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[Reportage] Les maxi trimarans survolent la Route du Rhum

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Par publié le à 08h30

[Reportage] Les maxi trimarans survolent la Route du Rhum

Le Maxi Banque Populaire IX participe à la Route du Rhum.

La Route du Rhum fête ses 40 ans. Cette compétition, qui met à l’eau des bateaux de tous horizons, verra s’affronter de belles créatures des mers. Les plus impressionnantes : les maxi trimarans. Ces navires trois coques de grande envergure ont, pour l’occasion, appris à voler! Direction Lorient, pour découvrir l’une d’entre elles : l’Ultim de Banque Populaire.

Saviez-vous qu’un bateau pouvait voler ? C’est la performance que tenteront de réaliser les maxi-trimarans de la Route du Rhum, si les conditions météorologiques le leur permettent. Le 4 novembre, ces navires vont prendre le départ de la quarantième édition pour rejoindre Pointe-à-Pitre depuis Saint-Malo, aux côtés d’autres bateaux de différentes catégories. Pour l’occasion, ces créatures des mers ont appris à voler ! Une prouesse permise grâce à des innovations apportées aux appendices du bateau.

Pour les découvrir, nous avons embarqué - ou presque - à bord de l’un d’entre eux : l’Ultim de Banque Populaire. Nous sommes allés à la rencontre de son équipe, dont le bureau d’étude est situé dans la base des sous-marins de Lorient. Gautier Levisse, ingénieur du bureau d’études, mènait la visite du Maxi Banque Populaire IX, ce maxi-trimaran que pilotera Armel Le Cléac’h, vainqueur du Vendée Globe 2016-17. L’aventure, confie notre guide, aurait pu être stoppée nette une nuit d’avril : le trimaran a chaviré au large des côtes marocaines. A sept mois de la compétition, la course contre la montre est alors lancée : l’équipe Banque Populaire et ses partenaires (VPLP, Gsea design et CDK) redoublent d’effort pour remettre sur pied le trimaran en quatre mois. Une prouesse humaine.

A terme, le bateau ne touchera plus l’eau

Sur le quai, le maxi-trimaran impressionne par sa taille : une longueur de 32 mètres, une largeur de 23 mètres et une hauteur 38 mètres. En posant le pied sur l’une des trois coques qui le composent, on découvre sous celle-ci sa botte secrète : un foil jaune fluo. « Les trimarans ont depuis longtemps des foils, des appendices porteurs, mais ils ne servaient pas à lever complètement la plateforme »,  commente l’ingénieur. Ceux-ci permettaient déjà de faire sustenter un bateau de cette taille, mais pas de le faire décoller.

Et au fait, comment un bateau fait-il pour voler ? « C’est très comparable à ce qu’il se passe sur un avion : on a des ailes - des foils, des safrans - qui sont dans l’eau. Quand on arrive à une certaine vitesse, vers les 25 noeuds (environ 50 km/h), ces appendices - réglés par le pilote - génèrent une poussée verticale qui permettent de contrecarrer le poids du bateau. Et celui-ci se lève. En décollant, il génère beaucoup moins de trainée dans l’eau et accélère assez fortement. » Le pilote peut régler les foils grâce à des vérins hydrauliques, en fonction du vent et de l’état de la mer. D’autres points d’appui sont également nécessaires à ce décollage : les trois safrans, disposés à l’arrière des trois coques et reliés à la barre du bateau, sont équipés de plans porteurs en « T ». Un autre plan porteur se situe sous la dérive centrale, complétant le travail des foils et des safrans.

Mais pour faire décoller un bateau, il faut que les conditions extérieures - vent, mer, etc. -  soient bonnes : « La grosse difficulté, c’est que les bateaux évoluent dans des éléments qui varient tout le temps. La mer peut être totalement lisse ou totalement déformée. On est en quête de stabilité pour que, dans n’importe quelle condition, le bateau puisse voler. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Notre objectif à terme est que le bateau ne touche plus l’eau. » Aujourd’hui, la vitesse maximale atteinte lors d’un entraînement est de 46 noeuds, soit 85 km/h. Selon les conditions en mer, un trimaran peut voler entre 50 et 80 % du temps de course.

Plus de données

La visite du cockpit est également instructive : ordinateur, écrans de données, boutons de commande en tous genres, point d’eau, couchette… tout est optimisé pour qu’un homme, seul, puisse prendre la mer. Il lui suffit de tendre le bras ou de faire un pas pour atteindre les commandes. « On donne au pilote de nouvelles données : grâce aux capteurs, on est capables de donner en trois dimensions la position du bateau par rapport à la hauteur de l’eau. Le pilote sait si le bateau est en vol, peut connaître la longueur d’onde de la mer pour anticiper les vagues. » Des centrales inertielles permettent en plus de connaître les accélérations dans les trois directions et les rotations du bateau. « Ce ne sont pas vraiment des choses nouvelles, mais on les utilise beaucoup plus : on devait utiliser 50 % de l’efficacité des capteurs, maintenant on est à 100 %. »

De plus, de la fibre optique a été déployée dans l’architecture du bateau. Chaque fibre, équipée d’une dizaine de capteurs, est indépendante et permet ainsi la redondance. « On a un interrogateur sur le bateau qui envoie un signal lumineux dans la fibre. Si la fibre est contrainte (température ou physique), l’information est remontée. » Toutes les données recueillies lorsque le bateau est en mer restent sur le bateau : « nous aimerions disposer d'une retransmission directe, mais nous sommes limités par les satellites et les antennes à bord. Lorsque le bateau revient, nous déchargeons les données sur des clés usb, nous les mettons sur un serveur et ensuite nous les exploitons. » Ces mesures permettent aux ingénieurs d’améliorer les performances du bateau.

Un seul homme aux commandes

Mais la technologie seule n'est bien sûr pas suffisante pour gagner une course. Il faut un bon pilote. « C’est un homme qui va manoeuvrer la machine 24h/24 en solitaire. Il faut qu’il puisse se reposer correctement. On construit une bête de course technologique et on met un homme seul à bord. Si cet homme n’est pas capable d’utiliser le bateau à 100 % à cause d’un inconfort ou que les manoeuvres ne sont pas adaptées, ça ne sert à rien de construire une bête de course. Mieux vaut encore perdre en performance au niveau du bateau, pour augmenter celle du skippeur. Ainsi, il utilisera le bateau plus vite. »

La réalisation du bateau repose en effet sur le ressenti du skippeur : l’idée étant de savoir jusqu’où le bureau d’études peut pousser la technologie, et jusqu’où l’homme va s’y adapter. « Nous avons la chance d’avoir Armel Le Cléac’h, qui a un mental d’acier. Il nous permet de pousser la technologie plus loin en s’adaptant. Le pilote nous met très peu de contraintes et nous pousse même vers l’avant. Il ne nous a jamais dit que telle ou telle chose était invivable. » Ce marin solitaire sait dompter sa voilure contre vents et marées.

L'un des foils :

Le cockpit du pilote :

Dans la base de l'équipe Banque Populaire :

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