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Le jeune innovateur français de l’année veut créer des gratte-ciel en bois translucide

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Par publié le à 09h58

Le jeune innovateur français de l’année veut créer des gratte-ciel en bois translucide

Architecte de formation, Thimothé Boitouzet a fondé la start-up Woodoo. Elle reconstruit le bois à l'échelle moléculaire.

La MIT Technology Review a distingué, mardi 13 avril, dix jeunes innovateurs français de moins de 35 ans. Parmi eux, Timothée Boitouzet a remporté le Grand prix de l'Innovateur de l'année 2016. Architecte de formation, il a breveté une technologie qui permet de rendre le bois plus résistant, mais aussi translucide ou transparent selon les essences. 

Pas de doute, Timothée Boitouzet est un entrepreneur particulièrement ambitieux. Elu hier soir innovateur de moins de 35 ans de l’année par la MIT Technology Review, ce jeune architecte, passé par  l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Versailles, le Kyoto Institute of Technology, Harvard et le MIT, entend tout simplement créer le matériau de demain. Ce matériau, « c’est un bois magique », nous annonce-t-il d’emblée avec un grand sourire.

Un bois magique parce que celui-ci est deux à trois fois plus rigide, imputrescible, étanche, plus résistant au feu, mais aussi transparent ou translucide selon l’essence utilisée. Pour doter le bois de propriétés aussi surprenantes, Timothée Boitouzet a adopté une approche de reconstruction moléculaire. Une première étape consiste à retirer la lignine du bois grâce à l’utilisation d’acide et de liquides ioniques. « La lignine c’est l’élément qui permet de tenir les fibres ensemble. C’est la structure » précise-t-il. Ensuite, l’architecte s’est rapidement aperçu que le bois était constitué de 60 à 80 % d’air. La seconde étape a donc consisté « à remplir l’air par quelque chose de plus fort » poursuit Timothée. Ce quelque chose, c’est un biomonomère, un plastique d’origine naturelle. Intégré au bois grâce à un autoclave, il permet de renforcer les liaisons atomiques entre les fibres. L’aspect transparent ou translucide est, quant à lui, obtenu grâce à la cellulose qui est un matériau cristallin et qui permet donc de laisser passer la lumière.

Autre avantage : ce bois bionique se veut économique. « Nous tablons sur 58 euros au mètre carré pour une épaisseur d’un centimètre avec du pin », précise Timothée Boitouzet. D’après lui, ce sont les essences de faible constitution qui réagissent le mieux au procédé. « Cette technique nous permet de valoriser ces essences et de les transformer en super bois », commente-t-il. La lignine, elle, sera sans doute réutilisée pour être transformée en biocarburant grâce à un procédé de méthanisation.

Un premier produit sur Kickstarter début 2017

En décembre dernier, Timothée Boitouzet a breveté cette technologie et a fondé dans la foulée sa start-up Woodoo. Basée à Paris, la jeune pousse rassemble aujourd’hui quatre collaborateurs et a déjà identifié plusieurs applications. La première consiste à utiliser ce bois bionique pour le mobilier et le design intérieur. Un premier produit doit être lancé début 2017 sur la plate-forme de crowdfunding Kickstarter. « Cette campagne nous permettra de gagner en visibilité et de préfinancer notre future production », commente l’entrepreneur. Car d’ici deux ans, Timothée Boitouzet compte s’attaquer au second œuvre, c’est-à-dire aux façades, planchers et toitures. Sur ce marché, il vise particulièrement le bardage bois.

Et d’ici cinq ans, la start-up Woodoo prévoit de se lancer sur le marché de la construction bois. « Avec le bois classique, on ne peut pas construire des bâtiments de très grande hauteur. Au-delà de 12 niveaux, il y a des problèmes de stabilité. Mais avec notre bois beaucoup plus rigide, il sera possible de faire des tours en bois », assure Timothée Boitouzet. Pour parvenir à de telles prouesses, la jeune pousse devra toutefois trouver le moyen de réaliser des tranches de bois de plus en plus épaisses.

Outre ce rêve insolite, le jeune innovateur de l’année espère renouer avec le rôle social que les architectes avaient dans les années 50 et 60.  « Leurs travaux ont changé nos villes, il y avait une véritable amélioration des conditions de vie. Aujourd’hui, les architectes ont moins ce rôle social, ils sont davantage vus comme des artistes » regrette-t-il.

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