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LES3DIMENSIONSDE Thierry Le Hénaff PDG D'ARKEMA

Par publié le à 00h00

Élève brillant, il a suivi la voie royale des forts en maths. Ce polytechnicien réservé mais énergique a ensuite mené sa carrière tambour battant. Longtemps mis à l'honneur chez Total en tant que jeune dirigeant prometteur, il est aujourd'hui, à 46 ans, à la tête du premier chimiste français, né de la volonté du pétrolier de se désengager d'une partie de sa chimie. Fervent défenseur de l'innovation, il l'a placée au coeur de la stratégie du groupe. Portrait d'un ingénieur devenu capitaine d'industrie.

Il affirme sans ciller n'avoir jamais eu de plan de carrière. Et pourtant, son parcours éclair pourrait servir à l'édification des apprentis managers ! Dès ses études supérieures, ce natif de l'Essonne ne perd pas de temps. Louis-le-Grand, Polytechnique, Ponts et Chaussés : il fait un parcours sans faute. Il s'échappera quand même un an pour se mettre à l'heure américaine à l'université de Stanford.

Master de management industriel en poche, il en revient en 1989 pour faire ses débuts chez Peat Marwicks Consultants, une véritable fabrique de dirigeants à succès. Le jeune homme pressé ne s'y attardera pas. Au bout de trois ans, désireux de trouver un poste lui permettant de se retrouver un jour en situation de décideur, il entre chez Total. Bonne pioche : à peine deux ans plus tard, en 1994, il prend la responsabilité d'un centre de profit de Bostik France, la division adhésifs de Total, où travaillent 250 personnes.

Calme, énergique et déterminé, il ne tarde pas à obtenir davantage de responsabilités au niveau européen, puis mondial. En 2001, il est choisi pour prendre les rênes du nouveau Bostik Findley suite à la fusion entre Total, Fina et Elf Aquitaine. En 2003, il intègre le comité de direction d'Atofina, la branche chimie de Total. Et lorsque le groupe décide de se séparer d'une partie de ses activités, c'est à lui qu'on propose de prendre la tête de la nouvelle entité, Arkema. Ce qu'il fait en 2004. Les secrets de cette ascension sans accroc ? Inutile de les lui demander. En fait de recettes, Thierry Le Hénaff n'est à l'aise que lorsqu'il s'agit d'évoquer la formulation de ses produits. C'est un fait : il déteste parler de lui. Et au cas (improbable) où sa réserve nous aurait échappé, ses collaborateurs se chargeraient de nous la rappeler sur tous les tons. C'est un homme de technique et de terrain, répètent-ils. Plus à l'aise dans les usines que sur les plateaux de télévision. Le faire disserter sur l'avenir d'Arkema est un jeu d'enfant. Lui tirer le portrait se révèle un exercice bien plus délicat.

L'HOMME

Un sang-froid à toute épreuve

« Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l'opportunité dans chaque difficulté » : cet aphorisme de Winston Churchill pourrait éclairer tout le parcours de Thierry Le Hénaff. Là où d'autres craignent des situations périlleuses, lui ne voit qu'une possibilité de faire mieux. Son arrivée à la tête d'un centre de profit à 31 ans en rempla-cement d'un quinqua, il la décrit comme intéressante... « Parce que quand je suis arrivé, il perdait de l'argent. » Les terrifiants shows internes au moment de la constitution d'Arkema ? « Passionnant : ce n'est pas un événement si courant. » L'exercice a quand même mis sa réserve naturelle à rude épreuve : il a dû jouer les tribuns pour motiver des milliers de salariés, dont certains scrutaient sa moindre réaction sur écran géant. Les roadshows éreintants, au cours desquels les rendez-vous décisifs avec les actionnaires s'enchaînent à une cadence infernale ? « Il s'est vite pris au jeu », assure Gilles Galinier, son directeur de la communication externe. La crise et son corolaire sous forme d'effondrement des volumes (- 27 % par rapport au premier trimestre 2008) ? « Il ne panique pas. De toute façon, il n'est pas dans une logique de court terme », affirme le directeur général ressources humaines et communication, Michel Delaborde. La mauvaise image de la chimie ? « Un défi : à nous de faire mieux connaître notre secteur, sans doute mal compris », reprend Thierry Le Hénaff.

Inutile d'attendre du patron d'Arkema qu'il épilogue sur ses doutes ou donne le spectacle d'un seul instant de panique. « Il a énormément de sang-froid et prend le temps d'analyser les choses calmement. Et cette réflexion débouche toujours sur l'action », estime Michel Delaborde. Ce qui expliquerait son goût pour les compétitions sportives ? Toujours est-il que cet amateur de voile qui, enfant, a passé une bonne partie de ses vacances à voguer sur l'étang de Thau (Hérault) ne manque pas une occasion de commenter les résultats sportifs, toutes disciplines confondues. Et s'il avoue peu de loisirs, hormis la lecture et le cinéma - « pour me changer les idées » - et un concert de musique classique à l'occasion, il continue en revanche à pratiquer le dériveur et le vélo avec ses trois enfants.

Il semble ne pas attacher une grande importance à ces activités de sportif du dimanche, mais il n'en a pas toujours été ainsi. « Vers l'âge de 13 ans, je me suis mis à la planche à voile. J'y ai consacré six heures par jour pendant toutes mes vacances, plusieurs années de suite... et puis ça m'a passé. » Sa ténacité, elle, est restée. « Doté d'une grande force de caractère, il a ses idées et ne lâche pas facilement », se souvient Yves Ogéas, délégué syndical central CFE-CGC chez Bostik Findley. Bosseur, il met à profit sa connaissance des dossiers et son expertise de technicien pour faire valoir son point de vue.

