Veille technologique

pour les professionnels de l’industrie
S’abonner

S’inscrire à l’hebdo de la techno :

Rechercher sur Industrie & Technologies

Facebook Twitter Google + Linkedin Email
×

Cacophonie sur l’avenir des pôles de compétitivité

| | | | | |

Par publié le à 16h11

Cacophonie sur l’avenir des pôles de compétitivité

La nouvelle réforme des pôles de compétitivité attendue pour fin 2016 n’a pas eu lieu. Et ce n’est pas l’analyse que vient de publier France Stratégie sur les performances du dispositif qui va éclairer le débat. Elle ne tient aucun compte de l’audit mené cet été, ni de la lettre du Premier ministre manuel Valls en réponse à un référé de la Cour des comptes, et encore mois de la montée en puissance des IRT !

Pour la connaître le scénario de la saison 4 des pôles de compétitivité, il va falloir attendre encore un peu. « La réforme des pôles attendue pour fin 2016 n’a pas eu lieu », observe Jean-Luc Beylat, président du pôle Systematic. À défaut d’ordre contraire, c’est donc sur les objectifs fixés pour la Saison 3 (2013-2018), qu’il a écrit son plan stratégique 2020 : accélération de l’usine à produits étendue à l’intelligence artificielle, développement économique des PME membres et attractivité du territoire, notamment celui de Paris-Saclay.

L’usine à projets de R & D des saisons 1 et 2, si elle n’est plus la priorité, n’est pas pour autant remise en cause. C’est en tout cas ce qu’explique clairement un courrier de Manuel Valls, alors Premier ministre, daté du 26 septembre 2016, en réponse à un référé de la Cour des comptes relatif à la politique des pôles de compétitivité : « Aujourd’hui, l’ensemble des pôles de compétitivité peuvent labéliser des projets pour répondre à l’appel à projets du fonds unique interministériel (FUI). Cette situation n’a pas vocation à évoluer. La différenciation se fait lors de l’instruction par la sélection des meilleurs projets et des plus innovants. »

Les chantiers de la saison IV

En revanche, pour la saison IV, les choses pourraient effectivement changer : « Dans la perspective de la préparation de la phase IV, une réflexion sur les outils du soutien financier aux pôles de compétitivité sera engagée. Elle concernera notamment le financement des projets des pôles. […] il est souhaitable que le soutien financier de l’État permette aussi d’accompagner davantage les projets innovants vers leur mise sur le marché conformément aux objectifs assignés par l’État pour la phase III (« usine à produits ») », explique la lettre du Premier ministre.

Selon le même courrier, la délabélisation de certains pôles ne répondant pas aux critères de qualité ne pourrait avoir lieu avant la phase IV. En revanche, suite à la réforme des régions, la répartition des financements entre Etat et Région devait être revue : « Les modalités précises de l’articulation région / pôle, pour chaque région, seront connues fin 2016 lorsque les SRDEII auront été finalisés », promettait manuel Valls. A priori, ce n’est pas encore le cas, même si le secrétaire d’État à l’Industrie, Christophe Sirugue, se serait bien emparé du sujet.

L’avis anachronique de France Stratégie

La publication par France Stratégie, ce 2 février 2017, d’un avis sur la politique des pôles de compétitivité établi par la Commission nationale d’évaluation des politiques d’innovation, ne va pas faire avancer les choses, bien au contraire, tant elle s’avère totalement anachronique. Cet avis ne se base en effet que sur les études menées sur les phases I et II (2005-2012). Il ne tient compte ni des nouveaux objectifs fixés dans la phase III, ni des audits menés durant l’été 2016 par les cabinets Erdyn et Technopolis. Et pas une ligne sur la réponse de manuel Valls à la Cour des comptes.

L’avis explique que les pôles aient eu un effet de levier positif en matière d’investissement de R & D des membres dans les phases d’usine à projet, ce qui n’est vraiment pas une découverte. Que son impact sur le développement économique des entreprises ait été difficile à évaluer, n'est pas un scoop non plus. « L’effet d’entraînement obtenu sur l’investissement en R & D des entreprises semble ne pas avoir donné lieu à un accroissement du produit de la recherche, ou à de meilleures performances de marché pour les entreprises concernées », écrit la Commission. Certes, c’est bien pourquoi la phase III de pôles a été réorientée vers des « usines à produits ». Bref, à part rappeler ce que tout le monde sait déjà, cet avis n’apporte rien au débat.

Les trublions IRT

Surtout, il n’évoque pas un point crucial, la création des IRT. Ces huit centres de recherche mutualisée public-privé, créés et financés par le Programme des investissements d’avenir (PIA), pourrait concurrencer (voire remplacer) les Pôles sur leur volet usine à projets. Ils s’avèrent en effet bien plus souples et efficaces pour mener à bien des projets de recherche collaboratifs. « Par rapport à un projet FUI, un projet IRT est bien plus rapide à monter car n’y a en effet pas besoin d’accord de consortium pour fixer les règles de partage de la propriété intellectuelle, qui sont déjà définies, explique Stéphane Cassereau, directeur général de l’IRT Jules Verne. De plus, dans les pôles il n’y a personne en charge de la capitalisation des projets. » Et c’est sans parler de l’accès aux équipements de recherche dont se sont dotés les IRT que les pôles n’ont pas. Des IRT qui, rappelons-le, sont d’ailleurs des émanations des Pôles les plus actifs. SystemX est né de pôle Systematic, Jules Vernes du pole EMC2, Saint-Exupéry d’Aerospace Valley, etc.

De plus les domaines d’expertise des IRT (systèmes intelligents, réseaux du futur, nouveaux matériaux…) se calent assez bien sur les objectifs de la nouvelle France industrielle. Sans parler que les règles de financement des projets sont on ne peut plus simples : un euro investi par une entreprise déclenche un euro d’aide de l’État. Le premier audit des IRT, créés entre 2012 et 2013, réalisé lui aussi cet été, semble démontrer que le dispositif fonctionne bien. Très bien même. À tel point que le Commissariat général à l’investissement veut l’ouvrir en grand aux PME… Remplaceraient-ils alors les pôles dans leur fonction d’usine à projet ? Les pôles ne deviendraient-ils alors plus, dans leur phase IV, que des clusters économiques comme les autres ? Cela irait bien dans le souhait de l’État de mieux cibler ses investissements. Laissant aux régions le soin de financement les autres projets de R & D moins stratégiques. À voir !

Abonnez-vous et accédez à l’intégralité de la veille technologique

Commentaires

Réagissez à cet article

* Informations obligatoires

erreur

erreur

erreur