Veille technologique

pour les professionnels de l’industrie
S’abonner

S’inscrire à l’hebdo de la techno :

Rechercher sur Industrie & Technologies

Facebook Twitter Google + Linkedin Email
×

Assystem confiant pour 2012

| |

Par publié le à 14h06

Assystem confiant pour 2012

Stéphane Aubarbier, Vice-Président Exécutif d’Assystem

Quelques temps avant les fêtes de fin d’année, j’ai rencontré Stéphane Aubarbier, Vice-président Exécutif d’Assystem, l’un des principaux prestataires d’études et de R&D externalisées européen. L’occasion de faire le point sur le secteur à la croisée de tous les secteurs industriels et des grands projets du moment.

« Même si les chiffres étaient plutôt bons à la fin du troisième trimestre fiscal 2011, on n’est pas sûrs que cela aille plus mal, mais l’on n’est pas sûrs non plus que cela continu à aller aussi bien », résume Stéphane Aubarbier, Vice-président Exécutif d’Assystem. « Comme beaucoup d’industriels, nous sommes dans un avenir incertain et il est difficile de prévoir ce que sera 2012. La vraie difficulté est donc de poser une prévision dans laquelle on croit vraiment ».

Les activités d’Assystem se décomposent à peu près en trois parts égales entre l’énergie incluant 60 % pour le nucléaire, l’aéronautique et le reste, incluant l’automobile. Les 2/3 du chiffre d’affaires sont réalisés en France. Le tiers réalisé à l’étranger se fait presque pour moitié en Allemagne et pour environ 40 % en Grande-Bretagne, le reste étant dispersé entre l’Inde, la Roumanie, l’Espagne, le Canada…

« L’incertitude 2012 sur les secteurs de l’énergie et de l’aéronautique est assez faible. Il en va de même de nos activités en Allemagne et en Grande-Bretagne liées à l’automobile haut de gamme, à l’aéronautique et l’énergie. On se retrouve donc avec 2/3 de notre activité énergie et aéronautique - où l’année sera plus ou moins bonne, mais pas catastrophique, et des activités à l’étranger pour lesquelles nous ne sommes pas trop inquiets. De fait, 70 à 75 % de nos activités sont donc sécurisés. L’incertitude porte essentiellement sur le tiers restant en France pour les activités hors énergie et aéronautique, notamment l’automobile ».

Il est vrai qu’Assystem est très impliqué dans des programmes aéronautiques tel l’A350, un succès commercial, dont la phase d’ingénierie est loin d’être terminée. Assystem y est par exemple présent chez Airbus pour l’intégration des différents tronçons du fuselage répartis entre plusieurs partenaires, ainsi qu’en partenaire de rang 2 chez des Risk Sharing Partners tels Aerolia ou Spirit.

Trouver des projets à fort contenu d’ingénierie

Dans le domaine de l’énergie, les 40 % non liés au nucléaire dépendent essentiellement des ensembliers vendeurs de turbines (Alstom, General Electric, Siemens…) dont les carnets de commandes, après un creux fin 2010 début 2011, sont repartis à la hausse ce qui donne une bonne perspective pour Assystem en 2012. « La part liée aux énergies renouvelables est pour le moment marginale dans les activités d’Assystem et ne constitue qu’une opportunité de croissance. L’éolien terrestre et le photovoltaïque ont un contenu d’ingénierie assez faible. Par contre, c’est beaucoup plus compliqué et donc porteur pour nous dans le cas de l’éolien off-shore, notamment pour concevoir des superstructures capables de résister longtemps aux assauts de la mer. Ce qui sera d’autant plus facile pour nous que notre partenaire britannique Atkins maitrise déjà le sujet ». Reste à trouver les groupements qui vont gagner les appels d’offres actuels afin de leur proposer des services d’ingénierie.

Assystem s’intéresse aussi au solaire mais dans les pays à forts ensoleillement (Maroc, Emirats…) où les contraintes climatiques et d’exploitation introduisent des facteurs de sévérité compliquant l’ingénierie et l’exploitation de tels projets.

