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[Décryptage] Les essais nucléaires nord-coréens en 5 questions

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Par publié le à 10h40

[Décryptage] Les essais nucléaires nord-coréens en 5 questions

Deux lanceurs du système de défense anti-missile THAAD ont été déployés par les Etats-Unis en Corée du Sud en mars 2017. Ils fonctionnent par l'envoi d'un missile défensif destiné à détruire le missile d'attaque.

Dimanche 3 septembre, la Corée du Nord procédait à son sixième essai nucléaire. Cinq jours plus tôt, elle tirait un missile au-dessus du Japon. Quelles technologies a-t-elle acquises ? Que sait-on exactement sur le sujet ? Le reste du monde dispose-t-il des technologies adéquates pour se prémunir contre cette menace ? Beaucoup de doutes subsistent, mais une chose est certaine : le leader nord-coréen Kim Jong Un progresse vers l'acquisition d'un système de missiles intercontinentaux capables de transporter une ogive nucléaire. Décryptage en cinq points des enjeux technologiques de la crise.

En quoi l'essai de ce week-end se distingue de ceux précédemment réalisés par la Corée du Nord ?

La Corée du Nord n'en est pas à son premier essai, loin s'en faut. Le tir nucléaire de dimanche était le sixième, mais aussi le plus puissant jamais réalisé par la Corée du Nord, qui a également réalisé près d'une centaine de tirs de missiles balistiques, les projectiles qui peuvent servir à un tir nucléaire.

Pour juger de la puissance explosive d’un essai nucléaire, les autorités se basent sur la magnitude du séisme ressenti. La quantité d’énergie libérée lors de l’explosion s’exprime en masse équivalente de trinitrotoluène (TNT). Par exemple en kilotonne TNT (kT TNT). Le graphique ci-dessous représente les magnitudes des six essais nucléaires de la Corée du Nord, mesurées par le Réseau de surveillance sismique norvégien (Norsar). L’estimation de la puissance explosive est également indiquée à chaque fois.

Après l'essai du 3 septembre dernier, l’Institut d’études géologiques des États-Unis (USGS) a mesuré une magnitude de 6,3 sur l’échelle de Richter, tandis que l’agence de météorologie sud-coréenne a enregistré une magnitude de 5,7. Si les mesures ne sont pas tout à fait égales en raison des incertitudes et du lieu de la mesure, une chose est sûre : le tir de dimanche est bien l’essai nucléaire le plus puissant jamais réalisé par la Corée du Nord.

À titre de comparaison, Little Boy, la bombe larguée par l’armée américaine sur Hiroshima (Japon) le 6 août 1945 avait une puissance explosive de 15 kT TNT. Trois jours plus tard, la deuxième bombe larguée sur Nagasaki était plus puissante encore : 20 kT TNT. La bombe nucléaire la plus puissante jusqu'à présent a été testée par l’Union soviétique en 1961 : 50 000 kT TNT.

 

 

 

Etait-ce une bombe A ou bombe H ?

Même si la Corée du Nord affirme avoir testé une bombe H ce 3 septembre, rien ne permet de le confirmer. Toutefois, la bombe H étant plus puissante que la bombe A, plus la magnitude ressentie est forte, plus la probabilité qu'elle dise vrai augmente. « Mais une puissance explosive de 100 kT TNT peut très bien être provoquée par une grosse bombe A », indique Georges-Henri Mouton, directeur général adjoint de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) pour les questions de défense et de sécurité. N'y a-t-il pas une limite à partir de laquelle les incertitudes s'effacent ? « À partir de 500 kT TNT ou 1000 kT TNT, là il n'y a plus de doute, c'est une bombe H. »

La différence ? La bombe A a recourt à la fission nucléaire. L’uranium 235 ou le plutonium sont des éléments très lourds. Bombardés par des neutrons, les atomes se cassent en générant une grosse quantité d’énergie. Ils libèrent à leur tour des neutrons qui vont casser les atomes alentours, provoquant une réaction en chaîne. En 1945, Little Boy était une bombe A dont l’explosion résultait du choc entre deux blocs d’uranium 235.

La bombe H, elle, est née dans les années 50 et utilise la fusion nucléaire. Bien plus puissante que la bombe A, elle a recourt à des atomes d’hydrogène qui fusionnent pour former de l’Hélium. Mais cette réaction nécessite une forte pression et une température très élevée (autour de 100 millions de degrés). Le moyen d'atteindre ces conditions n'est autre que la bombe A, qui fait office de détonateur.

 

 

Des photos publiées dimanche par l’agence de presse nord-coréenne montrent Kim Jong Un devant ce qu'il prétend être la tête d’une bombe H, qui peut être montée sur un missile balistique intercontinental (ICBM). Aucune autre source ne permet de le confirmer.

