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Le drone a 100 ans

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Par publié le à 11h14 , mise à jour le 03/03/2015 à 12h49

Le drone a 100 ans

L'aéroplane Détable de Max Boucher parcouru 1 km sans pilote le 2 juillet 1917 sur la base d'Avord

De la TSF au smartphone, les technologies les plus modernes ont toujours été utilisées depuis près de 100 ans pour piloter à distance des aéronefs. Né dans le monde militaire, le drone devient aujourd’hui un produit grand public avec tous les risques de dérive que cela comporte.

Pour beaucoup le drone est un petit objet volant que l’on pilote à l’aide de son smartphone sur lequel on reçoit les images filmées par la caméra embarquée sur l’aéronef. Il s’agit d’un «modèle réduit» des engins militaires utilisés par les puissances occidentales engagées dans la lutte contre le terrorisme.

Si effectivement le drone a bien une origine militaire, elle est beaucoup plus ancienne que ce qu’imagine le commun des mortels, puisqu’elle remonte à la Première Guerre Mondiale. Dès 1916, Archibald Low lance l’Aerial Target un projet d’avion-cible commandé à distance par des ondes de TSF (Télégraphie sans fil) en Grande-Bretagne. Il s’agit de former les apprentis-pilotes au tir sans risquer d’abattre l’avion remorquant la cible.

Une idée similaire naît en 1917 aux Etats-Unis où les ingénieurs Elmer Ambrose Sperry, Lawrence Sperry et Peter Cooper Hewitt, travaillent à un projet d’avion radio-commandé, le Hewitt-Sperry Automatic Airplane.


        Le Hewitt-Sperry Automatic Airplane sur sa voie de lancement

La France n’est pas en reste, puisque le capitaine Max Boucher, qui réussira le 2 juillet 1917 à faire voler «sans pilote à bord» un avion Voisin sur 1 km. Il reprenait là les travaux menés depuis 1894 par Octave Détable, qui grâce à une voilure dotée de cônes divergents apporta une stabilité automatique à des planeurs.

Un exploit qui poussa George Clémenceau, alors président de la Commission sénatoriale de l’armée, à lancer en 1918 un concours d’avion sans pilote. La raison est simple, ce qui est précieux dans un avion militaire ce n’est pas la machine que l’on peut fabriquer rapidement en très grande série, mais le pilote qui demande une longue formation. Il faut donc trouver le moyen pour qu’il prenne le minimum de risques, donc si possible le placer loin de l’avion et le faire piloter à distance.

Une gageure pour l’époque, mais Max Boucher va réussir à améliorer son système et à faire voler le 14 septembre 1918, un avion Voisin BN3 pendant 51 minutes sur un parcours de 100 km. L’avion radio-commandé est né ! Il poursuivra ses travaux avec l’ingénieur Maurice Percheron et réussira à faire voler le 17 avril 1923 sur la base d’Etampes un véritable drone piloté via la TSF. Mais la guerre était terminée et cela n’attira pas l’attention des militaires.


                  Les plans du drone de Max Boucher et Maurice Percheron en 1923

Une histoire d’animaux

Quant au mot drone, ce sont les anglais qui affublèrent de ce surnom en 1935 les versions automatisées du De Havilland DH.82 Tiger Moth. En effet, leur constructeur avait baptisé ces avions cibles DH.82 Queen Bee (reine des abeilles), mais leur vol bruyant, lent et lourd les faisait plutôt ressembler à des faux bourdons, drone en anglais. De nombreux autres avions-cibles autonomes virent le jour à la fin des années 30 tels le Radioplane OQ-2 américain. Ce fut d’ailleurs l’US Navy qui popularisa en 1941 le mot drone avec son avion-cible Target Drone Denny 1 (TDD-1), qui fut fabriqué à plusieurs milliers d’exemplaires.

