Veille technologique

pour les professionnels de l’industrie
S’abonner

S’inscrire à l’hebdo de la techno :

Rechercher sur Industrie & Technologies

Facebook Twitter Google + Linkedin Email
×

partager sur les réseaux sociaux

Comme Ministre, Macron était "en première ligne pour sauver l'industrie nucléaire", se souvient l'administrateur général du CEA, Daniel Verwaerde

| | | |

Par publié le à 09h20

Comme Ministre, Macron était en première ligne pour sauver l'industrie nucléaire, se souvient l'administrateur général du CEA, Daniel Verwaerde

Daniel Verwaerde CEA

Industrie & Technologies a rencontré l’administrateur général du CEA Daniel Verwaerde, qui nous a livré sa vision de la transition énergétique, et des technologies clés pour la mener à bien. L’occasion également de faire un point sur l’actualité et les grands chantiers du CEA.
 

Les indicateurs sont au rouge pour limiter le réchauffement climatique à 2°C. La feuille de route française de la transition énergétique-elle suffisamment ambitieuse ?
Le changement climatique doit se résoudre au niveau mondial. Bien que je croie en la force de l’exemple, la France, qui représente 1% de la population mondiale, ne peut pas tout changer à elle seule. Et malgré toutes les bonnes volontés, une énergie propre qui coûterait300€/MWh en coût complet – production, stockage et réseau – aurait peu de chance de remplacer un charbon à 50€ - 70 €/MWh. Il faut donc absolument continuer à abaisser les coûts de ces technologies propres par la recherche et l’industrialisation.

Par ailleurs, il est contreproductif d’opposer les énergies : nucléaire et renouvelables sont toutes les deux des énergies décarbonées ayant vocation à remplacer les énergies fossiles. Le CEA, qui compte désormais autant de chercheurs dans sa division nucléaire que dans sa division de la recherche technologique (ndlr : en partie dédiée aux énergies renouvelables) est d’ailleurs particulièrement bien positionné pour répondre à ce défi.

Le candidat Emmanuel Macron a annoncé vouloir porter le budget de la recherche à 3% du PIB. Qu’attendez-vous du Président ?
Il est encore un peu tôt pour parler du Président, mais je peux parler du Ministre de l’Industrie de l'époque, avec qui j’ai eu l’occasion de travailler à plusieurs reprises. Il était en première ligne pour sauver l’industrie nucléaire française et je l’ai trouvé sensible à la question de l’innovation. Pour ce qui est des crédits alloués à la recherche, je pense qu’il faut rester pragmatique. Je dirigerai au mieux le CEA avec les moyens qui me seront alloués. On ne peut pas exiger des budgets en hausse quand l’économie de la France stagne.

M. Macron ne semble pas opposé à la fermeture de la centrale de Fessenheim. Cette décision vous semble-t-elle judicieuse ?
Je ne peux m’exprimer qu’en tant que scientifique et à ce titre je constate simplement que l’ASN a émis un avis favorable en 2011 pour la prolongation de vie de la centrale de Fessenheim. Et on ne peut pas reprocher à l’ASN une quelconque complaisance avec les acteurs du nucléaire ! C’est d’ailleurs tout à son honneur car c’est rassurant d’avoir une autorité dont la qualité des décisions est reconnue mondialement. Je pense donc qu’il n’y a pas de raison liée à la sûreté de se priver d’un outil encore productif.
Cependant, nous avons élu un Président, qui a formé un gouvernement et va prendre des décisions politiques. Or la politique – c’est son noble rôle – se doit de prendre bien d’autres paramètres en compte que la science, à commencer par les attentes de la société. Si la décision de fermer Fessenheim est donnée, nous la respecterons bien entendu et continueront notre travail pour préparer la suite au mieux.

Les coûts de démantèlement des réacteurs ont été largement sous-estimés par EDF, selon un récent rapport parlementaire. Et les chantiers des réacteurs de 3e génération connaissent des retards partout dans le monde. Le nucléaire est-il toujours compétitif ?
Concernant le démantèlement, l’impact du surcoût sur le prix de l’électricité ne serait que de quelque pourcents, ce qui reste acceptable. Concernant les nouveaux réacteurs, 95% des problèmes constatés ne sont pas d’ordre technologique mais liés à la gestion de projet. La filière nucléaire a besoin de standardisation et d’organisation industrielle, comme lorsqu’EDF a initialement bâti son parc nucléaire.
Au-delà de ces difficultés, il faut considérer le service que rend le nucléaire : c’est un fleuron technologique français qui fournit encore l'électricité en base à un coût raisonnable, capable de complémenter l’intermittence des énergies renouvelables tant qu’on ne sait pas gérer cette dernière sur le réseau… Et qui permet à la France d’avoir un des mix les plus décarbonés en Europe. A mon sens, la véritable question du nucléaire est celle des déchets et de l’indépendance en combustible. A cet égard, le projet de démonstrateur de réacteur de quatrième génération Astrid, capable de recycler ses déchets comme combustible, disposera d’une conception détaillée en 2019.

Où en est-on du projet de fusion nucléaire ITER, dont le calendrier a été décalé de 5 ans et le budget multiplié par 4 ?
Il faut d’abord souligner l’ampleur exceptionnelle de ce projet : c’est probablement le plus complexe au monde. Et avoir l’honnêteté de reconnaitre que face à ce défi hors normes, il est normal de rencontrer des contretemps. Depuis les premières études en 2005, la définition du bâtiment a évolué. S’ajoute à cette complexité technique celle de la coopération internationale entre 35 pays. Mais mon prédécesseur Bernard Bigot (ndlr : ancien administrateur du CEA, à présent directeur d’ITER) a défini une nouvelle feuille de route et recadré les participations de chacun pour obtenir le premier plasma en 2025. Je lui fais toute confiance pour mener à bien ce planning réaliste. La réalisation du prototype doit ensuite intervenir à l’horizon 2032-2035. J’évoque sciemment trois ans de marge car, encore une fois  à cet horizon, beaucoup de choses peuvent évoluer.

Abonnez-vous et accédez à l’intégralité de la veille technologique

Commentaires

Réagissez à cet article

* Informations obligatoires

erreur

erreur

erreur