L'INGÉNIEUR

L'innovation est son credo

Entré en prépa, puis à Polytechnique - « parce que mes notes me le permettaient » -, mais sans projet professionnel arrêté, Thierry Le Hénaff ne peut pas renier sa formation d'ingénieur. « Ce n'est peut-être pas un grand communicant. Il n'est pas très expansif, mais il est fiable, c'est un technicien », souligne Patrice Bréant, délégué syndical central CFE-CGC chez Arkema France. Impossible de le confondre avec un ancien d'HEC, par exemple. « Souvent, les ingénieurs s'évertuent à peser longuement chaque mot, persuadés qu'ils jouent leur vie à chaque fois... La communication n'est pas sa tasse de thé », rappelle le coach Stéphane André, qui lui a consacré dix séances entre juillet 2005 et janvier 2006. « Il a réagi avec humilité, sans se sentir mis en cause quand on lui disait qu'il n'y connaissait pas grand-chose. »

De ses études, il a également conservé un goût pour l'industrie. « Il avait installé la direction générale France de Bostik dans l'usine de Coubert (Seine-et-Marne). Lorsqu'il est monté en grade et qu'il a fallu réintégrer le siège de la Défense, il est revenu en traînant les pieds », se souvient Michel Delaborde.

L'ingénieur transparaît aussi dans le tacticien. Persuadé du rôle essentiel de l'innovation, il accorde une place de choix à la R et D, dont 10 % du budget sont consacrés à des projets de long terme. Une disposition qu'il a maintenue malgré la crise. Il s'intéresse de près aux travaux de ses chercheurs et a prié Christian Collette, le directeur de la R et D du groupe, d'en référer directement à lui. « Au début, je m'en inquiétais un peu, parce qu'il est exigeant et très pointu, témoigne celui-ci. Comme il a mis l'innovation au service de la stratégie de l'entreprise, la recherche est extrêmement valorisée, mais aussi très exposée. » Et les difficultés techniques qui peuvent modérer l'enthousiasme des ingénieurs ne pèsent pas lourd face à la vision stratégique du patron. « Il pense que ce qui est difficile demande un délai et ce qui est impossible... un délai un peu plus long ! », s'amuse Christian Collette. Le PDG ne se serait pas vu chercheur. « La recherche me plaît, mais je ne me vois pas restant deux ans sur un sujet. » Trop statique. D'ailleurs, il recommande aux jeunes diplômés de s'orienter vers « les entreprises où ça bouge. Il faut sentir une vraie mobilité là où on prend un poste ». Second conseil : « Privilégier la qualité de la relation, savoir avant tout avec qui on travaillera. »

LE MANAGER

C'est lui qui mène la barque

Perçu comme un homme de parole, franc et fiable bien que peu chaleureux, Thierry Le Hénaff "rassure", même les élus CGT. « Son discours est clair, précis. Même si ses propositions nous déplaisent, on sait à quoi s'en tenir », tranche Jean-Marie Michelucci, délégué central du syndicat. En revanche, « il assiste à très peu de réunions avec les délégués du personnel, ce qui donne l'impression que le président s'occupe du business et qu'il a délégué la question sociale », dénonce le syndicaliste.

Au contraire, ceux qui travaillent directement avec lui sont loin de déplorer son manque d'implication. Ce manager peu formel, qui tutoie volontiers ses proches collaborateurs, aime en effet garder la haute main sur tous les projets. « Je laisse beaucoup d'autonomie mais à tout moment, sur un sujet précis, je peux décider d'aller vraiment en profondeur et dans ce cas, je ne lâche rien », explique- t-il. Marie-Pierre Chevallier, la directrice de la business unit Polymères acryliques, en sait quelque chose. « Sur un dossier compliqué que nous sommes en train d'examiner, je suis déjà passée cinq fois devant lui. Je crois bien qu'on a abordé les mille points clés du projet ! » Et dans ce genre de circonstances, mieux vaut être préparé : les questions fusent à la cadence d'une mitraillette. Pas question de répondre au hasard : doté d'une excellente mémoire, Thierry Le Hénaff se souvient longtemps des détails qu'on lui a présentés. Si l'exposé lui déplaît, il fusille ses collaborateurs du regard. Le truc pour le convaincre ? Se montrer sûr de soi. « Son souci, c'est de savoir si l'on adhère personnellement au projet, note Marie-Pierre Chevallier. S'il se met à reformuler la présentation, c'est qu'il est enthousiaste et que c'est gagné. » Dans ce cas, reconnaissent ses collaborateurs, le patron a l'esprit d'équipe. « Il veut être consulté avant chaque lancement d'un projet d'envergure. Du coup, si ça échoue, il n'en voudra pas à l'équipe, puisqu'il considère en faire partie », témoigne Christian Collette. Le PDG revendique cet engagement. « Je ne suis pas un juge au-dessus de la mêlée. » Plutôt un capitaine taiseux qui maintient le cap... quoi qu'il advienne.

SES 3 DATES CLÉS

1994 Deux ans après son arrivée chez Bostik, la division adhésifs de Total, on lui confie son premier poste de manager : la responsabilité d'un centre de profit de 250 personnes. 2001 Il prend les rênes de Bostik Findley, la nouvelle entité issue de la fusion des activités adhésifs de Total et d'Elf. 2004 Il est choisi pour prendre la tête d'Arkema, né de la réorganisation de la branche chimie de Total.

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