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Vers une informatique ubiquitaire

Propos recueillis par Mirel Scherer
- Spécialisé dans les applications critiques dans l'aéronautique, le ferroviaire, l'énergie, etc., Esterel Technologies est à l'avant-garde du développement informatique qui accompagne l'avancée du monde vers le tout-numérique. Pionnier du domaine en France et inventeur du langage Esterel, Gérard Berry, son responsable scientifique, explique les raisons de ce bouleversement. Décryptage...

Industrie et Technologies : Quels sont les principaux fruits de la recherche menée par votre société ?

Gérard Berry : Les racines d'Esterel Technologies se trouvent dans des travaux de recherche menés à l'Inria [Institut national de recherche en informatique et en automatique] et l'École des mines depuis 1982. La société a vu le jour en 1999 comme filiale de Simulog. Elle propose deux outils de développement d'applications critiques, Esterel Studio pour les circuits et Scade pour le logiciel embarqué. Scade est utilisé dans différentes applications industrielles en aéronautique certifiée, par exemple chez Airbus pour la conception et la validation des logiciels de bord de l'A380 (pilotage, commande des réacteurs, etc.), et chez Boeing pour le train d'atterrissage et le freinage du 787. Eurocopter, Dassault Aviation, Pratt & Whitney l'utilisent aussi intensivement. Soumises à des contraintes de sécurité très fortes, l'industrie ferroviaire (Eurostar, Siemens, Alstom, etc.) et l'industrie nucléaire (Areva, Schneider Electric) font appel à Scade. Esterel Technologies participe aux travaux du pôle de compétitivité System@tic dans le cadre du projet Usine Numérique 2. Enfin, pour construire l'avenir, 135 universités du monde entier ont été équipées gratuitement avec nos solutions.

I & T : Quels sont les objectifs de ces clients industriels et quels sont les futurs domaines d'applications de vos outils ?

G. B. : Dans le domaine ferroviaire par exemple, les constructeurs cherchent les moyens d'améliorer la sécurité et la maintenance des équipements, mais aussi les solutions pour augmenter le nombre de trains qui circulent sans affecter la sécurité du trafic. Cela pose le problème de la signalisation numérique, qui doit évidemment être irréprochable. Il est clair que les logiciels destinés aux applications critiques de ce type ne doivent contenir aucun bug. Facile à dire, mais plus difficile à faire !

Les mêmes contraintes de sécurité se rencontrent dans l'industrie médicale, qui pourrait devenir, à plus long terme, un des champs d'application de nos solutions. En effet, les bugs ont ici des conséquences dramatiques. Une irradiation excessive de patients a ainsi été provoquée par une simple erreur dans la gestion d'une touche du clavier d'un appareil à rayons.

I & T : La chasse aux bugs reste donc un souci permanent pour le développement informatique...

G. B. : Bien sûr, et je l'ai encore répété dans la leçon inaugurale de ma chaire 2008 d'Innovation technologique-Liliane Bettencourt, le 17 janvier dernier au Collège de France*. Son titre était « Pourquoi et comment le monde devient numérique ». Huit cours et des séminaires seront consacrés à des sujets aussi différents que les algorithmes, les systèmes sur puces, les langages de programmation, les systèmes embarqués, les images et les réseaux, avec la chasse aux bugs comme leitmotiv.

Alors dans les domaines critiques, certains outils logiciels utilisés pour le développement d'un logiciel certifié doivent eux-mêmes être certifiés à un niveau identique. C'est le cas du générateur de code KCG d'Esterel Technologies qui traduit le formalisme de haut niveau Scade en langage de bas niveau C. Ce générateur de code est utilisé par un nombre important de sociétés industrielles, dont Airbus qui a participé à sa création.

Des techniques additionnelles existent pour détecter automatiquement les bugs sournois. Citons, par exemple, l'interprétation abstraite, une approche développée à l'École normale supérieure par l'équipe de Patrick Cousot, et utilisée pour vérifier le contrôle d'Ariane et les logiciels de pilotage de l'A380. Cependant, pour des raisons de coût, les normes les plus strictes sur le développement logiciel ne sont pas encore appliquées dans des secteurs qui comptent pourtant un nombre d'accidents bien plus importants que l'aéronautique ou le ferroviaire, comme l'automobile.

I & T : Comment appréciez-vous l'évolution vers un monde de plus en plus numérique ?

G. B. : À l'évidence, notre civilisation est en train de devenir numérique.

La prochaine étape de la révolution numérique sera certainement celle de l'informatique ubiquitaire, qui verra les objets les plus divers être reliés en réseaux à très grande échelle. Les échanges déborderont le cadre classique - celui du dialogue homme vers homme ou homme vers machine - pour inclure des communications directes entre capteurs, actionneurs et machines.

Parmi les applications évidentes, citons le traçage de l'ensemble de produits matériels, la détection précoce par réseaux de capteurs autonomes des accidents écologiques, la gestion intégrée des bâtiments (où il y a des efforts à faire car la domotique n'est jamais passée du rêve à la réalité à cause d'interfaces homme-machine indigents), et la surveillance des personnes âgées peu autonomes. La recherche et le développement dans le domaine de technologies d'information et de communication, qui représente déjà 30 % du budget R&D mondial, a donc du pain sur planche. La place pour l'imagination semble ici infinie...

* Leçons inaugurales du Collège de France, Gérard Berry, « Pourquoi et comment le monde devient numérique », éditions Collège de France-Fayard (www.college-de-france.fr).

LES CHIFFRES CLÉSLa R&D chez Esterel Technologies

- 50 personnes sur un effectif total de 150 personnes - 3 plates-formes : une en Chine (Shanghai) et trois en France : Villeneuve-Loubet (Alpes-Maritimes), Toulouse (Haute-Garonne), Élancourt (Yvelines) - 14 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2007 - La société compte 150 clients

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