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Voiture autonome : « ce n’est pas un problème de techno, mais de responsabilité »

Séverine Fontaine

Mis à jour le 24/11/2014 à 10h18

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Voiture autonome : « ce n’est pas un problème de techno, mais de responsabilité »

La Google Car circule déjà en Californie

© dr

La plupart des constructeurs automobiles se sont lancés dans le développement de leur voiture autonome. Bien que les technologies soient de plus en plus performantes, peut-on imaginer une ville du futur dans laquelle les déplacements se feront uniquement avec des systèmes automatisés ? 

Chercheur à l’Institut Pascal, Michel Dhome travaille avec son équipe sur les systèmes de caméras embarquées dans la navette autonome EZ-10 développée par Ligier Group. En échangeant sur le système de guidage mis en place sur le véhicule, il nous donne son point de vue sur les voitures autonomes et leur future mise en fonction. 

Industrie & Technologies : Que pensez-vous de la voiture autonome, telle que la Google Car ?

Michel Dhome : Google vise à l’automatisation du véhicule de "monsieur tout le monde". Personnellement, je suis convaincu que l’on n’arrivera pas – ou alors dans un nombre d’années assez important – à une automatisation complète. Je ne crois pas à l’automatisation du véhicule de "monsieur tout le monde" qui le matin démarrera sa voiture et appuiera sur un bouton pour dire à celle-ci de le transporter à l’autre bout de la ville en mode automatique. Parce qu’il faut bien imaginer que ces véhicules sans conducteur, la plupart du temps, se déplaceront pour rendre un service précis, la technologie ne leur permet pas de traverser un centre-ville conventionnel.

 

I&T : Est-ce uniquement un problème de technologie ?

MD : En fait, ce n’est pas tant un problème de technologie, qu’un problème de vide juridique. Imaginez un véhicule comme celui-là Place de l’Etoile à Paris. Il est possible qu’il puisse y avoir un accrochage. Dans ce cas, comment remplit-on le constat à l’amiable ? Et surtout, quelle est la responsabilité ? Quand on en discute, nous laboratoires, avec le monde automobile – Renault, PSA – il n’y a pas encore un constructeur qui est prêt à mettre sa responsabilité en jeu. C’est pour cela que, pour le moment, tous les systèmes dans les voitures actuelles, ne sont que des aides à la conduite, et c’est toujours le conducteur qui est responsable. On va dédier à la voiture certaines fonctions certes, mais on est toujours appelé à être derrière le volant pour contrôler ce que fait le véhicule.

 

I&T : Donc pour vous, le projet de véhicule autonome n’est pas viable ?

MD : On y arrivera peut-être, mais je pense que l’on va plutôt tendre vers des aides à la conduite qui vont être de plus en plus sophistiquées. On va de plus en plus déléguer au véhicule, même demain une partie de la conduite. Mais on n’enlèvera pas le conducteur derrière le volant, car justement le vide juridique fait qu’il y a un problème de responsabilité et on ne sait pas comment le régler. Je ne vois pas, même dans un avenir un peu lointain, une marque automobile engager sa propre responsabilité par rapport à ces systèmes-là. Ce qu’on voit et qui va sûrement être proposé, ce sont des systèmes qui, par exemple, vont fonctionner sur l’autoroute. Parce que sur l’autoroute, le contexte est normalisé (largeur des voies, marquages au sol, signalisation...). On peut donc imaginer des capteurs qui fonctionnent dans ce contexte. On a aussi ce qu’on appelle le low-speed following, qui, dans les bouchons, permet d’asservir son véhicule sur le précédent. En gros vous êtes dans les bouchons, vous savez que vous en avez pour 15 minutes à avancer 5 mètres par 5 mètres, vous appuyez sur un bouton et vous dites à votre véhicule : à partir de cet instant, tu fonctionnes exactement comme la voiture qui est devant. Cette voiture-là va démarrer et avancer de 10 mètres, et bien votre voiture va avancer et se déplacer également de 10 mètres. Dans ce contexte-là, où on ne va pas vite et où l'on peut suivre facilement la cible relative qu'est la voiture prédédente, il y a des choses qui vont se faire. Après, traverser une ville à 40 ou 50 km/h avec tous les dangers potentiels des piétons ou cyclistes qui traversent, là il y a encore du grain à moudre avant d’avoir des systèmes fonctionnant sans aucun risque et qui peuvent être acceptés par le public.

 

I&T : Il y aura sûrement une phase de transition entre véhicules traditionnels et autonomes...

MD : Oui, on va avoir une phase durant laquelle des véhicules conventionnels vont cohabiter avec des voitures qui auront certaines fonctions automatiques. Mais celà imposera de passer par un état de technologies hyper sophistiquées pour gérer la présence de véhicules qui ne seront pas communicants. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on va devoir développer des technologies qui vont être "trop" sophistiquées par rapport à ce qu’il faudrait si l’on avait que des véhicules entièrement communicants. Donc la technologie va être obligée de passer par un point haut. Mais plus le véhicule sera communicant et plus la technologie, dans sa complexité, va pouvoir décroître. On va donc être obligé dans un premier temps de "suréquiper" les véhicules par rapport au besoin final. Mais  je ne vois pas comment on va pouvoir échapper à une période de transition où vont coopérer des véhicules traditionnels et des véhicules équipés d’une certaine autonomie.

 

I&T : A long terme, va-t-on voir émerger de vrais véhicules autonomes ?

MD : Oui, mais ça se fera progressivement avec des contextes qui vont pouvoir être bien cadrés. Depuis 2007, plus d’une personne sur deux sur la Planète vit dans des centres urbains. Ce phénomène ne va qu’amplifier. En 2050 il est prévu que 3 terriens sur 4 vivront en ville. Donc la mobilité en ville va vraiment devenir un vrai problème. Le véhicule individuel n’aura plus vocation à y être présent, et je pense même qu’en milieu urbain il sera voué à disparaitre. Les véhicules automatiques que l’on prépare vont, à ce moment-là, pouvoir se généraliser. Du moins, on va y tendre parce qu’il y aura une rupture dans la mobilité conventionnelle. Mais il faut aussi que les mentalités changent, que les gens acceptent de ne plus avoir leur véhicule personnel pour que la circulation dans des villes comme Paris reste acceptable. A force de densifier la population, il va falloir mettre en place des modes de transport adaptés. Utiliser un véhicule de 2 tonnes pour transporter une personne, ce n’est pas viable. Au final, les mentalités vont changer et les vrais véhicules autonomes voir le jour.

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