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LES3DIMENSIONSDE André-Jacques Auberton-Hervé

Par publié le à 00h00

PDG-COFONDATEUR DE SOITEC Dans la « Silicon Valley » française, près de Grenoble, André-Jacques Auberton-Hervé s'impose comme une référence incontournable. Admiré pour son succès à la californienne, il est aussi respecté pour son audace, sa persévérance et son charisme. Homme de conviction, visionnaire, il a su faire du silicium sur isolant la spécialité incontestée de Soitec dans le monde. Face à la tempête que traverse aujourd'hui la société, il se démarque des grands patrons en gardant le cap sur le long terme. Portrait d'un homme pressé, père de l'une des réussites françaises les plus marquantes dans les semi-conducteurs.

Le silicium sur isolant (SOI, pour Silicon On Insulator), à la base des puces électroniques les plus performantes d'IBM, AMD et Freescale, provient d'une société française : Soitec. À sa tête - depuis sa création en 1992 -, le très charismatique André-Jacques Auberton-Hervé passe pour une figure emblématique de la « Silicon Valley » française autour de Grenoble. Symbole du succès à la californienne, son ascension exceptionnelle suscite autant l'admiration que le respect. Il a réussi à imposer sa technologie comme une spécialité française incontestée dans le monde. Il a fallu beaucoup d'audace, de persévérance et de travail pour en arriver là. « Nous avons eu aussi la chance de sortir le bon produit au bon moment, complète-t-il. La gestion du temps est souvent primordiale dans le succès d'une innovation. » La maîtrise des heures qui passent constitue d'ailleurs une obsession constante chez cet homme toujours pressé. C'est quelque chose d'inné en lui. Avec un bac à 16 ans, un diplôme d'ingénieur à 21 ans et un doctorat à 24 ans, il veut toujours avoir un temps d'avance. De même, il a rencontré sa femme à 15 ans et l'a épousée à 20 ans. Aujourd'hui, entre ses voyages incessants, ses multiples engagements professionnels, sa famille et sa passion pour la voile, il est lancé dans une perpétuelle course contre la montre.

L'HOMME

Un communicant dans l'âme

La vie d'André-Jacques Auberton-Hervé ressemble à un éternel voyage. Né en 1961 au Maroc, dans une famille d'origine bordelaise, il suit son père, juriste d'entreprise, dans ses pérégrinations professionnelles. Au Maghreb, à Bordeaux puis à Compiègne, près de Paris, où il passe l'essentiel de son enfance. De ses parents, il hérite un goût naturel pour la culture classique. Camus et Van Gogh figurent en bonne place dans ses occupations favorites. « J'aurais pu être un littéraire », remarque-t-il. Sa soeur le sera et finira professeur de langues étrangères. Mais pas lui. Son inclinaison pour les maths sera plus forte. Il transmettra d'ailleurs ce virus à l'un de ses deux garçons, aujourd'hui ingénieur préparant un mastère en innovation.

Près de Grenoble, les loisirs de montagne sont à portée de main. Aussi profite-t-il du peu de temps libre que son travail lui laisse pour aller s'oxygéner sur les pistes de ski. Ses vacances, il les passe en famille. Aux beaux jours, il s'exerce volontiers à son sport favori, la voile, sur son bateau personnel.

De nature joviale, l'homme est apprécié pour son charisme et la force de ses convictions. « C'est quelqu'un de très sympathique avec qui il est très agréable de discuter même quand on n'est pas d'accord avec lui », estime Jean-Pierre Della Mussia, ancien directeur de la rédaction d'Electronique International. Aux interlocuteurs, qui tentent de mettre en doute ses certitudes, il oppose un sourire charmeur. Le sourire fait d'ailleurs partie de son mode naturel d'expression. L'air décontracté et toujours posé, il sait manier la communication à merveille. « C'est un communicant dans l'âme. Il domine parfaitement ses sujets. Il est très clair dans ses réponses. Tout ce qu'il dit semble rationnel. Au final, son discours est convaincant, même si, dans le fond, il cache des failles », explique Jean-Pierre Della Mussia. Par sa classe, son allure et ses capacités de persuasion, le personnage inspire confiance.

L'INGÉNIEUR

Une passion : les semi-conducteurs

Élève-ingénieur à l'École centrale de Lyon, il manifeste un intérêt tout particulier pour l'informatique et les microprocesseurs, des technologies alors en pleine ébullition aux États-Unis. « Avec des copains, on s'amusait à réaliser toutes sortes de programmes sur cartes perforées », se rappelle-t-il. Grand admirateur de Bill Gates et de Steve Jobs, respectivement fondateurs de Microsoft et d'Apple, il fera tout pour avoir comme eux, l'esprit d'innovation et l'audace chevillés au corps.

