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LES 3DIMENSIONS DE Jean-Louis Constanza - DIRECTEUR GÉNÉRAL D'ORANGE VALLÉE

Par publié le à 00h00

De l'aéronautique aux télécoms, de l'industrie au conseil stratégique, Jean-Louis Constanza est un homme passionné. Après avoir développé avec succès l'opérateur Tele2 à travers l'Europe, il est aujourd'hui à la tête d'Orange Vallée, filiale de France Télécom dédiée à l'innovation. Il se plaît à imaginer les usages que nous ferons demain des technologies numériques, et regarde avec attention les changements qu'elles impriment à la société.

zone d'activité de Chatillon : un décor gris pour les locaux d'Orange Vallée. Fondée en 2008, cette branche d'Orange est l'incubateur d'innovations du groupe France Télécom. Une équipe d'une cinquantaine de personnes imagine les produits et logiciels de demain, de la conception à la commercialisation. Dans le grand open space où j'attends Jean-Louis Constanza, l'ambiance semble décontractée. D'ailleurs, quelqu'un dort d'un côté du canapé rouge moelleux sur lequel je patiente. Le directeur d'Orange Vallée vient me chercher, nous allons nous installer dans une salle à l'écart. Quelques reliefs de sushis sur la table témoignent que la pause déjeuner a été passée en réunion. Pourtant, Jean-Louis Constanza n'a rien du patron pressé et stressé. Très calme, il prend le temps de parler de son métier, de son parcours, de ses passions et de ses innovations. Et à l'écouter, toute sa carrière semble avoir été un plaisir.

L'HOMME

Attaché à ses racines corses

Né en 1961, Jean-Louis Constanza est de longue date un passionné de techniques. « Dès la troisième, j'allais à la bibliothèque de Beaubourg pour lire tout ce que je pouvais sur la physique. J'aime la science et la technique, mais je ne l'explique pas particulièrement. » Et avec cet intérêt, une question l'habite : « Que pourra-t-on faire demain ? » Son appétit pour les livres ne l'a jamais quitté. Il compare l'avènement des technologies d'information et de communication que nous vivons aujourd'hui à la révolution de l'imprimerie. « Le passé permet parfois d'éclairer le futur », estime-t-il.

Dans son ordinateur, il garde des photos de son arrière-grand-père, pêcheur corse. « À l'époque, trente kilos de poissons constituaient la grosse pêche de l'année. » Un rappel que nous vivons aujourd'hui dans l'abondance. La Corse, Jean-Louis Constanza y est attaché. « J'y passe toutes mes vacances, c'est là que sont mes racines. C'est beau et je m'y sens bien. » C'est d'ailleurs dans un avion, en revenant de l'Île de Beauté, qu'il a rencontré sa femme.

De son propre aveu, Jean-Louis Constanza est « drogué de boulot » : « On ne peut pas faire ce métier sans une veille permanente. » La vie de famille ne passe pas à la trappe pour autant : « C'est dur, mais j'essaie de garder du temps pour ma femme et mes enfants. » La maison est un banc d'essai pour les innovations d'Orange Vallée : « C'est un véritable laboratoire », assure Anne-Laure Constanza, son épouse, elle-même entrepreneuse. « Le soir, nous pouvons travailler tous les deux, cela aide beaucoup », ajoute l'innovateur.

« Ma passion, c'est ma famille », continue-t-il. « Ce n'est pas très original, mais c'est structurant. » Son ordinateur renferme quantité de souvenirs : « J'y ai toute ma vie. » Grâce à l'une des innovations d'Orange Vallée, photos, sons et vidéos s'entremêlent en une grande spirale. « Les sons ont une portée émotionnelle énorme, plus encore que les vidéos. » La technologie imprègne sa vie personnelle, et réciproquement. « C'est le plus beau service photos du monde », s'enthousiasme-t-il.

L'INGÉNIEUR

Un agitateur des télécoms

En 1980, Jean-Louis Constanza entre à Supaero. « J'aurais aimé être astronaute, mais j'étais myope », confie-t-il. Il sort en 1983, et enchaîne avec un DEA de marketing et stratégie à l'université de Paris Dauphine. « Un des hasards de la vie, ce n'était pas planifié. » Les deux diplômes auront un sens dans sa carrière. Son parcours est diversifié : passé de l'industrie au conseil, de l'aéronautique aux télécoms, il évoque chaque étape avec un même enthousiasme. Quand l'intérêt s'émousse, il passe à autre chose. « À chaque fois, il s'est naturellement adapté à ses nouveaux postes », témoigne sa femme. La force tranquille, en somme. « Jean-Louis est très calme, mais bouillonnant à l'intérieur, il a une énergie étonnante », se souvient Jean-Luc Fallou, responsable de son embauche au cabinet de conseil Arthur D. Little en 1991.

