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CRISPR-Cas9 : intervenir sur l'ADN humain? Des chercheurs alertent sur le risque de dérive éthique

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Par publié le à 15h45

CRISPR-Cas9 : intervenir sur l'ADN humain? Des chercheurs alertent sur le risque de dérive éthique

Image de synthèse présentant le complexe CRISPR-Cas9.

Une nouvelle méthode permet de modifier très précisément le génome de cellules vivantes, grâce à des ciseaux moléculaires capables de cibler spécifiquement le gène d'une cellule. Des chercheurs américains alertent quant aux dérives éthiques qui pourraient découler de cette méthode, grâce à laquelle il devient possible de modifier les cellules sexuelles humaines.

La technique CRISPR-Cas9 donne aux scientifiques la possibilité de modifier comme jamais le génome des cellules vivantes. Et pourquoi pas d’agir directement sur l’embryon, voire les cellules dites germinales telles que les spermatozoïdes ou les ovules. Certaines équipes auraient même déjà franchi le pas, selon l’enquête « L’ingénierie du bébé parfait » menée par le journal du MIT, le Massachussets Technology Review.

Cette enquête publiée le 5 mars a déclenché la polémique Outre-Atlantique. Le 12 mars, Edward Lamphier, le directeur général de la société Sangamo Biosciences et quatre collègues appelaient dans le magazine Nature à un moratoire sur ces recherches. Une semaine plus tard, le 19 mars, 18 chercheurs dont deux prix Nobel leur répondaient dans le journal Science, par un appel à la prudence, sans pour autant inviter à stopper les recherches effectuées sur l’embryon et les cellules germinales.

Une française à l’origine de la découverte

L’histoire de CRISPR-Cas9, à l'origine de la polémique, date de 1987, lorsqu’une équipe japonaise découvre chez une bactérie E.coli un segment d’ADN atypique, dont le rôle sera compris bien plus tard, détaillent dans un article de juin 2014 nos confrères du journal Le Monde. Ces séquences d’ADN, baptisées CRISPR en 2002, permettent aux bactéries et aux Archées de se défendre contre les attaques virales. Lors d’une première infection, les CRISPR incorporent des fragments d’ADN viral. Les bactéries se servent de cette information pour transcrire, lors d’une attaque ultérieure, l’ADN des CRISPR en deux molécules d’ARN, dont l’une va guider une enzyme jusqu’à l’ADN viral à neutraliser. L’enzyme, nommée Cas, agit comme un  ciseau et découpe le génome viral, qu’elle neutralise ainsi.

                                 
                                  La méthode CRISPR a été testée sur des primates en 2013.

C’est une française, Emmanuelle Charpentier, et son équipe, qui ont expliqué ce mécanisme en mars 2011, puis délivré un mode d’emploi dans le magazine Science en août 2012. Il est alors possible de modeler un ARN artificiel de manière à cibler et neutraliser ainsi n’importe quel gène. De nombreuses applications ont suivi, sur des plantes cultivées (riz, blé, tabac…), sur des cellules animales et humaines en culture, et dont la plus retentissante fut l’application de la technique chez un primate, qui fit la une de la revue Cell le 30 janvier 2014. En injectant un "kit moléculaire" basé sur CRISPR dans des embryons d’une cellule de deux singes, des chercheurs chinois ont pu inactiver in vivo deux gènes précis.

Des applications en thérapie génique

Sur des êtres humains, la technique pourrait être utilisée pour des applications thérapeutiques, dans l’espoir de guérir certaines maladies héréditaires du sang, mais aussi des cancers ou du sida. Emmanuelle Charpentier a d’ailleurs créé une société, CRISPR Therapeutics pour développer les applications médicales de cet outil. Le 29 mai 2014, le magazine Nature publiait les travaux d’une équipe italienne qui était parvenue à corriger spécifiquement dans des cellules humaines in vitro le défaut génétique responsable d’un déficit immunitaire. Pour cela, l’équipe italienne a remplacé les gènes défectueux par les gènes sains. Alors que l’approche classique consiste à seulement ajouter une copie fonctionnelle du gène déficient dans le génome, sans supprimer le gène défectueux, cette nouvelle approche permet de placer le gène sain à la place du gène défectueux, sur le bon site d’insertion. La spécificité du ciblage de l’ADN n’est cependant pas absolue et l’absence de modifications indésirables de l’ADN n’est pas avérée.

De la thérapie génique à l’amélioration de l’humanité…

Mais cette technologie pourrait aussi trouver des applications plus délicates sur le plan éthique. Certaines équipes aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Chine auraient même déjà expérimenté la technique sur les cellules germinales : les cellules sexuelles, spermatozoïdes ou ovules. C’est ce qu'a dénoncé le Massachussets Technology Review ce 5 mars. A la différence des cellules somatiques, les cellules germinales affectent la descendance. D’où le questionnement éthique, déjà concret au Royaume-Uni, puisque le Parlement y a autorisé depuis février 2015 le remplacement des mitochondries dans l’ovule d’une future mère. Si ces manipulations sont interdites en France, elles ne le sont pas de manière définitive aux Etats-Unis, où les groupes transhumanistes sont très actifs. Pour eux, la technique CRISPR ouvre la voie à la transformation du génome humain, pour en augmenter les capacités...

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