De là est née sa grande passion pour les semi-conducteurs. Son diplôme d'ingénieur en poche, il se lance dans la recherche en menant une thèse de doctorat au CEA-Leti (le laboratoire d'électronique du Commissariat à l'énergie atomique), à Grenoble, sur le silicium sur isolant. En 1984, il profite de la conférence IEDM, l'événement de référence dans les semi-conducteurs, en Californie, pour donner une communication sur les principes de réalisation de transistors Cmos en silicium sur isolant (SOI). Il n'a que 23 ans. Du jamais vu à une manifestation scientifique de ce niveau. Les résultats sont immédiats. Le SOI devient l'objet de toutes les attentions. Les contrats affluent en cascade au CEA-Leti. Les demandes de partenariats industriels aussi, le développement s'accélère. Ce qui n'était qu'une curiosité de laboratoire devient un sérieux sujet de recherche appliquée. Les retombées industrielles ne tarderont pas à se concrétiser. Thomson (aujourd'hui ST Microélectronics) en est le premier bénéficiaire pour ses marchés militaire et spatial. En tant que chargé de mission au CEA-Leti, André-Jacques Auberton-Hervé réalise trois transferts de technologie vers l'industriel français. « Cette capacité de faire déboucher une technologie me confère une grande fierté », confesse-t-il. Sa contribution aux avancées de l'industrie microélectronique lui vaut d'être récompensé par le prix américain Semi Award en 1999.

LE MANAGER

Un entrepreneur visionnaire

Soitec est née d'une idée visionnaire : au-delà des applications niches dans le spatial et le militaire, qui apprécient le SOI pour sa résistance aux rayonnements ioniques, il existe un marché de masse dans l'informatique grand public potentiellement demandeuse de ce substrat innovant. Cette vision, les deux fondateurs la partagent : André-Jacques Auberton-Hervé et Jean-Michel Lamure, son collègue du CEA-Leti. Entre eux, l'entente est parfaite. La complémentarité aussi : la répartition des rôles se fait naturellement. À ce dernier, le développement industriel. Au premier, l'interface avec le marché. Le succès est au rendez-vous. De quatre personnes au départ, la start-up passe, en dix ans, à près de 1 000 personnes, avec quatre usines et des clients en Europe, aux États-Unis et en Asie. Le chiffre d'affaires atteint 372 millions d'euros sur l'exercice 2006-2007. Parmi les clients, figurent des noms aussi prestigieux que IBM, AMD ou Freescale. Le patron de Soitec gagne ses galons de manager modèle en décrochant le prix de l'Audace créatrice de Fimalac en 2006 puis le trophée de l'Entrepreneur innovant de l'Insead en 2007.

Dans son rôle de manager, il se fie à son instinct. « Pour bien gérer une start-up, il faut savoir s'entourer de la bonne équipe, comprendre le marché et anticiper les évolutions », estime t-il, fier d'avoir réussi sans passer par une école de management. Au départ, Soitec s'accommode d'un procédé de fabrication de tranches SOI créé pour des applications niches. « Le secret de notre réussite réside dans notre capacité à nous remettre en cause en cours de route en développant un autre procédé adapté au marché des grands volumes. Nous n'avons mis que cinq ans pour faire passer ce procédé du labo au stade industriel », s'enorgueillit-il.

Mais il ne parvient pas à séduire Intel, numéro 1 mondial des semi-conducteurs, qui préfère jusqu'ici améliorer la conception de ses microprocesseurs plutôt que d'adopter le SOI. Il n'anticipe pas, non plus, la crise. Depuis deux ans, les commandes chutent et les pertes s'accroissent. Mais pas question de réagir en licenciant à tour de bras. Pour réduire les coûts fixes, il imagine des solutions originales comme la mise à disposition du campus Minatec d'un volant de personnel. Confiant, il s'accroche à l'espoir de voir l'orage passer. Avec la miniaturisation, les réfractaires au SOI finiront tôt ou tard par changer d'avis. Il en est persuadé.

SES 3 DATES CLÉS

1980 Il entre à l'École centrale de Lyon. 1984 Il publie ses résultats de recherche sur le silicium sur isolant. 1992 Il cofonde Soitec avec son collègue Jean-Michel Lamure.

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