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Attentat chez Air Products en Isère : quelle sécurité pour les sites classés Seveso?

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Par publié le à 15h14 , mise à jour le 27/06/2015 à 11h30

Attentat chez Air Products en Isère : quelle sécurité pour les sites classés Seveso?

L'entré du site d'Air Product à Saint-Quentin-Falavier (38)

Vendredi 26 juin, un individu s'est introduit dans une usine chimique du groupe Air Products, à Saint-Quentin-Fallavier, en Isère. Un chef d'entreprise de transports, disposant d'une autorisation pour entrer sur le site, a été retrouvé mort et plusieurs personnes ont été bléssées dans l'attentat. Une forte explosion et un incendie se sont déclenchés sur le site de cette usine récupérant, stockant et embouteillant du gaz.

Le site d'Air Products situé à Saint-Quentin-Fallavier, en Isère, a subi une attaque vendredi 26 juin au matin. Une personne a été tuée et plusieurs autres blessées au cours d'un attentat. Une forte explosion suivie d'un incendie a eu lieu sur ce site où travaillent une centaine de personnes. En fin de matinée, le groupe a indiqué que l’installation, spécialisée dans le remplissage de gaz pour le secteur médical, avait été évacuée et qu’elle était maintenant "sûre".

Un tel acte criminel est traité de manière totalement différente d’un accident industriel. Pourtant, les conséquences peuvent être analogues, en particulier sur une installation présentant un risque particulier, comme une usine chimique classée Seveso.

Aujourd’hui, 1 180 sites industriels français sont classés dans le cadre de cette norme européenne instaurée en 1976 à la suite d'un rejet accidentel de dioxine en Italie. Le classement Seveso complète celui en installation classée pour la protection de l’environnement (ICPE). Il concerne des sites présentant une dangerosité accrue, et implique des obligations supplémentaires. Au sein même de cette norme, deux catégories existent :

  • A, pour basse dangerosité : 540 sites de traitement de produits dangereux dans des quantités qui ne dépassent pas un certain seuil. C’est le cas du site d’Air Products à Saint-Quentin-Fallavier.
     
  • AS, pour haute dangerosité : 640 sites, de taille variable. Sur la commune de Saint-Quentin-Fallavier, deux autres sites sont dans cette catégorie : un entrepôt de produits chimiques Sigma Aldrich et un dépôt de pétrole appartenant à Total.

Les industriels dont les sites sont classés Seveso doivent contrôler leurs activités et les déclarer auprès de la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (Dreal). Ce contrôle se fait entre autres par la réalisation d’études de danger dans lesquelles les exploitants doivent identifier tous les scénarios possibles d’accident. Ils ont également à leur charge l’évaluation des conséquences et la mise en place des moyens de prévention interne et externe. De la même manière, toutes les substances dangereuses doivent être identifiées et recensées.

Comme l'a précisé Louis Caprioli, conseiller spécial pour la société de sécurité privée Geos et ancien sous-directeur à la Direction de la surveillance du territoire (DST), à nos confrères d'Europe 1 : « Seveso, ce sont des normes concernant les installations chimiques ou électriques. Cela n'a rien à voir avec la protection et la sécurisation du site. Cette sécurisation du site, c'est à l'entreprise de la mettre en place pour éviter des dégradations, des vols ou effectivement des actions terroristes ».

L'Union des industries chimiques (UIC) a toutefois précisé dans un communiqué rendu public le samedi 27 juin au matin que le classement Seveso impliquait bien un certain nombre de précautions en termes de sûreté : la surveillance d'accès au site (personnes, véhicules et colis), l'identification des zones interdites en fonction de leur sensibilité et la tenue des stocks, ainsi que la mise en place d'un plan d'organisation interne détaillant l'attitude à adopter en cas d'accident.

L'UIC rappelle aussi avoir diffusé à ses adhérents, dans le cadre du plan Vigipirate, « une note technique pour mentionner les modalités d'application (surveillance des accès, livraisons, supervision de la circulation interne, contrôles et filtrage, accès limités si nécessaire) ».

Qu’il soit intentionnel ou accidentel, un accident peut avoir des conséquences comparables. Et la prise en compte dans l’étude des risques est donc également comparable. « Fondamentalement, il n’y a que peu de différences entre une voiture fonçant délibérément sur une cuve de stockage et un bulldozer dont on aurait perdu le contrôle à proximité de cette même cuve, commente Stéphane Duplantier, responsable du pôle phénomènes dangereux & résistance des structures à la direction des risques accidentels à l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris), contacté par Industrie & Technologies. La nature intentionnelle ou terroriste n’est pas réellement incluse dans les études de dangers, mais ce sont des scénarios implicites et identifiés dans l’étude des chocs accidentels ». Ainsi, en fonction de la dangerosité de la nature du produit chimique et son mode de stockage, l’enceinte sera plus ou moins protégée de l’extérieur. Un bardage en béton sera ainsi nécessaire près d’une zone fréquentée d’un site industriel, alors qu’un simple grillage suffit dans les zones isolées.

Ce qui n’est pas pris en compte par l’étude d’impact, ce sont des actes malveillants de grande envergure, comme des charges explosives qui se déclencheraient en même temps. Mais le cas ne s’est jamais présenté et des installations industrielles, notamment nucléaires, font des cibles plus logiques et donc plus protégées. 

« Dans le cadre de la norme Seveso, on cherche principalement à éviter l’effet domino. Les installations doivent être indépendantes et éloignées les unes des autres », precise encore Stéphane Duplantier.

Par précaution, les industries classées Seveso situées autour du site de Saint-Quentin-Fallavier ont été placées vendredi 26 juin sous protection par le ministère de l’Intérieur.

 

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