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Robolution : ce n'est que le début, selon Bruno Bonnell

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Par publié le à 08h00

Robolution : ce n'est que le début, selon Bruno Bonnell

Bruno Bonnell est associé fondateur de Robolution Capital et président de Robopolis.

La sixième édition du salon Innorobo, qui se tient pour la première fois à Paris, va ouvrir ses portes demain matin. A cette occasion, la rédaction d'Industrie & Technologies a interviewé Bruno Bonnell, associé fondateur du fonds d'investissement Robolution Capital et administrateur de la société Robopolis. Promoteur inépuisable de la robotique, il nous livre sa vision des principaux défis technologiques à venir et liste les terrains où la France a des cartes à jouer pour se hisser dans le peloton de tête de la robolution.

Industrie & Technologies : Les cobots étaient les grandes vedettes du salon Innorobo l’année dernière. D’après vous, le seront-ils encore cette année ?

Bruno Bonnell : Je pense que la robotique est en train de se segmenter de plus en plus et je ne serai pas étonné de voir que, cette année, les vedettes du salon Innorobo seront les technologies invisibles de la robotique, comme les logiciels, l’intelligence artificielle, la technologie fine de capteurs et les nouveaux types d’actionneurs. On peut faire une comparaison avec les téléphones portables : personne ne connaît aujourd’hui la puce principale qui permet à l’iPhone de faire des merveilles. La robotique est un secteur qui devient de plus en plus mature et il y a donc un ensemble de technologies invisibles de plus en plus sophistiquées qui commencent à être produites en volume.

I&T : Selon vous, les biotechnologies vont jouer un rôle clé dans la robotique. Pourquoi ?

B.B. : La problématique essentielle de la robotique va concerner l’énergie. Aujourd’hui, un robot mécanisé, doté de microprocesseurs et de capteurs, consomme énormément plus d’énergie que le cerveau humain, qui ne fonctionne qu’avec une puissance de 40 watts. Pour rendre les robots plus autonomes et plus rapides, il va falloir optimiser les technologies existantes mais aussi chercher dans la biologie des innovations de rupture comme l’ordinateur biologique, le stockage de données sur ADN ou encore des mécanismes d’analyse chimique qui se trouvent dans les plantes. J’appelle cela la robiotique. Mais ça n’arrivera qu’à l’horizon 2050.

I&T : Quels sont les autres défis technologiques qui doivent encore être relevés ?

B.B. : Le champ d’intervention de la robotique grandit sans cesse, que ce soit au niveau des domaines d’activité ou des solutions innovantes. Le plus gros défi c’est de ne pas penser qu’on est arrivé à un stade où l’on peut se reposer. Les avancées technologiques actuelles ne constituent que le début de la robolution. Il ne faut surtout pas baisser les investissements en recherche et en analyse de marché.

I&T : La France a loupé le virage de la robotique industrielle. Aujourd’hui comment peut-elle rebondir ?

B.B. : Attention, je ne crois pas que la France ait raté la vague de robotique industrielle. Elle a été très pionnière dans l’élaboration des premiers robots industriels. Mais, parce que notre tissu industriel lui-même s’est considérablement abimé, nous avons dû céder des sociétés et des brevets à des acteurs étrangers. La France a loupé la première manche de la robotique industrielle, mais c’est un jeu qui se joue en de très nombreuses manches.

Par ailleurs, il y a de nombreux terrains où la France innove. Je pense aux navettes automatiques avec Navya. C’est le seul véhicule au monde sans chauffeur entièrement robotisé qui soit commercialisé. Il y a aussi l’entreprise RB3D à Auxerre qui réalise des innovations considérables dans les cobots d’assistance pour soulager les troubles musculo-squelettiques (TMS). Il y a aussi le groupe Gorgé, qui est une référence dans la robotique militaire. Je pense également à Parrot avec ses drones. Et toutes ces technologies-là ont des dérivées industrielles. Navya réfléchit, par exemple, au transport de biens et de personnes à l’intérieur d’usines. Parrot développe des drones à usage industriel. D'une manière générale, la frontière entre robotique de service et robotique industrielle est très fine et très floue au niveau de la méthode et de la recherche.

I&T : Où en sommes-nous trois ans après le lancement du plan France robots initiatives, qui visait à faire de la France un leader mondial de la robotique ?

B.B. : Ca va pas mal ! En termes de formation, il y a de plus en plus d’écoles qui proposent des formations en robotique. Côté financement, 50 robots déployés dans des PME ont bénéficié d’une aide au financement. Et, le fonds Robolution Capital, doté d’une enveloppe de 80 millions d’euros, a déjà réalisé une dizaine d'investissements.

I&T : Le segment des robots compagnons peut-il vraiment constituer un relais de croissance pour la robotique française ?

B.B. : Croire qu’il y a un marché du robot compagnon fait partie de la liste des fantasmes depuis Nao. Les attentes des consommateurs pour un véritable robot compagnon est d’un niveau tel qu’il faudra plusieurs dizaines d’années avant de voir émerger une solution qui propose un rapport performance/prix acceptable. Les robots compagnons d’aujourd’hui n’ont résolu qu’une partie du problème. Nao a résolu celui de la sympathie, Buddy de Blue Frog Robotics celui de la problématique de l’interconnectivité des objets. Mais aucun pour le moment ne sait servir un verre d’eau à une personne. Le robot compagnon tel qu’on le rêve n’arrivera pas avant plusieurs années. Ce n’est pas un hasard si R2D2 est dans Star Wars.

Toutefois, d’ici là, je pense que l’on va assister à l’adoption de plusieurs robots par foyer au cours des 20 prochaines années. A commencer par les robots ménagers. En sept ans, la part des robots aspirateurs dans le marché des aspirateurs est passée de 0 à pratiquement 10%. C’est du jamais vu. Il y a une spontanéité d’acquisition qui n’existait pas il y a cinq ans. Il y a aussi les robots de piscine, les robots de tondeuse à gazon. Ces robots ont des intelligences de différents niveaux mais ils vont permettre de s’habituer à interagir avec des objets capables de réagir à un certain nombre de paramètres et de situations. C’est une plate-forme nécessaire à l’adoption des robots compagnons plus tard.   

I&T : La R&D française en robotique est-elle suffisamment développée ?

B.B. : Non seulement elle est suffisamment développée mais, en plus, nous sommes très en avance. Nous comptons 60 équipes de reccherche en robotique en France. C’est moins qu’aux Etats-Unis ou au Japon, mais c’est beaucoup plus que dans d’autres pays, comme l’Allemagne ou l’Italie. Nous avons donc un haut niveau de R&D et on voit émerger beaucoup de nouvelles entreprises. Nous comptons plusieurs centaines de start-up sur le territoire en lien avec la robotique. Ce nombre englobe les entreprises qui travaillent sur l’intelligence artificielle, les actionneurs, les capteurs ou encore les matériaux sensitifs.

Propos recuellis par Juliette Raynal

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