« Le territoire d’expression d’Assystem est celui des univers complexes où il faut qu’il y ait des contraintes de régulation ou d’exploitation qui rendent l’ouvrage très sévère. Il faut qu’il y ait aussi une combinatoire d’intégration de technologies complexe et pas forcément maîtrisée, bref qui ait un caractère de prototype. Il faut qu’il y ait aussi un niveau d’investissement de taille suffisante pour que le montant d’ingénierie soit intéressant, c'est-à-dire au-dessus du million d’euro. Ce qui veut dire un projet global de 15 à 20 millions d’euros minimum ». Un exemple type est l’assistance à maitrise d’ouvrage apportée au projet Auto’Lib pour gérer notamment les flux d’information entre les véhicules, les stations et les utilisateurs, où là il a fallu inventer beaucoup de choses. Assystem aussi travaillé dans le même domaine sur d’autres projets complexes comme la sécurisation du Château de Versailles, de ministères, de l’OCDE ou de sites de stockage de la RATP. Le niveau d’exigence y est tel que le coût d’ingénierie représentent environ 40 % du coût total du système.

Le nucléaire toujours en croissance

« L’avenir du nucléaire français n’est pas en France. 75 % des réacteurs à construire sont en Russie, en Inde et en Chine. Les principaux pôles de construction étant ces deux derniers pays, la Grande-Bretagne et éventuellement l’Afrique du Sud. Le développement du nucléaire français ne se fera pas en France. Les prévisions de l’AIEA sont claires, Fukushima n’aura pas d’impact au niveau mondial à horizon 2030/2050. Au niveau européen, la part du nucléaire devrait passer de 30 à 20-25 %, une réduction essentiellement portée par l’Allemagne et par l’arrêt des projets italiens. Mais cette réduction ‘‘locale’’ est complètement diluée au niveau mondial. Le développement du nucléaire au niveau mondial n’est donc pas remis en cause. Par contre, Fukushima aura un impact réel sur la filière, déjà avec un décalage d’un certain nombre de projets et surtout une remise en cause d’un certain nombre de choix de technologies. La Chine par exemple se pose la question du basculement de projets de centrale de la génération 2 vers la génération 3. Des hésitations qui se traduiront au moins par deux ans de décalage. Ce qui n’aurait qu’un impact potentiel sur notre croissance entre 2013 et 2016 ».

Ce développement du parc nucléaire ne risque-t-il pas de conduire à la prolifération des sociétés d’ingénierie dans ce domaine ? « Outre celles existant de longue date dans les pays ayant développé des programmes nucléaires, on a vu apparaitre de nouveaux entrants aux USA, en Corée, au Japon ou en Australie. Il y a donc effectivement de la concurrence, même si l’Inde n’est pas encore présente ou si la Chine à travers son organisme étatique et ses multiples instituts d’ingénierie, concentre pour le moment tous ses efforts sur la construction de son parc nucléaire national avant de penser à l’exportation. Mais à terme la concurrence ne peut effectivement que se renforcer. Mais nous y serons aussi fortement présents, soit auprès des Etats pour les aider à piloter leur programme nucléaire, soit auprès des entreprises en charge de mettre en œuvre ces programmes nucléaires. Si dans le premier cas il est important d’être ‘‘indépendant’’, dans le second la préférence nationale joue fortement, nous seront alors présents auprès d’EDF et Areva. Et pour être aussi présents sur les contrats obtenus par d’autres acteurs, nous avons créé n.triple.a en partenariat avec Atkins ». De toute manière, l’indépendance dans ce domaine est illusoire, car pour être retenu, il faut être expert, et pour être expert, il faut être partie prenante dans une filière, afin de maintenir et développer ses compétences. Ce qui par ailleurs limite l’arrivée de nouveaux acteurs.

