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Voiture électrique : des prévisions très optimistes

Voiture électrique : des prévisions très optimistes

Entre effets d’annonces et méthode Coué, stratégies offensives et pragmatisme, les prévisions des constructeurs disjonctent dès que l'on parle voiture électrique. Les contraintes économiques sont, elles, bien réelles. Une étude du cabinet de conseil Olivier Wyman tente de remettre les pendules à l’heure.

D’ordinaire, les salons de l’automobile sont faits pour faire rêver les consommateurs. Mais à Francfort, certains se demandent si ce ne sont pas les constructeurs qui rêvent. Alors qu’ils ont mis le paquet sur leurs projets de mobilité électrique, quelles peuvent bien être les perspectives à court terme pour ce marché, qui a représenté moins de 10 000 unités seulement dans le monde cette année ? Carlos Ghosn, à Francfort, s’est fendu d’une prévision très optimiste, tablant sur une part de marché de 10 % en 2020. Qui dit mieux ? A vrai dire, vraiment personne.

Pour Volkswagen, le véhicule électrique représentera 1,5 % du marché en 2020. 3 % pour Valeo, 5 % pour PSA rapporte le Wall Street Journal. Interrogé par Business Week, Audi ne voit pas un nombre significatif de voitures électriques dans les rues avant 10 ou 20 ans. Récemment, le cabinet Global Insight établissait quant à lui ses prévisions à 0,6 % des volumes globaux pour l’électrique en 2020, et 0,7 % pour les hybrides plug-in (rechargeables).

Le démarrage très lent de l'électrique

Une étude du cabinet de conseil Olivier Wyman sur la mobilité électrique en 2025 s’est penchée sur ce marché et fournit davantage de détails. Les motorisations 100 % électriques représenteraient selon l’étude un volume de 3,2 millions de ventes en 2025. A cette date, la part de marché des hybrides et des électriques atteindrait 16 %, mais selon les projections 84 % du parc roulera encore au pétrole. Les hybrides représenteront 9 % du parc, les hybrides plug-in 3,5 %.

On est loin, pour l’instant, de voir le parc électrifié accélérer aussi vite que les annonces des constructeurs. Le parc de véhicules hybrides compterait selon Olivier Wyman 2,5 millions d’unités en circulation, sur les 850 millions de voitures évoluant sur la planète. En 2010, la part de marché des hybrides et des tout-électriques atteindrait 2 % des ventes de voitures neuves.

Le cabinet invoque plusieurs raisons pour justifier un développement lent des ventes de véhicules électriques : les coûts élevés de production, les prix de vente, et l’absence infrastructures sont les principaux obstacles au décollage du marché. Les coûts de production seraient aujourd’hui supérieurs de 150 % à ceux d’un véhicule traditionnel. En 2025, Olivier Wyman évalue encore le surcoût de production à 60 % de plus.

En prenant l’exemple d’une berline compacte de type Golf, le cabinet estime qu’un constructeur perdrait aujourd’hui 12 000 euros par véhicule vendu. Pourtant, il ne nie pas que les constructeurs sont obligés d’investir car l’électrique est bel et bien l’avenir du secteur.

Des constructeurs forcés d'investir

Effectivement, ils investissent. Un tiers des 75 milliards d’euros d’investissements R&D des constructeurs automobiles est déjà consacré à la réduction des émissions de CO2 (systèmes hybrides, électriques, optimisation de la consommation des moteurs thermiques). Ces dépenses représenteront quelque 300 milliards d’euros dans les dix prochaines années, dont 16 % pour l’hybride et l’électrique (donc 84 % pour l’optimisation des moteurs thermiques !). Ils investissent, tout en sachant que le retour sur investissement se fera attendre très longtemps. Tous les constructeurs auront-ils le temps d’attendre ? On pense bien sûr à de nouvelles concentrations dans le secteur. Le marché étant déjà déstabilisé par d’autres facteurs, elles paraissent inévitables.

Aux difficultés financières et économiques, s’en ajoute une autre et pas des moindres : les consommateurs suivront-ils ? Selon un sondage réalisé pour Olivier Wyman, 13 % seulement accepteraient une autonomie de moins de 250 km, et seuls 14 % sont prêts à payer plus cher pour un véhicule électrique. Or, ils ne se déclarent pas prêts à faire des concessions sur la sécurité et le confort de conduite. Aujourd’hui, le surcoût global (prix d’achat + usage) pour une compacte électrique approcherait les 12 000 euros. D’où les faibles volumes, donc des coûts de production élevés… une spirale infernale pour les constructeurs.

Pour le cabinet de conseil, le rythme de croissance du marché dépendra donc de la volonté politique des Etats. En d’autres termes sonnant et trébuchant, de leurs subventions à l’achat. D’ores et déjà, la Grande-Bretagne a prévu une remise de 2 500 à 6 000 euros à partir de 2011 pour l’achat d’une voiture électrique ; la Chine, 6 500 euros ; le Japon, 11 000 euros ; et la France, jusqu’à 5 000 euros pour l’achat d’une voiture hybride ou électrique. En parallèle, d’autres idées pourraient accompagner ces primes, comme la mise à disposition de places de parking gratuit ou la possibilité d’utiliser les couloirs de bus pour les véhicules non polluants, ou encore l’instauration de péages urbains pour les autres.

Raphaële Karayan

En savoir plus :
Télécharger l'étude E-mobility 2025

 

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