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Décryptage : Les premiers bébés génétiquement modifiés sont-ils nés ?

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Par publié le à 11h33

Décryptage : Les premiers bébés génétiquement modifiés sont-ils nés ?

Un chercheur chinois affirme avoir procédé à l'édition du génome, au stade de l'embryon, de deux jumelles nées ce mois-ci. Les résultats et le protocole expérimental de ses travaux n'ont toutefois pas été publiés. Révélée le 25 novembre 2018, cette première aurait eu recours à la technologie d'édition du génome CRISPR-Cas9. De nombreux scientifiques condamnent l'expérience, et l'université du chercheur indique vouloir ouvrir une enquête.

Elles s’appellent Lulu et Nana. Selon le chercheur chinois He Jiankui, de la Southern University of Science and Technology (SUSTech) de Schenzen (Chine), les deux jumelles sont nées ce mois-ci par fécondation in vitro suite à une opération d’édition du génome au stade de l’embryon. Pour la première fois, les ciseaux génétiques CRISPR-Cas9 (description ci-dessous) auraient été utilisés pour rendre les bébés résistants au virus de l’immunodéficience humaine (VIH) responsable du Sida. En se basant sur des documents en ligne (ici et ici), la revue MIT Technology Review l’a révélé dimanche 25 novembre 2018. Le chercheur a également publié une vidéo en ligne (ci-dessous) pour détailler cette première. Attention néanmoins : comme l’indique l’agence Associated Press (AP), il n’y a aucune confirmation indépendante des affirmations de He Jiankui, et ses travaux n’ont pas fait l’objet d’une publication dans un journal revu par les pairs.

Selon AP, le chercheur affirme avoir impliqué sept couples dans le projet. Les pères étaient tous porteurs du VIH. Les mères ne l’étaient pas. En fusionnant des spermatozoïdes isolés et des ovules, He Jiankui aurait formé vingt-deux embryons dont seize auraient vu leur génome « édités » grâce à l'outil CRISPR-Cas9. Onze d'entre eux auraient alors été utilisés dans six tentatives d'implants. Une naissance (les deux jumelles Lulu et Nana) aurait eu lieu à ce jour. L’objectif de cette modification du génome est d’éliminer un gène particulier – baptisé CCR5 – pour créer des individus résistants au VIH.

Un succès partiel ?

Toujours selon le chercheur dans AP, les tests suggèrent que l'opération n'aurait que partiellement réussi : si l'une des deux jumelles posséderait bien les deux copies du gène altéré, l'autre n'en aurait qu'un sur les deux et ne serait donc pas protégée contre le VIH.

Dans un communiqué publié le 26 novembre, l’université SUSTech s’est dite « profondément choquée » par cette annonce. Elle affirme ne pas avoir été au courant du projet et de la nature des travaux de He Jiankui. L’université indique l’avoir contacté pour obtenir des précisions et vouloir former un comité d’experts indépendants pour enquêter sur cet « incident ». « Le comité académique du département de biologie de SUSTech considère que le comportement du docteur He Jiankui qui consiste à utiliser CRISPR-Cas9 pour éditer des embryons humains viole sérieusement l’éthique académique et les codes de conduite », poursuit l’université dans son communiqué.

Une expérience « folle »

Sur le réseau social Weibo, plus de 100 scientifiques chinois ont co-signé une lettre ouverte condamnant cette expérience, qualifiée de « folle » : « C'est scientifiquement possible, mais les scientifiques et les experts médicaux ont choisi de ne pas utiliser cette technologie sur des humains en raison des incertitudes, des risques, et, plus important encore, des problèmes éthiques qu'elle implique. De telles altérations irréversibles sur des gènes humains se transmettront inévitablement au patrimoine génétique de l'homme. »

Voilà de quoi alimenter les discussions lors de la deuxième conférence internationale sur les modifications du génome humain qui se tient cette semaine, du 27 au 29 novembre, à Hong Kong. He Jiankui est censé y intervenir.

 

CRISPR-Cas9 : comment ça marche ?

Chaque brin d’ADN est une longue chaine dans laquelle quatre molécules, les bases azotées, se combinent les unes à la suite des autres. Leurs noms : adénine (A), cytosine (C), guanine (G) ou thymine (T). En 1987, des chercheurs japonais qui étudient la bactérie Escherichia coli découvrent que son génome présente des suites répétées de molécules ACGT. Baptisées CRISPR - pour Clustered Regularly Interspaced Palindromic Repeats – ces séquences sont un outil du système immunitaire des bactéries : elles encadrent des séquences d’ADN de virus ayant attaqué la bactérie par le passé. Cette archive permet de fabriquer des molécules d’ARN capables de reconnaître et de cibler l’ADN du virus lorsqu’il se présente à nouveau. Pour le détruire, l’ARN s’associe à une enzyme du nom de Cas9 capable de découper le morceau d’ADN ciblé.

En fabriquant en laboratoire une molécule-guide d’ARN spécifique à une portion d’ADN et en l’associant à une enzyme Cas9, il est possible de créer de véritables ciseaux moléculaires. Ceux-ci peuvent découper une séquence d’ADN précise et la remplacer par une autre. C’est la technologie CRISPR-Cas9 d’édition du génome.

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