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Voyage au pays des milliardaires

Industrie et  Technologies
Retour sur une semaine boursière avec l'annonce quasi simultanée des résultats de Dassault Systèmes et d'UGS. L'occasion aussi de parler un peu du futur des produits.


« Ca y est, le PLM que nous vous annoncions en 2000 est véritablement entré dans les meurs industrielles et c'est un marché florissant », claironne d'entrée de jeu Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes lors de l'annonce des résultats de la société. « Les industriels occidentaux ont compris tout l'intérêt qu'ils ont à adopter ces nouvelles technologies pour faire face efficacement à une compétition toujours plus virulente. Charge à eux maintenant de les utiliser pour créer de véritables gammes en multipliant le nombre de leurs produits. Les annonces que Carlos Ghosn fait en ce moment même pour Renault vont bien dans ce sens et ne peuvent que conforter nos ventes ».

La firme de Suresnes annonce en effet un chiffre d'affaires pour l'année 2005 de 943,6 millions d'euros - 1,170 milliards de dollars - en hausse de 19 % par rapport à celui de 2004, ou plus exactement 16 % si l'on exclu l'acquisition d'Abaqus pour rester à périmètre comparable. L'activité Process Centric, correspondant essentiellement aux marques Catia, Delmia, Enovia et Smarteam, avec un chiffre d'affaires de 761,8 M€, est en hausse de 18 %, alors que l'activité Design Centric, SolidWorks, avec un chiffre d'affaires de 181,8 M€, est en hausse de 25 %.

Ces chiffres ont, selon Bernard Charlès, permis à Dassault Systèmes de progresser d'un point en terme de part de marché (23 % selon Daratech). « Et notre objectif est de continuer à progresser comme nous l'avons fait, de 8 % sur les quatre dernières années ». Notons que Daratech estime le marché du PLM à 10,6 milliards de dollars pour 2005, en croissance de 12 %.

Si l'on regarde le détail des chiffres, on constate que l'activité GDT comprise dans le Process Centric, avec un chiffre d'affaires de 121,9 M€ est en hausse de 20 %. Elle se répartie à raison de 2/3 pour Enovia et 1/3 pour Smarteam.

En terme de nombre de licences Catia a vu sa base installée croître de 34 798 postes, alors que celle de SolidWorks a enregistré une progression de 37 280 postes. L'élève aurait ainsi dépassé le maître puisque c'est la première année qu'il se vend plus de SolidWorks que de Catia.

Bernard Charlès refuse de se focaliser sur les chiffres de nombre de licences vendues. « Les clients les plus en pointe sont maintenant prêts à acheter, à implémenter et à utiliser des méthodes de travail pour optimiser leur utilisation des outils de PLM. La croissance de 21 % de la part services de notre chiffre d'affaires (150,9 M€) en est le reflet. Nous allons nous diriger de plus en plus dans cette voie et l'annonce récente des Business Process Content qui intègrent le logiciel et les bonnes pratiques à même de satisfaire un secteur industriel en sont l'illustration ».

Bernard Charlès estime d'ailleurs que Dassault Systèmes est l'acteur le mieux à même de répondre aux attentes des utilisateurs dans ce domaine. « UGS est beaucoup plus orienté PDM que PLM, Autodesk s'intéresse essentiellement aux aspects conception avec Inventor et PTC propose avec un Pro/Engineer, un produit de milieu de gamme en concurrence directe avec SolidWorks ». Une vision un peu restrictive du marché à notre sens, qui oublie les qualités d'UG NX, les efforts d'Autodesk pour élargir son spectre ou les succès de Windchill.

Dassault Systèmes veut aussi faire évoluer son image et ses moyens commerciaux. « Nous pensons qu'il ne faut plus vendre l'ensemble de nos solutions Catia, Delmia, Enovia, Simulia, Smarteam... comme un tout à la manière des ERP, capable de répondre à l'ensemble des besoins de l'entreprise. Nous allons mettre en avant chacune des marques et montrer la valeur ajoutée qu'elle apporte à nos clients. Ce sera le rôle de chacun des responsables de marque que nous sommes entrain de mettre en place. Mais faites-nous aussi confiance pour insister sur l'intérêt supplémentaire qu'il y a à lier les produits des différentes marques dans le cadre d'une approche PLM ».

