 d'Illumina. Elle permet d'identifier uniquement les variations de notre ADN, appelées SNP (single nucleotide polymorphisms), à l'aide de biopuces. Ces dernières sont de simples lames de verre percées, dans les interstices desquelles sont insérées des structures sphériques, sur lesquelles sont greffés des oligonucléotides fluorescents. Ce dispositif vise des locus spécifiques de l'ADN. Une fois les locus d'intérêt identifiés, ils sont amplifiés via PCR (réaction en chaîne de la polymérase), pour obtenir d'importantes quantités du fragment d'ADN d'intérêt. Il est alors possible de déterminer quel allèle est responsable d'une variation. La technologie d'Illumina peut interroger un million de locus sur une seule lame avec une faible quantité d'ADN.

IT WEBDes lentilles connectées pour diabétiques

En juillet dernier, Google et le groupe pharmaceutique suisse Novartis ont annoncé un partenariat pour produire des lentilles de contact intelligentes dédiées aux diabétiques. Munies de microprocesseurs miniaturisés et connectés, elles mesureront la présence de glucose dans le liquide lacrymal et télétransmettront les données à un récepteur mobile.

Abonnez-vous et accédez à l’intégralité de la veille technologique

Commentaires

Réagissez à cet article

* Informations obligatoires

erreur

erreur

erreur