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Carlo Ratti, MIT SENSEable City Lab : « Des informations précieuses sur notre santé se cachent dans les égouts »

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Par publié le à 09h00

Carlo Ratti, MIT SENSEable City Lab : « Des informations précieuses sur notre santé se cachent dans les égouts »

Carlo Ratti est un architecte italien. Il partage sa vie entre l'Italie et les Etats-Unis où il dirige le Senseable City Lab au sein du MIT.

Un Internet des égouts et un monde sans feux tricolores… Carlo Ratti, à la tête du SENSEable City Lab du MIT, détaille les projets phares de son laboratoire dans une interview accordée à Industrie & Technologies.

Lors d’une journée de conférences organisée par EIT Digital à Bruxelles, le 12 avril dernier, Carlo Ratti a présenté les derniers travaux du SENSEable City Lab qu’il dirige au MIT. Depuis plusieurs années, ses équipes planchent sur la convergence entre le monde physique et le monde numérique au niveau de la ville. Elles accordent une grande importance aux données et étudient comment les nouvelles technologies peuvent apporter plus de fluidité, diminuer la pollution où encore permettre de mieux comprendre le fonctionnement d'une ville pour mieux la concevoir. Dans le cadre d’une interview accordée à Industrie & Technologies, Carlo Ratti revient en détails sur certains projets phares de son laboratoire et partage sa vision des villes à l’horizon 2025.

Industrie & Technologies : Pouvez-vous nous présenter le projet Underworlds ?

Carlo Ratti : Le projet a débuté officiellement l’année dernière. C’est une collaboration au sein du MIT qui implique le SENSEable City Lab, le département de génie biologique, mais aussi des collègues de nombreux autres départements. Le projet Underworlds se situe à la convergence du monde physique, numérique et biologique. L’idée repose sur le fait que des informations précieuses sur notre santé se cachent sous les rues de nos villes. C’est-à-dire dans nos égouts. Un premier projet pilote a été déployé à Cambridge. Nous sommes maintenant en train de déployer ce projet dans la capitale du Koweit et à Boston.

I&T : Sur quelles technologies repose ce projet ? 

Le rôle du microbiome sur notre état de santé
Des milliards de bactéries peuplent nos intestins. On parle de microbiome intestinal.Celui-ci joue un rôle important sur le bon fonctionnement de notre organisme. Correctement équilibré, il permet de combattre certains agents pathogènes et de réguler notre système immunitaire. Contrairement à notre génome, le microbiome peut être modifié à l'aide de moyens simples, comme les antibiotiques, les probiotiques ou encore notre alimentation et notre style de vie.

C.R : Plusieurs technologies sont utilisées. Elles sont réunies au sein d’une plate-forme que nous appelons Smart Sewage (égout intelligent en français, NDLR). Nous développons des robots marins pour la collecte des échantillons. Puis, nous utilisons de nouvelles techniques en biologie pour caractériser les bactéries et les virus qui vivent dans nos corps. Cette plate-forme nous permet également de détecter des produits chimiques grâce à la technique de spectrométrie de masse.

I&T : L’objectif du projet est de caractériser le microbiome d’une ville. En quoi cela consiste ?

C.R : Dans les eaux usées, nous pouvons détecter une sorte de microbiome agrégé qui pourrait nous permettre de faire une épidémiologie urbaine en quasi temps réel et de comprendre la santé humaine et nos comportements avec une résolution spatio-temporelle extrêmement fine. De plus, Smart Sewage pourrait impacter la façon dont sont étudiées les maladies non transmissibles. En effet, avec cette approche, les biomarqueurs pour des maladies comme l’obésité et le diabète peuvent être détectés de manière bien plus efficace.

I&T : Avec le projet Light Traffic, vous envisagez un monde où les feux tricolores sont remplacés par un dispositif baptisé "Slot based intersections". Comment ce système fonctionne-t-il ?

