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Sécurité, durabilité, fiabilité : la Blockchain peut-elle tenir ses promesses ?

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Par publié le à 06h06

Sécurité, durabilité, fiabilité : la Blockchain peut-elle tenir ses promesses ?

Popularisée par le Bitcoin, la technologie blockchain, cette gigantesque base de données décentralisée, certifiée et incorruptible, attise l’intérêt pour des applications variées. Elle présente pourtant des risques importants et une part d’incertitude. Jean-Paul Delahaye, professeur émérite à l'université de Lille et chercheur au centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille du CNRS, s'est penché sur son coût énergétique. Il confronte son point de vue avec Claire Balva, présidente de la société de conseil Blockchain partner.

Industrie & Technologies : La blockchain est présentée comme infalsifiable. Pourtant, il y a eu des exemples d’attaques, comme celle qui a secoué la communauté Ethereum en 2016…

Claire Balva : En près de huit ans, aucune attaque n’a affecté le protocole de la blockchain elle-même, seulement les applications qui y sont attachées. Du moins concernant les grandes blockchains publiques comme Ethereum ou Bitcoin. Ces protocoles étant répandus dans un grand nombre de serveurs un peu partout sur la planète et dupliqués dans leur intégralité, les attaquer coûterait plus cher que de contribuer à leur évolution.

Jean-Paul Delahaye : Les attaques dont on entend parler sont menées contre des détenteurs de cryptomonnaie qui gèrent leurs clés imprudemment, non contre le protocole. Une attaque, en 2010, a tout de même exploité un bug dans le programme du réseau Bitcoin, mais sans conséquences graves. Des risques existent cependant en théorie, comme l’attaque des 51 % : des acteurs qui détiendraient plus de la moitié de la puissance du réseau pourraient effacer certaines transactions, dépenser deux fois l’argent de certains comptes et faire basculer la confiance. Le coût d’une telle attaque sur la blockchain Bitcoin serait de plusieurs milliards de dollars. Un état pourrait décider d’investir massivement pour mener une telle attaque si une cryptomonnaie concurrençait la monnaie nationale.

Le coût énergétique de la blockchain Bitcoin est régulièrement pointé du doigt. Cette technologie est-elle soutenable sur le long terme?

J.-P. D. Les chiffres cités sont parfois approximatifs, mais celui-ci est indiscutable : si tous les mineurs [chargés de valider les transactions et de sécuriser la blockchain, ndlr] utilisaient l’outil de minage le plus efficace, le réseau Bitcoin impliquerait une dépense énergétique annuelle de 18 TWh. C’est l’équivalent de deux réacteurs nucléaires de puissance moyenne. Cette dépense énergétique est liée au fait d’exiger des mineurs, pour valider les transactions, une preuve de travail impliquant des calculs complexes et donc énergivores. Le mieux serait de changer ce principe. Cependant, les décideurs, ceux qui disposent d’une part significative de la puissance du réseau, n’y ont aucun intérêt. Toutes les machines qu’ils ont achetées pour exécuter cette tâche ne vaudraient alors plus rien. Il en résulte un statu quo inquiétant.

C. B. Aucune étude vraiment sérieuse n’a été faite sur la consommation d’énergie du Bitcoin. De plus, on n’a jamais établi de comparaison avec le secteur bancaire. Il est probable que celui-ci consomme autant, voire bien plus. Enfin, des algorithmes de consensus innovants, comme la preuve d’enjeu, apparaissent pour remplacer la preuve de travail, mais il faut pouvoir le faire en gardant le même niveau de sécurité.

Les blockchains sont-elles conçues pour faire face à une croissance rapide ? Ne risquent-elles pas d’être victimes de leur engouement ?

C. B. En effet, la question se pose. Mais des travaux, déjà avancés, sont en cours pour résoudre ce problème potentiel, notamment en stockant une partie des informations en dehors de la blockchain. Cependant, même si la taille de la blockchain augmente largement, les progrès techniques réalisés en matière de stockage vont encore plus vite.

J.-P. D. Le problème existe, et concerne principalement Ethereum. Son protocole, complexe, rend cette blockchain fragile. Si trop de gens venaient à s’y intéresser et à déposer des contrats intelligents, on pourrait craindre que les serveurs ne soient plus assez puissants pour stocker l’ensemble de la blockchain et des informations qu’elle comporte.

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