Cette évolution suppose aussi une évolution du partenariat avec IBM. « Notre partenariat fonctionne depuis maintenant 25 ans. Tout comme le marché, il est normal qu'il évolue et soit restructuré. Dassault Systèmes a toujours été un acteur du système de vente de ses logiciels, même si c'est IBM qui faisait la démarche commerciale. Il est donc normal que nous nous impliquions plus dans ce processus, afin de mieux comprendre et satisfaire les besoins de nos clients. Dans le même temps, IBM va s'impliquer plus dans les moyens et les services qu'impose la mise en place d'une démarche PLM dans une entreprise : infrastructure ; méthodologie, facility management... ».

Et la récente signature d'accords entre IBM et PTC à propos du marché chinois et de certains comptes stratégiques ciblés dans des secteurs en croissance comme l'électronique, les biens de consommation et les sciences de la vie en Europe et aux Etats-Unis, ne l'émeut pas. « Ne vous laissez pas abuser par le marketing, les accords entre IBM et PTC, notamment sur le marché chinois ne sont pas des accords de distribution, mais des accords de collaboration marketing. Il n'y a pas de commerciaux d'IBM qui soit rémunéré sur la vente des logiciels de PTC. Et cela je vous le dit au nom d'IBM ». Mais à quoi sert le marketing si ce n'est à faire croître les ventes ?

Actuellement l'organisation ventes et marketing de Dassault Systèmes représente 2 600 personnes (+34 % en 2005), gère 80 partenaires et couvre 75 % des affaires faites autour des PME en Europe et en Amérique. 2006 sera marqué par un étoffement du réseau des partenaires notamment autour de Delmia et Simulia.

Le spectre d'utilisation des produits actuels va lui aussi évoluer. « Catia saura bientôt modéliser le logiciel embarqué. C'est indispensable dans un monde où la mécatronique se fait toujours plus présente. C'est aussi important si nous voulons être capables de simuler un fonctionnement réaliste d'un produit virtuel. A l'autre extrémité du spectre, nous devons rendre l'utilisation de Catia beaucoup plus intuitive, notamment pour répondre aux besoins des designers, qui veulent pouvoir faire évoluer d'un trait la physionomie de leur produit. Les designers doivent être partie intégrante de la démarche de conception. C'est pourquoi nous voulons devenir les leaders des outils de design industriel ». Ce positionnement de Catia comme étant un outil capable de modéliser et d'optimiser un produit virtuel, évitera aussi à terme la possible cannibalisation à moyen terme par un SolidWorks aux fonctionnalités toujours plus évoluées.

Des évolutions qui toucheront aussi les outils de GDT. « L'ensemble des services que les industriels offriront à leurs clients seront en prise directe avec la maquette numérique. On n'ira plus rechercher une pièce à changer dans un listing ou une arborescence informatique, mais en allant la sélectionner directement dans le modèle 3D qui sera en liaison directe avec les outils de Supply Chain ». Des évolutions qui se feront peut-être via de nouvelles acquisitions. Evolutions aussi autour des outils de l'usine numérique. « Delmia va devenir un véritable tableau de bord de l'usine où l'on pourra simuler et optimiser en temps réel les moyens de production, l'organisation du travail et l'organisation de la production, afin de réagir au mieux à des événements extérieurs ».

Un ensemble d'annonces qui donne un certain optimisme à Bernard Charlès pour son année 2006. « Nous devrions connaître une croissance de l'ordre de 17 à 18 % sur cette année fiscale, ce qui nous amènera à un chiffre d'affaires qui devrait se situer entre 1 105 et 1 115 M€ ».

Mais la concurrence sera rude. Ainsi UGS a-t-il annoncé le lendemain un chiffre d'affaires de 1 115 M$ pour son année fiscale 2005, en progression de 18 %, avec il est vrai 68,4 M$ dus à l'acquisition de Tecnomatix. Reste maintenant à attendre les résultats d'Autodesk qui a terminé son année fiscale 2006 le 31 janvier. L'éditeur de San Rafael avait réalisé un chiffre d'affaires toutes activités confondues de 1 234 M$ sur son année fiscale 2005 et les analystes estiment qu'il devrait avoir réaliser un chiffre d'affaires de l'ordre de 1 520 M$ pour celle qui vient de ce terminer, en croissance de 23 %. Bref 2005 restera comme une bonne année ... pour les milliardaires.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.3ds.com & http://www.ugsplm.com & http://www.autodesk.com


Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 24 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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