Norsar indique que de possibles émissions d’éléments radioactifs mesurées dans les semaines suivantes peuvent fournir des indications supplémentaires sur le type de bombe utilisé. Pour Georges-Henri Mouton, cela est peu probable. « Les essais sont réalisés sous terre, dans des puits ou des galeries à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Le tout est confiné avec d'énormes bouchons de béton. Si le confinement est bien fait, aucune matière ne s'échappe. »

Qui est menacé ?

Selon un article du Washington Post, la Corée du Nord envoie habituellement ses missiles très haut, presque à la verticale, pour éviter d'atteindre d'autres pays. Ils s'écrasent plus à l'Est, en mer du Japon. L'altitude et la distance atteintes lors d'un tir vertical permettent de déduire les lieux potentiellement atteignables avec une trajectoire normale.

Avec une altitude atteinte de 3700 km et 1000 km parcourus, le missile lancé le 28 juillet dernier serait capable d'atteindre l'Est des Etats-Unis. Celui lancé au dessus du Japon le 28 août dernier a parcouru 2700 km avant de s'écraser dans l'océan Pacifique. Cependant, il n'a atteint que 550 km d'altitude.

La Corée du Nord est-elle capable de frapper n'importe où ?

Au total, 18 tests de missiles ont été réalisés en 2017 par la Corée du Nord. Si ses projectiles semblent capables de parcourir de longues distances, plusieurs défis technologiques doivent encore être relevés avant qu'ils ne deviennent des missiles balistiques intercontinentaux pouvant transporter des têtes nucléaires et capables de frapper des cibles avec précision.

Le premier : miniaturiser la charge pour l’inclure dans un missile intercontinental. En juillet dernier, le Washington Post a eu accès à un rapport de la Defense Intelligence Agency : il semblerait que la Corée du Nord soit parvenue à miniaturiser ses ogives. Les autorités américaines estiment le stock nord-coréen comme étant proche de 60 têtes nucléaires. Des experts l’estiment légèrement inférieur, et ne se prononcent pas sur leur nature (A ou H). Reste par ailleurs à maîtriser le guidage du missile pour atteindre une cible de manière précise à plusieurs milliers de kilomètres de distance. Ainsi que la rentrée dans l’atmosphère. Dans sa trajectoire parabolique, la tête nucléaire est soumise à des températures extrêmes lors de sa rentrée dans l’atmosphère.

Existe-t-il des moyens de protection?

Pour se prémunir d’un tir de missile, la Corée du Sud mise pour l’instant sur le Terminal High Altitude Area Defense (THAAD) : un système anti-missile dont le constructeur principal est la société américaine Lockheed Martin. Il permet de se défendre contre des missiles balistiques de portée « moyenne et intermédiaire ». À l’aide de radars, il détecte un missile en approche, le cible et envoie contre lui un autre missile à partir de lanceurs au sol.

« Il n'y a aucun risque qu'une explosion nucléaire se produise lors de l'interception, précise Georges-Henri Mouton. La détonation implique qu'il y ait un rapprochement volontaire de deux blocs de matière fissile, dans des conditions précises. Si le missile est détruit avant, il n'y a pas d'explosion. » Le risque que présente la destruction en vol d'un missile doté d'une ogive nucléaire est la dispersion de son combustible radioactif le long de la trajectoire balistique qu'il poursuit.

Mais le système de défense antimissile américain n'est pas le seul existant. Pour le compte des gouvernements italien et français, Eurosam développe par exemple des missiles sol-air de moyenne et longue portée capables d'être lancés depuis la mer ou sur terre. La société est issue d'un partenariat entre MBDA et Thalès.

Le lendemain du 6ème essai nucléaire en Corée du Nord, l’agence de presse sud-coréenne Yonhap a indiqué que « le ministère de l’Environnement (de Corée du Sud) a donné son accord conditionnel au déploiement du système de défense antimissile à haute altitude (THAAD) dans le pays après avoir examiné l’évaluation effectuée par le ministère de la Défense sur son impact environnemental ». Le système anti-missile est toutefois critiqué pour l’impact que pourraient avoir ses rayonnements électromagnétiques et les nuisances sonores qu’il engendre. Son déploiement avait été stoppé en Corée du Sud après l’installation de deux lance-missiles. Quatre lanceurs supplémentaires seront déployés prochainement.

Après ce sixième essai nucléaire du leader nord-coréen, le secrétaire à la Défense américain James Mattis a promis une "réponse militaire massive" en cas de menace de la Corée du Nord. De son côté, Donald Trump a indiqué être prêt à vendre des milliards de dollars d'équipements militaires à la Corée du Sud.

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