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Citroën invente la eMéhari ... avec Bolloré

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Par publié le à 14h52 , mise à jour le 08/12/2015 à 16h13

Citroën invente la eMéhari ... avec Bolloré

Une eMéhari fruit du croisement d'une Bolloré BlueSummer et de l'esprit Méhari de 1968

Mai 68, en pleine période de troubles sociétaux Citroën jette un pavé dans la mare automobile avec la présentation d’un véhicule étrange et novateur, la Méhari. Décembre 2015, dans une période non moins troublée, Citroën présente un véhicule électrique ludique la eMéhari. L’histoire se renouvellerait-elle ?

La Méhari lancée en mai 1968 était un des multiples avatars de la famille 2 CV, puisqu’elle reprenait la plate-forme de la Dyane et l’ensemble moteur-boite de vitesses de l’Ami 6. Le tout étant habillé par une carrosserie modulaire originale réalisée en ABS thermoformé et teinté dans la masse, fixée par un treillis tubulaire sur le châssis.

Cette carrosserie originale était née de l’idée de Roland Paulze d’Ivoy de la Poype, responsable de la Société d’exploitation et d’application des brevets (SEAB) spécialisée dans les emballages en plastique, qui souhaitait proposer des kit de transformation permettant de passer d’un véhicule classique à un véhicule ludique. Il s’était fait aider pour cela par le designer Jean-Louis Barrault. Une plate-forme de 2 CV fourgonnette ainsi équipée servit de premier prototype à l’été 1967. Vu comme une bête de somme, ce véhicule fut baptisé Donkey (Ane en anglais). La SEAB, qui fournissait déjà des pièces plastiques à Citroën (DS, Ami 8), pris contact avec le constructeur aux doubles chevrons, qui fut séduit par l’idée. Il décida de l’industrialiser à sa façon et trouva que le nom de Méhari serait plus flatteur tout en étant synonyme de sobriété.

                    
                       La Méhari, une voiture dans l'esprit de mai 68
                                             ©JF Prevéraud

La Méhari fut vue par Citroën comme un véhicule de loisir destiné à renouveler son image de marque, mais aussi comme un véhicule professionnel. Aussi lors de la présentation presse qui eue lieu dans le tranquille Golf de Deauville, loin des émeutes du Quartier Latin, 8 Méhari aux couleurs tranchées illustrèrent-elles les utilisations potentielles avec force mannequins et accessoires : une beige pour la chasse ; une turquoise pour la plage ; une jaune pour le golf ; une grise pour les loisirs en général ; une verte pour la ferme ; une blanche pour le volailler ; une bleue marine pour la sécurité ; une rouge pour les pompiers.

Le succès fut au rendez-vous dans une France qui voulait sortir de son conformisme. Les premières voitures furent assemblées en 1968 chez Enac à Bezons (95), un prestataire spécialiste des transformations pour Citroën, puis elles passèrent à l’usine de Levallois (92) en 1969, avant de partir à l’usine de Rennes (35).

Des loisirs à l’Armée

Avec son faux air de Jeep et sa carrosserie peu fragile, la Méhari était une bonne voiture tous chemins, mais n’était pas dotée des capacités de franchissement d’un vrai 4x4. Aussi Citroën développa-t-il une vraie version 4 roues motrices, mais son prix doublé, en limita les ventes à 1 200 exemplaires entre 1979 et 1983.

La Méhari 4x2 fut quand même adoptée par les militaires, tant dans l’Armée que la Gendarmerie, qui firent développer une version 24 Volts dotée d’équipements spécifiques (supports et câblages radio ; renforcement de la plate-forme…). Elle sera fabriquée à plus de 11 400 exemplaires. Les pompiers marquèrent aussi leur intérêt. Les ventes auprès de l’administration représentèrent 7 % des 150 000 exemplaires fabriqués. La Méhari restera au catalogue de Citroën jusqu’en 1987 et ne fut pas remplacée.

Plusieurs autres constructeurs essayèrent de développer des véhicules concurrents tel ACL/Teilhol, qui travailla d’abord sur base Renault 4 et 6 pour ses modèles Rodéo (60 000 exemplaires de 1970 à 1987), puis sur base Citroën 2 CV pour la Tangara (500 exemplaires de 1987 à 1990). Même Citroën revint sur le sujet en 2003 avec sa C3 Pluriel aux arches de toit démontables et cette année avec la présentation du concept-car Cactus-M.

Une collaboration avec Bolloré

Mais avec la eMéhari présentée hier, Citroën choisi un autre parti même si le concept de ‘‘voiture plaisir’’ est toujours présent. « Ce véhicule est une opportunité pour reprendre l’esprit Méhari présenté au salon de Francfort en septembre avec le concept Cactus-M et le décliner sur le marché », a précisé Xavier Peugeot, directeur produit de Citroën lors de la présentation, enterrant au passage une hypothétique commercialisation du Cactus-M.

« Cela colle avec notre nouveau positionnement de marque », a tenu à ajouter Linda Jackson, la directrice générale de Citroën, qui navigue entre marque grand public façon Renault et marque attractive financièrement, façon Kia. « La séparation avec DS est une opportunité, a surenchéri Xavier Peugeot. Citroën ne deviendra pas le parent pauvre de PSA. La marque se démarquera par sa créativité, son audace, mais sera positionnée au cœur du marché. Ce ne sera pas du low-cost ! ».

La créativité est effectivement bien présente avec cette eMéhari, mais elle n’est pas 100 % Citroën ! Car, tout comme pour sa glorieuse ainée, elle est le fruit d’une collaboration entre le constructeur et un partenaire. Bolloré en l’occurrence, car la eMéhari est en fait une BlueSummer au style entièrement revu à l’aune de celui du Cactus. La eMéhari est donc une voiture électrique - comme son préfixe ‘‘e’’ le laissait présager – qui est dotée d'un moteur de 35 kW (50 kW en crête) et d'une batterie Batscap Lithium Métal Polymère 410 V d’une capacité de 30 kWh, qui supporte 3 000 cycles de charge/décharge. Elle lui donne une autonomie de l'ordre de 200 km en cycle urbain et 100 km en cycle extra-urbain, à 110 km/h maxi. Cette voiture de 3,81 m pesant 1 285 kg, fait appel à la fois à l'acier pour son châssis et à l’ABS thermoformé teinté dans la masse pour sa carrosserie.

Cette voiture sera assemblée à la main sur l’une des chaînes de l’usine Citroën de Rennes (35), à raison d’une quinzaine d’exemplaires par jour, mais Citroën a toutefois apporté son savoir-faire d’assembleur et modifié certains choix de conception fait par Bolloré.

Son prix estimé devrait atteindre les 15 000 euros, prime véhicule électrique déduite, tandis que la batterie sera louée mensuellement au client. Mais de fait Citroën entend surtout commercialiser ce véhicule via un loyer global mensuel permettant de mettre plus facilement en avant son gain d’usage.

Reste que, tout comme son illustre ancêtre, la eMéhari sera toujours un véhicule de niche, mais Linda Jackson promet que Citroën lancera dans les trois prochaines années trois modèles mondiaux, dont un certainement au Mondial de Paris en octobre 2016, qui renouvelleront son cœur de gamme et feront des volumes. Le constructeur aux doubles chevrons disposera alors à horizon 2020 de sept modèles mondiaux.

Et ça c’est nouveau !

Jean-François Prevéraud

Dans votre bibliothèque :

Une liste de quelques ouvrages pour se remémorer la Méhari

 

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