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La blockchain pour accélérer l’autoconsommation d’électricité

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Par publié le à 08h27

La blockchain pour accélérer l’autoconsommation d’électricité

Lancée fin mai, l'Alliance Blockchain pour les boucles énergétiques locales doit accélérer le déploiement d'un réseau électrique décentralisé facilitant l'autoconsommation collective. La blockchain est au coeur du dispositif.

 

Le développement de l’autoconsommation d’électricité passera-t-il par la blockchain ? Depuis la loi du 24 février 2017 sur l’autoconsommation collective, de nouveaux modèles énergétiques se dessinent, plus décarbonés et décentralisés. En lançant l’alliance Blockchain pour les boucles énergétiques locales (ABBEL) fin mai, l’entreprise Greenflex - filiale de Total spécialisée dans le développement durable - et le cabinet Blockchain Partner, souhaitent accélérer le déploiement d’un réseau électrique décentralisé, permettant d’intégrer plus facilement les nouvelles sources d’énergies renouvelables et locales. Pour se faire, les 2 acteurs misent sur la blockchain.

Cette technologie, qui autorise une gestion sécurisée et autonome d’échanges en se passant d’intermédiaire, pourrait permettre les transactions au sein de pôles locaux incluant grandes entreprises, collectivités et particuliers. « La blockchain permet de monter une place de marché sur laquelle l’ensemble des acteurs vont pouvoir à la fois déposer leurs demandes ou leurs excédents d’énergie », défend Lucas Elicegui, directeur Innovation chez Greenflex. « En replaçant les territoires au centre de la démarche, on rebat les cartes et on amène à revoir les stratégies énergétiques au niveau d’une région ou d’un département. La grande distribution pourrait notamment être l’un des principaux pourvoyeur d’énergie renouvelable par sa capacité à installer des ombrières en grand nombre », souligne Lucas Elicegui.

Des petits excédents d’énergie échangés

Pour autant, « l’idée n’est pas de se placer dans une dynamique d’ilôtage, avec une boucle énergétique autonome. Ce ne serait pas très réaliste car la boucle locale ne sera a priori jamais autosuffisante. Mais il s’agirait plutôt de répondre à un nouveau modèle de production électrique plus horizontal, avec des installations de faible puissance disséminées sur le territoire », explique Lucas Elicegui. Connecter les boucles locales à un réseau de plus grande dimension, national, permettrait de les intégrer dans une logique de distribution des énergies renouvelables. Les différentes parties s’échangeraient ainsi en priorité l’électricité qu’ils produisent en fonction de leurs besoins via des smarts contracts, ces contrats intelligents qui permettent de déclencher des transactions sans intervention des parties, à partir du moment où les conditions pré-établies sont remplies. « La blockchain répond particulièrement bien à la nécessité de traiter des micro-transactions. Car ce sont de petits excédents d’énergies qui seront échangés, aujourd’hui compliqués à traiter de façon contractuelle », explique Lucas Elicegui. « Elle permet également d’assurer une traçabilité des flux énergétiques et financiers et permettrait de certifier la provenance de l’énergie produite ».

Un démonstrateur sur le terrain

Même s’il repose sur le principe de la blockchain, le modèle ne serait pas pour autant totalement décentralisé. Un distributeur comme Enedis aurait encore son rôle à jouer au sein de cette nouvelle configuration : « en fonction des tarifs d’achat ou de vente des énergies renouvelables qu’il proposera, il stimulera plus ou moins les transactions locales pour résoudre les problèmes techniques d’équilibre à un moment donné », précise le responsable. 

Un premier démonstrateur virtuel, regroupant supermarchés, industries et logements de particuliers, avait été lancé par Greenflex et Blockchain Partners à l’échelle d’un quartier, fin 2017. Grâce à l’alliance ABBEL, l’entreprise souhaite aujourd’hui passer à l’étape supérieure en menant cette expérience sur le terrain. Et répondre à certaines problématiques de taille. « Il faut pouvoir quantifier les besoins en consommation et les énergies effectivement consommées de manière fiable. Cela devrait pouvoir se faire grâce aux compteurs d’énergie ou à l’internet des objets », pointe le directeur Innovation. La nature de la blockchain, publique ou privée, reste également à déterminer. Le premier POC (preuve de concept) avait été bâti sur le protocole NEXT, utilisé par certains systèmes bancaires, mais les acteurs considèrent aussi la solution Ethereum. « Il faut que la plateforme puisse supporter une certaine volumétrie. Cependant, il ne s’agit pas de réaliser un énorme réseau, qui nous poserait des problèmes de scalabilité. Mais bien des milliers de micro-réseaux, même si l’on peut imaginer ensuite des macro-transactions entre boucles locales », explique le responsable.

Privilégier les blockchains privées

Afin d’éviter la dépense d’énergie considérable induite par les opérations de minage - qui permettent de vérifier et valider les blocs de transactions sur la blockchain -, les blockchains privées, moins énergivores pourraient être privilégiées. Un système de type IOTA - une blockchain expérimentale et open source  « sans bloc ni chaîne » - est aussi envisagé. Les transactions seraient alors validées par les objets connectés eux-mêmes. « Le niveau de sécurité reste également à déterminer, en fonction des enjeux. Il y a un compromis à trouver avec la qualité du service rendu, pointe Luca Elicegui. Mais aujourd’hui, le cadre d’autoconsommation collective et le cadre juridique doivent encore évoluer afin d’autoriser de telles démarches ».

Pour exploiter les retours d’expériences et les bonnes pratiques nécessaires à un cadre commun, l’Alliance fera appel à l’association française de normalisation, l’AFNOR. Car le tout sera surtout de standardiser la technologie, afin d’éviter qu’il y ait autant de modèles de boucles énergétiques que de fournisseurs de solutions et de territoires. Pour inciter au consensus, « une partie du code du projet pourrait être livré en open source, souligne Luca Elicegui. Sur cette base commune, chaque acteur privé pourrait ensuite amener sa brique de valeur ajoutée. Cela éviterait la fragmentation qui serait un écueil complet pour ce type de dispositif ».

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