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ZÉRO DÉCHET GRÂCE AUX ALGUES

Sonia Pignet

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- La société Olmix va implanter en Bretagne sa première unité de chimie verte. Au coeur de son procédé : les algues vertes.

Bientôt, les marées vertes et leurs plages recouvertes d'algues ne seront peut-être plus un problème. Grâce à la société Olmix, ces végétaux alimenteront des bâtiments en électricité. Un accord vient en effet d'être signé, officialisant la naissance de Morgane, la première "raffinerie verte". Elle sortira de terre en 2009 au lycée agricole de La Touche à Ploërmel (Morbihan).

Morgane est une unité de transformation des déchets verts en énergie et produits naturels pour l'agriculture, via un procédé de méthanisation. Jusqu'ici, rien d'innovant. Sauf que le procédé ne génère aucun déchet, et qu'il utilise des algues vertes (les ulves) qu'on trouve en abondance sur les côtes bretonnes (entre 300 000 et 400 000 tonnes chaque année), au grand désespoir des touristes amateurs de plages propres. Contrairement à d'autres unités de méthanisation, il n'y a pas besoin d'ajouter de matières premières nobles de type céréale comme source de carbone. Les ulves s'en chargent. Des fibres insolubles extraites des algues lors du procédé de fabrication de l'amadéite (un nanomatériau à base d'algues et d'argile, inventé par Olmix) apportent les chaînes carbonées nécessaires. Elles ont en plus un effet activateur pour la réaction, en alimentant les bactéries présentes dans le milieu anaérobie.

Outre ces déchets d'algues, le mélange contient des sous-produits d'abattoir de type graisses, des déchets issus de l'industrie agroalimentaire et des lisiers et fumiers. Morgane participera ainsi à la lutte contre les nitrates issus des déjections animales qui polluent les eaux bretonnes. « On n'utilise que des produits dont la fin de vie pose problème », résume Hervé Demais, responsable scientifique chez Olmix. La durée de digestion (entre 8 et 15 jours), phase pendant laquelle se forme le biogaz, assure un effet tampon pour éviter que la composition du biogaz ne varie trop en fonction de la nature des déchets.

Une quinzaine d'unités en prévision

Le biogaz obtenu à partir de ce mélange est de bonne qualité et contient au moins 60 % de méthane. La réaction n'est pas menée jusqu'à son terme afin d'éviter la destruction totale des éléments organiques. Brûlé, le gaz fournit chaleur et électricité. Le digestat récupéré est, quant à lui, séparé en deux phases. La fraction solide, qui contient majoritairement des éléments phosphoriques, est utilisée comme amendement pour améliorer les qualités physicochimiques des sols cultivés. La fraction liquide, mélange d'azote et d'oligo-éléments, subit une nanofiltration afin de récupérer de l'eau propre d'un côté et de l'engrais azoté de l'autre. Celui-ci peut être utilisé en l'état, ou mélangé avec du jus d'algues, ce dernier contenant des polysaccharides aux propriétés antifongiques. Olmix fabriquera ainsi un fongicide naturel à bas coût. Cette production est, avec l'utilisation des algues vertes, l'autre particularité de cette unité de chimie verte.

Avec un ratio de 6 000 tonnes d'extraits d'algues (obtenues à partir de 3 0000 tonnes d'ulves fraîches) pour 40 000 tonnes de déchets autres, l'unité du lycée de La Touche produira 1 MW électrique et 2 MW thermique en parallèle.

L'investissement est de 4 millions d'euros, et d'après Olmix, l'équilibre financier de l'unité repose pour un tiers sur la production d'énergie, et pour deux tiers sur la production des engrais et fongicides. L'unité de méthanisation sera le premier élément de Morgane à sortir de terre, avant celle de production d'engrais. Sa construction devrait s'achever à la fin du premier semestre 2009.

En plus d'Olmix et du Centre d'enseignement agricole de La Touche, le projet Morgane est soutenu par la Caisse des dépôts et des coopératives agricoles locales. Le lycée, comme les coopératives, alimentera l'unité en déjections animales et déchets verts. Il testera également les premiers engrais et fongicides qui sortiront de cette unité.

« Cette réalisation n'est que la première. On ira peu à peu sur des unités de 5 MW », prévoit Hervé Balusson, le président fondateur d'Olmix. La société espère construire une quinzaine de ces unités dans la région Ouest. Si, sur le site de Ploërmel, le biogaz sera directement transformé en électricité et chaleur, d'autres options sont envisagées pour les prochaines installations. Olmix imagine déjà un "Morgane 2" pour lequel le biogaz serait purifié et compressé afin d'obtenir du gaz naturel liquide.

l'impact

- Valoriser des déchets verts en énergie (chaleur et électricité) et sous-produits pour l'agriculture (engrais et fongicides). - L'élimination des déjections animales d'un côté et des algues de l'autre permet à la région bretonne de lutter contre deux problèmes : les nitrates dans l'eau, et la fin de vie des milliers de tonnes d'algues qui échouent sur les côtes chaque année (les marées vertes). - Olmix renforce son image de chimiste vert.

UNE RAFFINERIE VERTEEN ENTRÉE DES PRODUITS DONT LA FIN DE VIE POSE PROBLÈME

- Algues vertes Entre 300 000 et 400 000 tonnes d'algues polluent les côtes bretonnes chaque année - Déjections animales Le fumier et le lisier, épandus ou traités, génère une pollution des cours d'eau en nitrates - Déchets issus de l'industrie agroalimentaire et sous-produits d'abattage

EN SORTIE TOUT EST VALORISÉ

- En énergie : le brûlage du biogaz génère de l'électricité (1 MW pour la première unité Morgane) et de la chaleur (2 MW thermique) - En engrais : les oligo-éléments, nitrates et phosphates des déchets verts se retrouvent dans le digestat. Ils sont traités par des opérations successives de séparation de phase et nanofiltration pour donner des engrais et des amendements 100 % naturels - En fongicide : les algues vertes ont des propriétés antifongiques. Olmix s'en sert en combinant de l'extrait d'algue à de l'argile et une fraction du digestat

L'ENTREPRISE

Olmix PME spécialisée dans la préparation des additifs pour l'alimentation et l'hygiène animale, les fertilisants, le traitement des eaux, les ciments et la cosmétique. > Date de création : 1995 > Effectif : 250 personnes > CA 2006-2007 : 52 millions d'euros, dont 80 % réalisés à l'export > 9 sites de production en Europe > Produit phare : l'amadéite, un nanomatériau constitué d'une structure d'argile modifiée par des extraits d'algues vertes. Il est utilisé dans les secteurs de la plasturgie, de la nutrition animale, de la cosmétique et de la céramique.

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