C.R : Notre système basé sur la  technologie du "slot" peut remplacer le système classique des feux tricolores et réduire de manière significative les bouchons, les temps d’attentes au niveau des intersections, mais aussi le niveau de pollution. Cette idée est basée sur un scénario où les véhicules dotés de capteurs passent à travers les intersections en communicants entre eux et en restant ainsi à une certaine distance de sécurité, plutôt qu’en s’agglutinant et en marquant l’arrêt au niveau des feux tricolores.

 

I&T : Vous avez déjà réalisé des simulations. Prévoyez-vous de mener de réelles expérimentations ?

C.R : Ce système prendra du temps à être déployé totalement parce qu’il requiert un certain niveau d’intelligence embarquée dans toutes les voitures. En revanche, ce qui est intéressant ce sont les petites zones où il n’y a que des véhicules autonomes comme les campus d’universités et d’entreprises. Je pense que nous pourrons tester cette approche très rapidement dans ces espaces. Pour l’heure, nous sommes en train d’étudier comment les effets générés sur les intersections se propagent sur tout le réseau.

I&T : Selon vous, comment la conception des villes va être impactée par le développement des véhicules autonomes ? Travaillez-vous avec des constructeurs automobiles sur ces questions ?

C.R : La technologie offre de nouveaux moyens de nous déplacer, comme l’autopartage, le covoiturage (avec Uber Pool) ou la conduite autonome. Tout ceci est en train de changer le paysage de la mobilité et de la vie urbaine sans qu’il soit toutefois nécessaire de modifier les infrastructures de la ville. Les véhicules autonomes auront un impact considérable sur la vie urbaine car ils pourront brouiller les frontières entre les modes de transport publics et privés. Votre voiture pourra vous amener au travail le matin et puis, plutôt que de rester stationnée sur une place de parking, emmener un autre membre de votre famille, ou de votre quartier ou de votre communauté en ligne. Nos travaux montrent que, théoriquement, nous pouvons faire fonctionner une ville avec seulement une petite partie (environ 20 %) des véhicules actuellement en circulation. C’est-à-dire que nous pourrions retirer 8 véhicules sur 10 des rues et la demande de mobilité dans les grandes villes pourrait toujours être satisfaite. Par conséquent, il pourrait y avoir moins de voitures sur les routes et les grandes aires de parking pourraient être transformées en espaces verts ou en autres espaces publics. Au laboratoire, nous étudions ces perspectives d’un point de vue théorique mais aussi en collaborant avec des acteurs du véhicules autonomes, dont Audi et Uber.

I&T : Selon vous, à quoi ressembleront nos vies urbaines à l’horizon 2025 ?

C.R : D’un point de vue architectural, je ne pense pas que les villes de demain seront très différentes de celles d’aujourd’hui. D’ailleurs, dans la même optique les villes romaines n’étaient pas très différentes des villes dans lesquelles nous vivons aujourd’hui (et en réalité de nombreuses personnes vivent encore dans des quartiers romains !) Nous allons voir quelques conceptions plus interactives, mais les principaux éléments de l’architecture seront toujours présents. Nous aurons toujours besoin de plans horizontaux pour vivre, de murs verticaux pour fractionner l’espace et de façades extérieures pour nous protéger de l’environnement. Je pense que ce qui changera le plus en 2025 sera la façon dont nous vivons dans la ville : la façon de travailler, de circuler, de se rencontrer, etc.

I&T : Et comment les outils numériques pourraient améliorer la vie des citoyens ?

C.R : L’impact est multiple. De manière générale, Internet s’invite dans le monde physique pour devenir l’Internet des objets et apporte ainsi une vague d’innovations disruptives. Les domaines les plus concernés sont la mobilité, l’énergie, la gestion de l’eau et des déchets et, le plus important, la citoyenneté participative.

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Commentaires

Une réaction

Mauro
Le 01/09/2016 à 17h20
Another great interview to Carlo Ratti here: http://www.webuildvalue.com/en/foreground/the-ideal-city.html

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