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Face au stockage, les distributeurs d'électricité doivent réinventer leur métier, selon une étude d'Accenture.

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Par publié le à 10h55

Face au stockage, les distributeurs d'électricité doivent réinventer leur métier, selon une étude d'Accenture.

Les distributeurs sont mis au défi de s’emparer de la question de la révolution opérée par les batteries de stockage en 2015, sous peine d’aller à leur perte, selon l’étude d'Accenture "Digitally Enabled Grid". Pour s’en sortir, ils doivent entamer une triple transformation digitale, réglementaire et opérationnelle et se tourner résolument vers le stockage.

Avoir la perception des dirigeants d’opérateurs d’électricité en Europe sur la transformation en cours du secteur, voilà l’objectif de l’étude Digitally Enabled Grid, dont Accenture vient de publier la troisième édition en mars 2016. Sur 85 cadres dirigeants interrogés dans 19 pays, près de la moitié (45 %) estiment que le modèle traditionnel de distribution d’électricité est dépassé. Ils sont même 64 % à avoir cette opinion en Europe. En cause ? La multiplication des structures de production décentralisée – batteries pour le stockage en premier -  entraine une baisse de la demande et une complexification de la gestion des réseaux. Un défi majeur pour les distributeurs tels qu’ERDF en France, mis au défi de réinventer leur métier pour ne pas mourir.

Baisse de la demande et dysfonctionnement des réseaux

« Il y a cinq ou six ans, la crainte était d’être à cours de moyens de production. C’est à une crise de la demande à laquelle on assiste aujourd’hui, pour plusieurs raisons, explique Jérémie Haddad, en charge des activités de conseil pour le secteur Energie d’Accenture. Tout d’abord il y a la crise économique, mais aussi la désindustrialisation et la décision d’aller vers les économies d’énergies. Et enfin, c’est la véritable révolution, l’émergence des moyens de production électrique décentralisés ».  A l’instar des panneaux solaires résidentiels, en plein développement en de nombreux endroits du globe. Couplés à des moyens de stockage, ils sont une véritable menace pour les distributeurs, en grande partie rémunérés en fonction de la quantité d’énergie qu’ils fournissent.  En outre, sur les 85 cadres dirigeants, plus de la moitié (56 %) anticipent une augmentation du nombre de dysfonctionnements affectant les réseaux d'ici à 2020, sous l'effet des programmes de production d'énergie renouvelable et décentralisée, comme le marché résidentiel de l'énergie solaire photovoltaïque. Le stockage de l'électricité pourrait par ailleurs devenir un facteur de disruption majeur : 32 % des dirigeants interrogés s'attendent à ce qu'il entraîne une augmentation du nombre de défaillances réseau (contre 14 % en 2013). Les batteries impliquent en effet davantage d’allers-retours du flux d’électricité vers le fournisseur, qui augmentent les risques de dysfonctionnement.

Les distributeurs doivent s’adapter, pour éviter un scénario envisagé dans le cadre de l’étude d’Accenture, peu probable mais réel : la "spirale de la mort". La baisse de la consommation d’électricité du réseau entraine une perte de revenus pour les distributeurs  qui entraine une baisse des investissements dans la maintenance et dans les améliorations du réseau, si bien que le réseau est moins efficient. Les consommateurs se tournent alors vers d’autres moyens de production, ce qui accélère la baisse de  la consommation… « Nous constatons cependant que les distributeurs tirent les enseignements de leur expérience avec le photovoltaïque, explique Jérémie Haddad. Ils ont en effet dû faire face au déploiement rapide de structures résidentielles sans pour autant disposer des moyens adéquats pour intégrer efficacement ces nouvelles sources de production, et ont pris un certain retard dans le développement de services complémentaires tels que l'installation, la maintenance et l'optimisation des acheminements, laissant émerger de nouveaux concurrents. Les compagnies d'électricité semblent avoir réalisé que la conjonction du photovoltaïque et des technologies de stockage représente une menace forte sur leur modèle économique si elles ne se positionnent pas rapidement pour reprendre la main ».

Le stockage, nouveau cheval de bataille

L’année 2015 a en effet vu l’essor formidable des capacités de stockage, basés sur les batteries lithium-ion, capables de stocker l’électricité à différentes échelles : résidentiel ou au niveau d’un parc de production d’énergie renouvelables. Tesla et sa Powerwall, Schneider, ou encore des constructeurs automobiles, à partir des batteries de voitures électriques usagées, sont les acteurs de cette nouvelle vague qui révolutionne le modèle économique traditionnel de l'énergie. Les opérateurs en sont conscients. 66 % des cadres dirigeants interrogés anticipent une intensification de la concurrence dans ce domaine au cours des cinq prochaines années, contre 48 % en 2013. Aussi 77 % d'entre eux rapportent que leur entreprise a déjà commencé à investir dans le développement de solutions de stockage, ou envisage de le faire au cours des dix prochaines années. A l’instar d’EDF Energies Nouvelles, qui a dévoilé son intention de proposer en 2016 une offre de batteries pour le résidentiel. Près de la moitié (47 %) des cadres exécutifs interrogés estiment que de tels investissements devraient permettre une croissance des revenus modérée ou significative à l'horizon 2030. Au cours des cinq prochaines années, près de la moitié des répondants (49 %) envisagent de proposer des services de stockage réseau, et 30 % proposeront probablement des services de stockage résidentiel à leurs clients (maintenance, par exemple). En outre, rapporte l’étude, si les technologies sont déployées à grande échelle, cela pourrait permettre de réduire le nombre de dysfonctionnements causés par les exportations massives de surplus d'électricité renouvelable vers le réseau durant les périodes caractérisées par une demande faible et une production élevée.

Réinventer le métier de distributeur

Pour tirer profit du déploiement de ces services de stockage, les opérateurs doivent d'abord réinventer leur métier de distributeur, même si le principal obstacle est réglementaire La plupart d'entre eux n'en sont encore qu'à un stade précoce de cette transformation : à l'échelle mondiale, seulement 15 % des dirigeants du secteur (29 % en Europe) rapportent qu'une telle transformation est déjà en cours dans leur organisation. Point clé de cette transformation : le digital, qui doit permettre de mieux gérer les réseaux grâce à des technologies du type Smart Grid et aussi permettre aux distributeurs de se positionner comme fournisseurs de plates-formes neutres à même de faciliter les échanges entre différents moyens de production. Le compteur intelligent en est une brique de base mais n’en représente pas l’aboutissement. « Différents signaux montrent que les distributeurs vont dans ce sens depuis environ trois ans, précise Jérémie Haddad. Tout d’abord, une direction numérique est mise en place pour identifier les disruptions issues de ce monde. Ensuite, de plus en plus  de projets concernent la gestion de données. Les distributeurs font de moins en moins appel à des Data Scientist issus de l’extérieur mais recrutent des Data Scientist en interne. Cela devient leur cœur de métier. Enfin, on assiste à une ouverture des grands industriels de l’énergie vers des écosystèmes ouverts. Ils prennent conscience de l’importance de créer des relations fortes avec des structures légères, plus agiles, sous formes de partenariats ou de rachats ».

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