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Pourquoi Nicolas Hulot a tort de vouloir se passer du pétrole français

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Par publié le à 11h32

Pourquoi Nicolas Hulot a tort de vouloir se passer du pétrole français

Un puits de Lundin, à Villeperdue, dans le bassin parisien. Le groupe familial suédois Lundin dirigé depuis Genève est le troisième plus gros opérateur du pétrole français, via sa filiale Lundi International, avec environ 15% de la production.

Dans le cadre du Plan Climat dévoilé le 6 juillet, le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot s’est engagé à interdire tout nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures, pour qu’il n’y ait plus de puits exploités en 2040. Si elle est symbolique - aucun nouveau permis n’a été délivré depuis 2010 - , cette décision n'a pas de sens, selon Marc Feugère, consultant pour l’exploration en France au sein de la société SP2 MARC. Pour lui, la France, très dépendante au pétrole, a tout à gagner à conserver une production locale. 

I&T : Comment accueillez-vous la déclaration de Nicolas Hulot d’interdire tout nouveau permis d’exploration d’hydrocarbures en France ?

Marc Feugère : C’est incroyable ! L’exploration pétrolière est touchée depuis plus de dix ans par de multiples freins : des moratoires, des suspensions ou des retards de permis… Les derniers ministres de l’environnement, quel que soit le gouvernement, semblent tous déconsidérer le pétrole. Il n’y a donc quasiment plus eu de nouveaux permis accordés depuis Jean-Louis Borloo en 2010.  Le pétrole est pourtant une ressource stratégique dont nous avons encore fondamentalement besoin. Sans pétrole, de très nombreux secteurs, à commencer par le transport, la défense nationale, et l’agriculture, sont totalement bloqués. Rappelez-vous des dernières grèves des dépôts d’hydrocarbures en mai 2016, et les files d’attente occasionnées aux stations services en Bretagne et Ile-de-France !

Sachant cela, se passer de l’apport français est une ineptie. La production en France a pourtant augmenté de 9% en 2015, pour un total de 830 000 tonnes d’hydrocarbures, essentiellement du pétrole extrait du territoire métropolitain. Cette augmentation est due au fait que l’on arrive à améliorer la production des vieux champs. Car, à part les découvertes récentes au large de la  Guyane, qui ne sont pas encore confirmées, on n’a plus enregistré de nouvelles découvertes significatives depuis plus de 15 ans, et du fait de l’extraction continuelle, les réserves diminuent. On va donc arriver peu à peu à un épuisement des réserves, faute de renouvellement, et à une industrie qui va se marginaliser. On consomme 75 millions de tonnes d’hydrocarbures en France par an. La production française n’en couvre qu’1%, mais c’est tout bénéfice : la chaine de production est française et l’approvisionnement en boucle locale, de la tête de puits au réservoir de la voiture, en passant par les raffineries locales.

I&T : Reste-t-il beaucoup de pétrole à exploiter dans le sous-sol français ?

M.F. : La France est un pays sous exploré. La dernière vague d’exploration date des années 1980 et 1990. Mais à part deux découvertes importantes, dont Villeperdue, en 1982 dans le bassin parisien, et qui avait relancé l’exploration, les résultats n’ont alors pas été à la hauteur des espérances  en raison d’une mauvaise calibration - corrections statiques - des données sismiques. A cause de cela, beaucoup de forages ont été réalisés –avec un pic en 1985- sur des prospects qui semblaient intéressants mais se révélaient des leurres. On sait cela depuis 15 ans et on bénéficie à présent d’outils de calculs bien plus efficaces pour exploiter les données collectées.

Il n’y a même plus besoin de faire de nouvelles campagnes géophysiques : les données sont déjà là, relevant du domaine public et disponibles à tous ceux qui désirent les étudier, pour permettre de déterminer les endroits où il faudrait effectuer des puits de forage d’exploration et vérifier le potentiel en jeu. Total a jugé que le sous-sol français ne recélait plus de gros potentiel à sa hauteur, et a donc cédé – pour la deuxième fois – son portefeuille minier terrestre au moment de la fermeture de Lacq en 2013, mais d’autres pétroliers, plus petits et indépendants,  y croient et sont intéressés pour explorer. Je pense que l’on pourrait doubler la production domestique, si l’exploration pouvait être conduite correctement avec les permis correspondants.

I&T : Des raisons environnementales ou de nuisances locales expliquent-elles la décision de Nicolas Hulot ?

M.F. : L’activité pétrolière s’est toujours bien passée en France. Mais elle est victime de sa discrète efficacité. L’exploitation donne lieu à des redevances qui enrichissent communes et collectivités concernées. J’ai été sidéré lorsque la Seine et Marne a déclaré en 2010 qu’elle souhaitait mettre fin à l’exploitation de pétrole sur son sol. Ce département qui produit 20% de la production française touche 1,5 million d’euros de redevances annuelles pour cela. Il n’a évidemment pas donné suite. Il n’y a pas de raisons environnementales à arrêter l’activité d’exploration pétrolière en France. Elle a une très faible empreinte écologique, en occupant très peu de terrain, au plus un hectare, pour la phase d’exploration, et encore moins pour l’exploitation. En cas d’échec, le terrain loué est restitué à son propriétaire dans son état initial.

Enfin, toutes les opérations se font dans un extrême souci de la sécurité, sont encadrés par le Code minier et contrôlées par les DREAL (police des mines). Je suis tout à fait d’accord sur le fait d’arrêter les centrales au fioul : il faut passer au gaz pour les besoins d’appoint. Mais se passer d’une production nationale réalisée dans des conditions strictes, sûres et respectueuses de l’environnement, n’a pas de sens. Dans certains pays, cette exploitation est désastreuse. Pourquoi importer du brut du Nigeria, dont le littoral est totalement pollué par une exploitation très mal encadrée ?

I&T : Qu’avons-nous à gagner à exploiter le pétrole en France ?

M.F. : Nous importons pour environ 3 milliards d’euros de pétrole par mois. Le pétrole produit en France correspond à autant de capitaux qui restent en France, et il est  traité dans une chaine locale, pour un approvisionnement local. Nous disposons d’une forte industrie dans l’amont, avec des leaders mondiaux comme CGG, Schlumberger, Technip ou Vallourec, et dans l’aval, nous avons encore 8 raffineries en activité en France, tous à même d’accompagner et servir au mieux les opérateurs pétroliers nationaux.

I&T : Pensez-vous qu’il faudrait ré-ouvrir la possibilité d’explorer les gisements d’hydrocarbures non-conventionnels (gaz et pétroles de schiste) ?

M.F. : Il serait au minimum souhaitable de connaître le potentiel des hydrocarbures non conventionnels en France, en attendant de disposer de méthodes d’extraction acceptables socialement. Il faut comprendre que le non-conventionnel représente un véritable changement de paradigme : il s’agit de chercher les hydrocarbures là où il a été formé, dans la roche-mère, plutôt que là où il est piégé. Les volumes d’hydrocarbures y sont 100 à 1000 fois plus importants. On parle de potentiels incroyables, mais on ne sait même pas s’ils sont réellement exploitables  !

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