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« L’innovation peut être mise au service de l’agriculture biologique », selon le directeur scientifique de l'Inra

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Par publié le à 10h11

« L’innovation peut être mise au service de l’agriculture biologique », selon le directeur scientifique de l'Inra

Une agriculture 100 % biologique pourrait nourrir la planète en 2050 affirment des chercheurs dans une étude publiée par la revue Nature Communications. Industrie & Technologies a interrogé Christian Huygue, Directeur scientifique de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Dans la foulée du Salon de l'agriculture de Paris, voici son point de vue sur la question.

 

L’agriculture biologique est-elle capable de répondre durablement aux enjeux alimentaires à l’échelle mondiale ? 

Pour mettre en place une situation durable en agriculture biologique, au même niveau de rendement, le changement ne doit pas se traduire par une augmentation des surfaces cultivées au détriment des autres modes d’occupation des sols. Sinon, c’est la forêt qui en pâtira. La question n’est pas seulement de savoir produire suffisamment, mais d’une part de réduire les pertes, du producteur au consommateur : écarts de triages, transformations, animaux morts, désossements des animaux, denrées périmées et invendus (DLC et contaminations) et réfrigérateurs… C’est une infinité de petits points. Et effectivement, si nous arrivons améliorer ça, nous arriverons à réduire énormément la pression. Cette réduction, pourtant indépendante du type d’agriculture, rendra possible la transition généralisée de l’agriculture biologique. D’autre part, les habitudes alimentaires doivent également évoluer. L’idée étant de maintenir les surfaces en prairies pour les herbivores et de réduire les élevages de monogastriques (les volailles et les porcs). Soit exactement l’inverse de ce qui est fait aujourd’hui…

Quels leviers d’innovation pourraient encore être actionnés ? 

Le cahier des charges de l’agriculture bio exclut les engrais chimiques, les pesticides de synthèse et l’utilisation excessive des médicaments pour les animaux. Mais il autorise tout le reste, et chacun se fait son cahier des charges « bio plus ». Les travaux concernant la bio sont trop souvent basés sur l’hypothèse d’une « bio figée ». Or la discussion à l’échelle mondiale sur la place de la génétique montre bien qu’il y a des champs d’innovations. Le biocontrôle, qu’il repose sur des macro-organismes, des micro-organismes ou des phéromones, offre aussi de nouvelles solutions pour lutter contre les insectes parasites et ravageurs. Par ailleurs, les innovations actuelles en matière d’automatisation ou de robotique trouvent leur champ d’application en bio. 

La production à grande échelle n’entraîne-t-elle pas un défi spécifique ? Comment « industrialiser » l’agriculture biologique ? 

Si l’agriculture biologique augmente en marché, de fait elle va devenir un marché attractif pour tous ceux qui vont faire de l’innovation spécifique. Plutôt que de parler d’industrialisation, il faut parler de changements d’échelle. Les deux grands tournants portent sur la transformation agroalimentaire des produits issus de l’agriculture biologique d’une part, et sur les problématiques de fertilité de sols, en particulier les cycles de l’azote et du phosphore, d’autre part. L’urbanisation et la concentration urbaine deviennent une source de non bouclage de ces cycles, en bio on non. A l’échelle mondiale, c’est l’augmentation des transports à longue distance –notamment pour le soja– afin de concentrer les élevages dans certaines régions qui induit par exemple des déséquilibres locaux d’azote, excès ou déficits. D’ailleurs la contribution de l’agriculture au changement climatique vient de ce non bouclage de cycles. Car les grandes émissions viennent pour une bonne part de l’énergie indirecte consommée par la fabrication des engrais et par les émissions de protoxyde d’azote liées aux exploitations culturales. Donc si nous arrivons à boucler ces cycles, nous aurons de fait moins d’énergie consommée et moins d’émissions de protoxyde d’azote. Cette question est pour moi la problématique d’ordre un. Et un des leviers va donc être de réduire ces transports.

 
Découvrez dans notre espace réservé aux abonnés le débat entre Christian Huygues, et Jacques Caplat, spécialiste de l'agriculture biologique, paru dans le numéro 1007 d'Industrie & Technologies. 
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