Une homogénéisation de la sureté du nucléaire

Le nucléaire est aussi un sujet très politique dans tous les pays, car il y a derrière un aspect défense et non prolifération des armes nucléaires. Ce qui a conduit à la création d’autorités de sureté nationales avec des référentiels avec des philosophies de sureté très différentes, issus de décennies d’évolution. « Tout le monde n’a pas la même façon de traiter les risques. Par exemple, les Etats-Unis considèrent qu’il est de la responsabilité de l’Etat, et donc de son armée, d’empêcher qu’un avion ne s’écrase sur une centrale, alors qu’en Europe c’est l’exploitant qui doit faire en sorte que sa centrale résiste à l’impact d’un avion. L’accident de Fukushima amène un dialogue international, voulu par l’Europe, sur l’homogénéisation de la sureté nucléaire au niveau mondial. Cela devrait imposer des niveaux de standards mondiaux dans le domaine du nucléaire. Ce qui ne sera pas forcément au désavantage de l’EPR et des études qu’il a nécessité ».

Bref on l’aura compris on n’est pas inquiet chez Assystem sur le développement du nucléaire. « Ce développement de nouveaux projets, c’est notre rythme de croissance à venir. C’est de l’ordre de 10 % de notre activité nucléaire globale ». Notons d’ailleurs que c’est beaucoup moins que le démantèlement des anciennes installations, qui représente 15 % des activités nucléaires d’Assystem. Un secteur du nucléaire qui ne peut que croitre.

Des velléités dans le pétrole

D’ailleurs Assystem termine l’intégration de MPH, société prestataire de services d’ingénierie d’un millier de collaborateurs pour 90 millions d’euros de chiffre d’affaires, acquise à l’été dernier. Cette structure réalise 50 :% de son chiffre d’affaires en France (à 75 % dans le nucléaire sur le cycle du combustible et la supervision de chantier et 25 % dans le pétrole) et à 50 % à Abu Dhabi (à 100 % dans le pétrole). « Nous nous sommes ainsi renforcé sur les métiers de la supervision de chantiers dans le nucléaire et nous entrons dans le secteur du pétrole, où les niveaux d’investissement sont et seront encore importants pour quelques décennies. Enfin, cela nous permet d’être présents au Moyen-Orient ». Stéphane Aubarbier n’exclut d’ailleurs pas d’autres acquisitions de petites structures avec un fort niveau de compétences sur des sujets déterminés pour offrir une approche plus globale dans le domaine pétrolier.

Des interrogations sur l’automobile

« J’aimerai avoir une opinion sur l’automobile. On est face à un schéma contradictoire notamment en France. D’une part, la chute des ventes de voitures devrait conduire à un resserrement de l’ingénierie sur l’automobile. D’autre part, les constructeurs doivent renouveler tout ou partie de leurs gammes, car ne pas le faire est suicidaire. De notre côté, nous avons fait un effort important de repositionnement de notre offre en ne travaillant plus sur des projets véhicules, mais sur des filières métiers complètes (câblage électrique…) et en développant un véritable savoir-faire dans les systèmes. Nous avons ainsi un profil plus résistant aux crises de l’automobile ».

« De notre point de vue, le volume global d’ingénierie, et donc de sous-traitance d’ingénierie, devrait diminuer en 2012, mais par ailleurs l’impact devrait être limité pour notre groupe, compte tenu de notre repositionnement. Et, tout comme les constructeurs, nous avons-nous aussi développé la sous-traitance pour étaler les pics de charge, pour en moyenne 15 % de notre activité automobile. Nous aurons donc certainement un resserrement d’activité dans l’automobile en 2012, mais ce ne représentera pas l’enjeu majeur pour l’entreprise que cela avait été en 2009 ».

Une R&D nécessaire sur les systèmes d’information

Assystem fait à proprement parler très peu de recherche. « Dans la R&D notre métier c’est le D, le développement de projet. Le R, la recherche, a surtout de la valeur pour ceux qui réalisent le système. Toutefois nous faisons de la recherche sur les systèmes d’information et les systèmes embarqués parce qu’est le terrain de tout le monde. Sur un système embarqué la valeur n’est pas dans le matériel (<15 %), mais dans le logiciel et l’intégration. On travaille par exemple avec EDF sur des systèmes de convergence et de capitalisation de données dans les centrales nucléaires. En effet, on ne trouve pas sur le marché de tels systèmes qui soient capables de le faire en respectant les contraintes de l’industrie nucléaire en terme de sureté et de sécurité de fonctionnement, avec un très longue maintenabilité dans le temps. Ce n’est ni le terrain d’IBM, ni de Safran, ni de Thales… car, en plus, le nombre de concentrateurs de données à livrer est très faible, quelques dizaines. Là c’est intéressant pour nous de faire de la recherche sur l’intégration du matériel au sein d’une application spécifique très sévère. C’est ce qui fait au final la valeur du produit et non pas son coût matériel ».