Après ses études, Jean-Louis Constanza commence par travailler chez Aerospatiale. « Il s'agissait de planifier les essais des missiles antichars », raconte-t-il. À l'époque, la guerre froide est à son paroxysme : « Nous fabriquions des armes pour défendre l'Allemagne des chars russes. » Travailler dans le militaire avait alors un sens pour le jeune ingénieur. « Le militaire, c'est fantastique, mais ce sont des projets qui peuvent s'étaler sur 50 ans, ce n'est pas incitatif. J'ai été obsédé par le fait que l'on y mettait du personnel et des moyens indépendamment de la quantité de travail nécessaire. »

Cette idée le suivra jusqu'en 1998, quand Jan Stenbeck, le fondateur de Tele2, l'appelle pour lui proposer de développer l'opérateur en Europe. Il peut alors mettre en pratique son « fantasme d'entreprise minimale ». « Comment faire vite et très bien avec peu de monde ? Quand on est trop nombreux, le sens du travail disparaît », estime-t-il. Sa technique fonctionne plutôt bien : avec une équipe de moins de 40 personnes, il rassemble quatre millions de clients en 7 ans.

C'est pendant son passage au cabinet Arthur D. Little qu'il s'oriente vers les télécoms. « Je lui ai conseillé de s'occuper de ce secteur », se rappelle Jean-Luc Fallou. « Il en a découvert la complexité stratégique, et s'est amusé à en deviner l'évolution. » Ce marché dynamique séduit l'ingénieur, qui s'intéresse alors à Internet et à la téléphonie mobile. Cela le conduira chez Tele2, puis finalement chez Orange. En 2007, Didier Lombard, l'ancien PDG du groupe, lui demande de fonder Orange Vallée. En quelques mois, le projet est lancé, avec une équipe à la frontière de l'informatique et des télécoms, « la rencontre de deux cultures».

LE MANAGER

Un incubateur d'innovations

« Une innovation repose toujours sur la conviction d'une personne », estime Jean-Louis Constanza. « Une idée peut toujours être battue en brèche, on trouvera toujours des raisons de dire que ça ne marchera pas. » En tant que chef d'équipe, il donne donc sa liberté à chacun. « Je pense que l'innovateur voit une partie de ce qui pourra être fait avec son idée. J'ai fait confiance à certains projets sans réellement les comprendre, voyant que la personne semblait savoir où elle allait. » Pour lui, la vie de la technologie est faite de petites choses, comme le fait de caresser un écran : « Une idée révolutionnaire ! ». L'innovation doit être rendue évidente. « Aujourd'hui, les achats ne sont plus une question de besoin, mais de désir. » Le nom de Steve Jobs revient régulièrement : « C'est un génie "transsidéral", aux idées proches de l'art. »

Mais l'ingénieur reste modeste : « On ne va pas lutter contre la Californie avec une équipe de 50 personnes à Chatillon. Il y a déjà de gros groupes qui font un travail excellent. » Loin d'avoir la puissance marketing d'Apple, le patron n'en est pas moins fier des produits développés par son équipe. Orange Vallée a sa propre tablette, la Tabbee, qui se veut simple et domestique. Jean-Louis Constanza a ses convictions, ses « obsessions » : la télévision connectée, l'interface gestuelle... « Je voulais faire le meilleur carnet d'adresses interactif du monde, et aujourd'hui, nous l'avons ! »

Enthousiaste quand il parle des innovations d'Orange Vallée, il ne considère pas pour autant son travail d'un oeil ingénu. « Les technologies reprogramment toute la société avec une brutalité infinie », constate-t-il. Il est conscient des profonds changements que les nouvelles technologies apportent jusque dans notre façon de penser. « Prendre les choses dans l'ordre, c'est du passé. Avec les innovations d'aujourd'hui nous perdons notre rapport au temps. » À cinq ans, son fils apprend à lire et à écrire avec un iPhone et un iPad. « Mes enfants vivront dans un monde complètement différent. »

Le passé lui sert à mettre les choses en perspectives. « Avec l'imprimerie, nous avons perdu la mémoire. Avant, il y avait peu de livres, il fallait apprendre les textes par coeur. Alors qui peut dire aujourd'hui ce qui est bon ou mauvais ? » Et les technologies ne remplaceront pas tout, certaines choses traversent les générations : « Mon fils adore la pêche ! »

SES 3 DATES CLÉS

1983 Sorti de Supaero, il entre à Paris Dauphine pour un DEA en marketing et stratégie. 1998 Il est embauché par le fondateur de l'opérateur télécoms Tele2 pour développer l'entreprise en Europe. 2007 Il crée Orange Vallée et en devient directeur général, à la demande de Didier Lombard, alors PDG de France Télécom.

SES 3 OBJETS FÉTICHES

SA FIGURINE EMILY STRANGE Posée sur son bureau, elle lui rappelle sa femme, qui semble lui dire de rentrer chez lui pour s'occuper de ses enfants. SES SKIS DE DESCENTE Passionné de ski, il a participé à des compétitions. Véritablement fétichiste, il aimerait même les exposer dans son salon. SON LIVRE DU MOMENT Il lit énormément, et a toujours un livre sur lui, qu'il sort jusque dans les embouteillages ou dans l'ascenseur. Le jour de la rencontre, il s'agissait de « La galaxie Gutenberg », de Marshall Mc Luhan.

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