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Exploration spatiale : une mine d'innovations qui ont des retombées sur Terre, estime-t-on chez Airbus

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Par publié le à 10h05

Exploration spatiale : une mine d'innovations qui ont des retombées sur Terre, estime-t-on chez Airbus

Alors que la sonde européenne BepiColombo prendra son envol en octobre prochain en direction de Mercure, laboratoires et industriels s'activent pour préparer les prochaines missions vers Mars qui devraient décoller en 2020. Parmi elles, ExoMars 2020, dont le rover est contruit par Airbus Defence & Space. Responsable marketing et vente des satellites scientifiques et d’exploration au sein d'Airbus Defence & Space, Didier Morançais dévoile les coulisses de l'industrie de l'exploration spatiale. Les programmes y sont pointus et permettent de progresser, de se former et de se montrer. Mais aussi, dans une certaine mesure, d'innover.

Quelles sont les activités d'Airbus pour l'exploration martienne ?

L'exploration martienne a commencé pour nous avec Mars Express : une sonde équipée de dix instruments scientifiques envoyée en orbite autour de la planète rouge en 2003. La mission est prolongée jusqu'en 2020. Aujourd’hui, nous développons le rover d’ExoMars 2020 qui est en phase d'intégration. Pour le futur, les agences spatiales européenne (Esa) et américaine (Nasa) définissent une feuille de route pour la mission Mars Sample Return. Le but sera de récupérer des échantillons martiens et de les ramener sur Terre pour les analyser avec des moyens de laboratoire plus performants que ceux embarqués sur les rovers. C'est en discussion et nous espérons être impliqués. Enfin, nous sommes également maîtres d'œuvre de la partie européenne d'Orion : le module destiné à être habité et envoyé dans l’espace, et à terme vers Mars, par le futur lanceur américain.

Et concernant l’exploration spatiale d’une manière générale ?

Nous avons développé la mission Rosetta qui a envoyé une sonde en 2004 vers la comète Churyumov-Gerasimenko. Toute la partie avionique et une des caméras ont été faites en France. Nous avons également fourni à l’Esa une sonde pour la planète Venus sur le même modèle que Mars Express. Et aujourd'hui, nous avons deux grands programmes interplanétaires. Nous sommes responsables de la partie européenne de la mission BepiColombo qui devrait être lancée vers Mercure cette année. Et Juice est notre dernier bébé qui a démarré il y a deux ans. Il s’agit d’un programme européen vers le système de Jupiter.

Sur toutes ces missions, vous travaillez main dans la main avec les grandes agences spatiales. Comment s'articulent les relations entre ces agences et un industriel comme Airbus ?

Les agences définissent les grandes lignes directrices, seules ou à plusieurs. En cas de partenariat inter-agences, elles négocient un accord international. Ensuite, chaque agence émet des appels d'offre pour sa partie. Pour notre part, nous répondons aux appels d’offre de l’Esa et sommes mis en compétition. Lorsque nous sommes choisis, nous travaillons directement en contrat avec elle. En cas de collaboration internationale et de participation croisée, par exemple lorsque les instruments viennent de différents laboratoires, cela se passe au niveau des agences. Par exemple si il y a une participation américaine, le laboratoire ou l’industriel américain livre son instrument à la Nasa, qui livre à l'Esa, qui livre ensuite au maître d'œuvre. C'est le chemin formel de responsabilité. Mais en pratique, cela va directement du laboratoire au maître d'œuvre.

Quels sont les autres acteurs avec qui vous travaillez ?

Pour développer des satellites ou des matériels de vol, nous travaillons avec deux types d'entités. D'autres industriels et des laboratoires. En tant que maître d'œuvre nous travaillons avec un tissu d'industriels européens : les équipementiers. Ils nous fournissent principalement des équipements de vol. Soit ce sont des filiales ou des entités de grands groupes. Soit ce sont des PME ou des ETI spécialisées dans certains types d’équipements spatiaux. Mais elles sont rarement des start-ups. Les laboratoires fournissent tout ou partie des instruments. Industrialisés ou fabriqués entièrement en interne, ceux-ci sont livrés aux agences et transmis au maître d'œuvre pour les intégrer sur la sonde par exemple.

En quoi l'exploration spatiale est-elle une activité intéressante pour un groupe comme Airbus ?

Il y a plusieurs aspects. Tout d’abord, dans la charte de l'Esa, le programme scientifique est obligatoire. Un budget dédié existe au niveau européen, mais aussi chez les autres agences nationales. Donc il y a un certain nombre de missions assez pointues à développer. Elles sont l’occasion de faire des développements et de progresser sur certaines techniques. Cela a des retombées dans des applications plus opérationnelles ou applicatives. Et puis, ces missions sont importantes en termes d'image pour le groupe. Rosetta, BepiColombo ou Juice sont des vitrines au niveau mondial sur nos capacités de développement. Enfin, ces missions permettent de former des générations d'ingénieurs. Les gens qui ont travaillé sur des programmes complexes et pointus sont efficaces sur d'autres applications. Sur Juice, nous avons fait le choix et le pari d'avoir une double équipe. Une partie est très expérimentée. L’autre est assez jeune. Comme ce sont des programmes qui durent longtemps, cela permet d'avoir un vivier de gens très performants au bout de quelques années.

Pour des raisons de fiabilité, l'industrie spatiale utilise des technologies robustes qui ont fait leurs preuves. Comment innover dans ces conditions et sur quels sujets ?

Pour les missions interplanétaires nous ne cédons pas sur la fiabilité, la robustesse et la redondance. Mais sur les missions plus appliquées comme l’observation de la Terre ou les constellations de satellites, les approches sont différentes et moins complexes. La propulsion électrique s’est par exemple largement développée dans le domaine commercial des satellites de télécommunication. Aujourd'hui, elle devient un enjeu et sera très probablement utilisée pour les prochaines missions interplanétaires. Nous commençons à en parler pour Mars Sample Return par exemple. Donc les technologies évoluent et nous arrivons à gagner en performance, en compacité, et à faire des équipements qui demandent moins de puissance.

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