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Ils ont fait la technologie en 2014 : en mai, Stéphane Donikian, de Golaem, a simulé les foules de vos séries

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Par publié le à 09h00 , mise à jour le 30/12/2014 à 13h57

Ils ont fait la technologie en 2014 : en mai, Stéphane Donikian, de Golaem, a simulé les foules de vos séries

Stéphane Donikian manipule les foules avec ses logiciels.

Après un passage au CNRS et à l'Inria, où il commence à travailler sur la modélisation et la simulation du comportement humain, Stéphane Donikian crée la start-up Golaem. La société, qui propose des logiciels de modélisation de mouvements de foule réalistes, sort en mai une nouvelle version de son logiciel Crowd 3.2 encore plus intuitive.

A partir de modèles numériques, il peuple les stades de milliers de supporters, anime des armées et dirige des foules. Stéphane Donikian tient-il de Rabbin Löw, le Maharal de Prague qui donna la vie à un humanoïde d'argile au XVIe siècle ? La start-up qu'il a créée renvoie en tout cas directement à cette mythologie hébraïque, puisqu'elle porte le nom de cette créature imaginaire, Golaem. « Comme le Rabbin Löw, nous créons de la matière animée à partir de la matière inanimée », s'amuse Stéphane Donikian, PDG et fondateur de Golaem. Fruit de dix ans de recherche sur la simulation du comportement humain à l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), la start-up propose ses logiciels de modélisation du comportement des foules aux professionnels du cinéma et des jeux vidéos, mais aussi à des industriels, pour prédire les déplacements au sein d'une usine et les enjeux de sécurité associés, ou encore aux acteurs du secteur des transports, pour adapter les infrastructures aux besoins des voyageurs.

Alors qu'il travaille sur sa thèse, portant sur un outil de conception architecturale, et constatant le peu d'intérêt des architectes pour ce logiciel de modélisation, Stéphane Donikian se tourne vers la simulation du comportement du conducteur. Là encore, la réalité le pousse à redéfinir son sujet de recherche : « En France, c'est très sectorisé... Comme il y avait déjà quelqu'un qui travaillait sur le comportement de véhicules, j'ai dû trouver un autre champ de recherche », se souvient l'entrepreneur, avec un sourire empreint d'ironie.

Un outil qui analyse les flux dans les sites industriels

Stéphane Donikian élargit alors son travail à la simulation du comportement de foule. Après un passage au CNRS, le chercheur rejoint l'Inria et au milieu des années 2000 constitue une équipe pour des projets collaboratifs consacrés à la simulation. Il la baptise Bunkaru, en référence au théâtre de marionnettes japonais du XVIIe siècle. Sa mission ? Développer des logiciels qui intègrent non seulement les problématiques de navigation, de prise de décision et d'interaction avec l'environnement, mais aussi des apports issus des sciences comportementales et cognitives (psychologie sociale, neurosciences...).

« Outre les apports théoriques des sciences du comportement, la modélisation peut aussi être faite à partir d'analyses faites sur le terrain. Il y a pas mal de littératures scientifiques consacrées à ces analyses de terrain », détaille Stéphane Donikian. Au point que le modèle peut être décliné avec une certaine finesse, en fonction de l'origine des résultats. « Selon la population (chinoise, européenne, américaine) on ne fait pas les mêmes modélisations ». Ces recherches permettent le développement de logiciels prototypes. « À partir de ce moment, on a commencé à avoir des demandes de la part d'industriels ». La technologie est en effet applicable à de nombreux secteurs industriels, en particulier dans l'industrie manufacturière, où elle permet l'étude fonctionnelle d'usine numérique, d'optimiser les conditions de sécurité, d'étudier l'interaction avec les machines, mais aussi dans le domaine des transports. Un tel logiciel permet d'analyser les flux, et de concevoir les quais et les wagons de manière optimale.

Ainsi Stéphane Donikian est devenu entrepreneur par pragmatisme. Sans l'intérêt des industriels pour la technologie, Golaem n'aurait sûrement jamais vu le jour, et le logiciel serait resté dans les laboratoires de l'Inria. « Ce n'est pas le but d'un laboratoire d'avoir un rôle d'éditeur », reconnaît l'ancien chercheur. Conséquence : la start-up voit le jour en 2009, sur les collines de Rennes qui jouxtent l'Université Rennes 1, après une année d'incubation. Stéphane Donikian a constaté à cette occasion qu'un bon entrepreneur est d'abord un homme-orchestre. En plus de ses compétences techniques et scientifiques, il a dû acquérir des connaissances en gestion et en comptabilité.

Aujourd'hui, la société propose un produit sur étagère, Golaem Crowd, destiné aux studios de cinéma, aux jeux vidéo et aux artistes. « Nous faisons davantage d'animation que de simulation. La contrainte a été de faire un logiciel simple à utiliser pour des non-informaticiens. Nous avons travaillé sur l'ergonomie ». Le produit est utilisé par une cinquantaine de studios, dont Mathematic Studio, Stargate Studio ou encore Technicolor, entre autres.

Obtenir des personnages crédibles au rendu réaliste

Depuis ses débuts, le produit n'a cessé d'évoluer, et avec son équipe, Stéphane Donikian continue à le faire progresser. La R&D présente d'ailleurs 75 % de l'activité de la société. « Au début, on faisait de la foule pour des arrières plans. Nous souhaitons désormais gérer les personnages de plus en plus près, de manière de plus en plus réaliste, c'est-à-dire faire des micro-comportements individuels pour avoir des personnages crédibles ».

Des activités pour lesquelles la société reste proche de l'institut dans lequel elle a mûri. « Nous avons des projets de recherche collaboratifs avec l'Inria et archi-vidéo sur des textures de foules. Il s'agit de se déplacer dans des maquettes numériques alors qu'il y a de la vie dans la maquette », détaille Stéphane Donikian. Les développeurs s'adaptent à l'environnement créé par un artiste ou une société, et après une analyse de la typologie, font en sorte que la foule s'y déplace de manière réaliste. Grâce à la magie de la modélisation, cette foule peut être peuplée d'humains, d'animaux, mais aussi de monstres... qu'ils soient faits d'argile ou pas.

Sophie Eustache

La multitude modélisée

Golaem Crow est un logiciel de modélisation et de simulation du comportement de foule, conçu pour être utilisé par des non-informaticiens. Il s'appuie sur les sciences comportementales et cognitives (psychologie sociale, neurosciences...) et des technologies de navigation, de prise de décision, d'interaction avec l'environnement. En s'attachant aux sciences comportementales, plus qu'aux algorithmes mathématiques et aux propriétés physiques, le logiciel permet de modéliser une foule au comportement plus proche de la réalité dans son interaction avec l'environnement. Le produit permet de modéliser aussi bien des humains que des animaux ou des créatures imaginaires. Quant au nombre de personnages, c'est la mémoire de l'ordinateur qui pose la limite, le système pouvant animer mille personnages en temps réel.

 

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