  
Un avion cible Denny qui popularisa le terme drone

Les Allemands envisagèrent des applications carrément plus belliqueuses avec la mise au point de missiles sol/air radio-commandés. Alors que les V1 et V2 avaient un programme de vol préréglé avant le décollage, le Wasserfall, modèle réduit du V2 à destination anti-aérienne, pouvait être dès le début 1944 localisé et piloté à distance via un système d’ondes radar baptisé Rheinland. D’autres missiles radio-commandés virent aussi le jour (Enzian, Rheintochter…) et pas moins de 5 systèmes de radio-commande furent développés (Burgund, Franken, Elsass, Brabant, Ganza). Des missiles air/sol radio-commandés furent aussi développés tels les Hs 293 et Fritz-X qui étaient pilotés par une radio-commande Strassburg-Kehl fonctionnant dans la bande des 48 à 50 MHz. Toutes ses armes novatrices ne purent heureusement être fabriquées en grande série, par contre leurs technologies servirent au développement de nouvelles armes chez les Alliés après la défaite nazi.

L’envol des drones militaires

L’utilisation des drones militaires se développa lors de la Guerre de Corée, puis de la Guerre du Vietnam pour des missions d’observation et de surveillance en territoire ennemi, ainsi que pour le largage de tracts. On les retrouvera ensuite lors de la Guerre du Kippour entre Israël et les nations arabes.

Les années 90 virent le développement des drones armés, c’est-à-dire non seulement capables de surveiller une cible potentielle à distance, mais de l’attaquer à l’aide d’armes embarquées (missiles, bombes guidées…).

Aujourd’hui les drones militaires vont de quelques centaines de grammes à plusieurs tonnes (15 tonnes pour le RQ-4B Block 20/30) en fonction de l’utilisation envisagée et de l’autonomie souhaitée qui peut atteindre plusieurs jours.

Une nouvelle étape est en cours avec le développement de drones de combat. Plusieurs programmes ont été lancés aux Etats-Unis tels les Boeing X-45 et X-46 ou le Northrop Grumman X-47 Pegasus, mais ils semblent mis en sommeil. En France, Dassault Aviation a en cours de développement le Neuron, un drone de combat de 7 tonnes. En Europe, EADS développe de son côté le Barracuda et BAE Systems le drone Taranis. Enfin, Israel Aircraft Industries (IAI) développe l’Eitan.


Le drone de combat Neuron de Dassault Aviation

Mais les Etats-Majors et les constructeurs restent très discrets sur l’avancement de ces projets. Pour le moment, il s’agit seulement de démonstrateurs technologiques car les lois de la guerre, telles les Conventions de Genève, interdisent l’emploi d’armes totalement automatiques. Il faut que la décision de tir reste «humaine».

Des retombées civiles

Au-delà de ses applications guerrières, le drone a fait son entrée dans le monde civil pour des applications professionnelles. Ils ont commencé à être utilisés pour des applications civiles de surveillance dans les années 2000 (incendies, inondations, sécurité…), puis certaines applications privées ont commencé à voir le jour voici moins de 10 ans (surveillance de grandes infrastructures, sécurité d’installations étendues, agriculture, photo aérienne, télévision, cinéma…).


    Le eBee est destiné à surveiller les cultures

Ces applications demandant des vitesses de déplacement lentes, ont conduit au développement de drones à voilure tournante, similaire dans leur principe aux hélicoptères, dotés de plusieurs rotors. Ils permettent en outre le vol stationnaire propice à la prise de vue aérienne où à l’observation précise de détails.

Certains projets futuristes de Google ou Amazon envisagent même des flottes de drones de livraison, sans il est vrai vraiment tenir compte et gérer l’encombrement de l’espace en 3D, ni évoquer les risques d’accidents vis-à-vis des personnes survolées. Des projets, qui viennent toutefois de se voir rogner les ailes avec un vote du Congrès américain qui impose un pilotage à vue et interdit le survol des zones urbaines.


           Le Parrot BeBop emporte une caméra HD à plus de 2 km

Parallèlement, les applications grand public restaient jusqu’ici du domaine des pratiquants de l’aéromodélisme, loisir très encadré par les autorités aériennes. Mais la démocratisation du smartphone, équipé de gyroscopes et de multiples capteurs, a changé la donne, en offrant à tout à chacun la possibilité de piloter intuitivement des engins ludiques équipés de caméras. Il suffit de voir le succès de Parrot pour s’en convaincre. A partir de là, la seule limite à l’utilisation des drones est l’imagination des pilotes amateurs avec toutes les dérives potentielles que cela suppose. L’émoi provoqué par les survols nocturnes de Paris la semaine dernière en est l’illustration. Une situation qui inquiète les professionnels.

Et ça, c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Pour en savoir plus : http://www.federation-drone.org

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