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Les écoles d’ingénieurs au service du développement des territoires

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Par publié le à 12h20

Les écoles d’ingénieurs au service du développement des territoires

Christian Lerminiaux, président de la CDEFI

Christian Lerminiaux, Président de la CDEFI, revient sur la vision des écoles françaises d’ingénieurs de la réforme de l’Enseignement supérieur et de la Recherche en France, quant à la place qu’elles doivent occuper dans le développement économique et social du territoire.
 

La Conférence des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs (CDEFI) a présenté fin janvier un ensemble de propositions concrètes visant à faire des établissements d’enseignement supérieur et de recherche français, des acteurs centraux du développement économique et social à l’horizon 2020 (voir notre article).

Cette plate-forme de 25 propositions, adressées aux candidats à l’Election Présidentielle, est structurée autour de 5 axes : la structuration des établissements d’enseignement supérieur en France et sur les sites ; Le Financement de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; L’apport de la Recherche et de l’innovation au développement économique et industriel ; Repenser la mission sociétale des établissements d’Enseignement supérieur et de Recherche ; L’importance de l’Ingénierie dans la mondialisation. Le maitre-mot de cette plate-forme est : changer le terrain de jeu des établissements d’Enseignement supérieur et de Recherche français.

Christian Lerminiaux, Président de la CDEFI, revient en trois questions sur les propositions relatives à la structuration des établissements d’enseignement supérieur en France et sur les sites.


1. Les écoles françaises d’ingénieurs entendent proposer leur vision des missions modernes d’un établissement d’Enseignement supérieur et de Recherche. Comment résumez-vous cette approche nouvelle ?

Nous avons la conviction qu’un établissement d’Enseignement supérieur et de Recherche au 21e siècle doit, plus que jamais, assumer sa responsabilité de former les actifs de demain. C’est pourquoi nous pensons que nous devons contribuer au développement économique et social des territoires et de la France. Du point-de-vue des écoles d’ingénieurs c’est naturellement avoir un rôle actif pour la réindustrialisation du pays.

Cela n’est d’ailleurs pas incompatible avec l’autre mission à laquelle nous sommes profondément attachée : celle de l’ascension sociale. Nous pensons effet, que notre rôle est de former des jeunes issus d’un certain milieu en les faisant accéder à un certain nombre de compétences leur garantissant une insertion professionnelle réussie et leur offrant une situation sociale plus élevée que celle de leur milieu d’origine.
Partir de ce postulat a une incidence forte sur notre façon d’appréhender la réforme de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Cela nous oblige à changer de terrain de jeu. C’est pourquoi d’ailleurs nous demandons que ce changement  de paradigme soit intégré au plus haut niveau de l’Etat par la création d’un grand Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et du développement économique.
Nous ne devons plus aborder les réformes que nous engageons en termes de structures et avec des objectifs propres au monde académique.

Nous devons au contraire y inclure des objectifs tenant compte des besoins actuels et futurs de la Société. Depuis 10 ans, nous avons multiplié les formes et structures de coopération sur les sites universitaires français. Aujourd’hui nous sommes confrontés à une multitude de clusters sur un même site sans forcément de cohérence entre eux. Nous y dispersons nos forces (financières et humaines) et nous peinons à dégager de vraie stratégie d’établissements. Il faut donner de la cohérence à nos politiques de site. Cela signifie qu’il ne peut exister de modèle unique d’organisation mais, au contraire, que nous devons travailler davantage sur la lisibilité de nos établissements en proposant des regroupements motivés par la recherche de complémentarités disciplinaires plutôt que par la volonté d’atteindre une taille critique.

Nous devons penser notre réorganisation avec nos partenaires sur les sites (les autres établissements d’enseignement supérieur, organismes de recherche, entreprises, collectivités locales...). Si cette approche ‘‘Bottom-up’’ est celle à laquelle nous croyons le plus c’est que nous pensons que l’innovation nait de la rencontre entre acteurs et que ces rencontres sont nécessairement des rencontres de terrain. Nous devons également réorganiser nos établissements en interne pour garantir que leur fonctionnement permettra cette réactivité accrue et cette prise en compte plus importante des attentes de la société.


2. Quelle doit-être la place de l’ingénierie dans cette approche nouvelle de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ?