Des possibilités de R&D que l’on ne retrouve effectivement pas dans le domaine du matériel, notamment s’il s’agit de mécanique. Il s’agit souvent de technologies assez peu évolutives où les équipes de R&D internes et externes se retrouveraient en compétition. Le donneur d’ordres aurait alors beau jeu de faire trainer en longueur le projet de manière à ce que ses équipes internes puissent rattraper leur éventuel retard. « Dans le cas des systèmes mécaniques, le R consiste à choisir un bon concept de base et après le D consiste à optimiser en continu le concept. C’est le rôle des bureaux d’études internes des grands mécaniciens ».

C’est pourquoi Assystem préfère travailler avec les équipementiers de la défense ou les constructeurs automobiles sur les aspects systèmes et communication plutôt que mécanique. « Il est pour nous effectivement bien plus intéressant de travailler avec les constructeurs automobiles sur des schémas de communication entre des systèmes ouverts (Smartphone ; GPS…) et les systèmes embarqués d’un véhicule à plus de sens car il n’y a pas de réponse. On est sur des cas où il y a une multitude de technologies qui existent, où de plus une nouvelle arrive chaque jour, d’où la difficulté d’intégration et d’optimisation rapide du MTBF de l’ensemble. Lorsque la direction de l’innovation d’un constructeur à fait le choix d’une technologie, il est parti pour la durée de vie de la voiture, de 4 à 8 ans. Une durée de vie incompatible avec celle des technologies devant communiquer avec ses systèmes embarquées. Charge à nous alors de faire en sorte que ces systèmes se remettent à jour en permanence de manière transparente pour le client final. Un savoir-faire que nous avons développé pour l’industrie nucléaire qui doit elle aussi faire face à des évolutions des technologies, certes moins rapides, mais sur des périodes plus longues. On y retrouve le décalage d’un facteur 10 auquel doivent faire face les constructeurs automobiles. Nous avons développé les solutions de migration des systèmes en maintenant les fonctionnalités, les performances, ainsi que le niveau de sureté et de sécurité. Une approche que nous réutilisons maintenant dans l’automobile ». 

Un recrutement toujours difficile

« Il y a un vrai problème de recrutement. On manque d’ingénieurs, non que les écoles ne forment pas assez d’ingénieur, mais que trop peu d’ingénieurs formés exercent réellement le métier d’ingénieur dans l’industrie. Nous sommes actuellement obligé de former des ingénieurs marocains, non pas pour des raisons de coût car ils sont payés au même tarif que les ingénieurs français, mais pour des questions de disponibilité insuffisantes de leurs homologues français. Il y a un vrai problème de communication sur ce qu’est le métier d’ingénieur, que trop de jeunes considèrent comme difficile et pas ‘‘fun’’. De plus, les banques et les assurances offrent aux jeunes diplômés, par définition bons en maths, des salaires doubles de ceux que leur offre l’industrie, pour développer des modèles numériques. Leur décision est vite prise ils partent vers la City pour faire des maths ! Je rêve de payer tous mes ingénieurs débutant 60 k€ par an, mais avec les réalités économiques actuelles, je ne sais pas faire ! »
 
A la semaine prochaine

Pour en savoir plus : http://www.assystem.fr

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l’Usine Nouvelle, suit depuis plus de 30 ans l’informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM…). Il a été à l’origine de la lettre bimensuelle Systèmes d’Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

Abonnez-vous et accédez à l’intégralité de la veille technologique

Commentaires

Réagissez à cet article

* Informations obligatoires

erreur

erreur

erreur