C’est un sujet naturellement central pour les écoles d’ingénieurs qui, si elles ne revendiquent pas le monopole de l’ingénierie en France, entendent clairement marquer qu’elles y ont une place prépondérante. L’ingénierie doit être un pan davantage valorisé au sein de notre Enseignement supérieur et de notre Recherche. Elle est par essence pluridisciplinaire et représente donc un réel atout en matière d’innovation. Elle est dotée de spécificités propres avec une part importante donnée à la recherche partenariale, avec une proximité très étroite au monde de l’entreprise et de l’industrie.

Bref, si tous s’accordent à dire que la croissance en France passe aujourd’hui par la réindustrialisation du pays, nous devons dans ce cas assumer ces déclarations et valoriser l’ingénierie en France. C’est un excellent exemple de ce que doit être selon nous une politique de site efficace et axée sur la lisibilité des acteurs. Nous sommes aujourd’hui le seul pays occidental à ne pas avoir de vrais établissements technologiques au sens ou l’on retrouve des TU en Allemagne et en Europe du nord, des universités TECH aux USA, des écoles polytechniques fédérales en Suisse.

Ces établissements de taille raisonnable sont régulièrement classés parmi les meilleurs dans les classements internationaux. Ils se sont construits autour de formations d’ingénieurs et de leur capacité de recherche et ont agrégé des disciplines en sciences pures, mais aussi en SHS complémentaires et utiles à l’innovation portée par l’ingénierie. Cela doit pouvoir exister en France sur certains sites où les formations d’ingénieurs sont nombreuses et complémentaires et où le bassin industriel est porteur. Nous proposons donc la création de 3 à 5 grands établissements technologiques en France sur le modèle d’établissements analogues chez nos principaux partenaires étrangers.


3. Quelle incidence le repositionnement que vous proposez pour l’Enseignement supérieur français peut-il avoir en termes d’organisation pour les établissements ?

Ces établissements doivent faire la preuve de leur ouverture sur l’extérieur et convaincre leurs partenaires qu’ils sont des acteurs crédibles et utiles à une dynamique globale d’innovation. Nos modes de gouvernance sont encore, de ce point-de-vue, trop peu réactifs. Nous devons au contraire miser sur une gouvernance resserrée distinguant clairement le pouvoir exécutif du pouvoir académique, lequel doit avoir un rôle plus clair et renforcé par la création d’un Sénat académique.

Sur le plan exécutif, le Président doit être responsable devant son Conseil d’Administration mais ne doit pas en être membre. Enfin, sur la question centrale de l’ouverture vers l’extérieur, si nous voulons être crédibles, nous devons nous faire connaitre et prendre en compte les attentes extérieures. C’est pourquoi nous proposons que les Conseils d’Administration soient composés de 50 % de personnalités extérieures au minimum. Celles-ci ne doivent plus non plus faire figure d’alibi. Elles doivent avoir une vraie place et participer à l’élection du président. Nos établissements sont les seuls établissements publics dans lesquels les personnels élisent leur direction. Ce système est trop refermé sur lui-même pour être vertueux.

Enfin, nous devons également démocratiser l’accès aux fonctions de chef d’établissement. Nous proposons ainsi d’étendre à l’ensemble des établissements la disposition applicable aujourd’hui aux écoles d’ingénieurs et prévue par le code de l’Education qui permet à toute personne ayant vocation à enseigner dans un établissement d’enseignement supérieur à pouvoir candidater à la présidence.

Pour conclure, la réactivité de l’établissement dépend également de sa structuration interne, de sa capacité à conduire à la fois une vraie politique d’établissement et à laisser s’exprimer les talents. L’autonomie nationale est acquise. Le nouveau défi que nous devons relever et celui de l’autonomie au sein de nos établissements.

Il faut faire attention à ne pas reproduire dans nos établissements autonomes vis-à-vis de nos composantes, ce que nous avons regretté dans notre relation à l’Etat précédemment. Nous devons faire confiance à nos composantes. Il faut apprendre à construire une stratégie d’établissement à laquelle chacun adhère et laisser les composantes se l’approprier et la décliner selon leur propre nature en veillant simplement à ce qu’elles respectent les règles de la vie commune au sein de l’établissement.

Cette mission-là c’est à nous chef d’établissement de la remplir. Cela doit se faire sur la base d’un projet d’établissement partagé mais avec une subsidiarité forte. Nous sommes très favorables à la généralisation de Contrats d’Objectifs et de Moyens pluriannuels.

Pour en savoir plus : http://www.cdefi.fr

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