Nous suivre Industrie Techno

Vers un "Google 3D" pour retrouver vos modèles

Jean-François Prevéraud

Sujets relatifs :

,
Vers un

À l'instar d'un moteur de recherche utilisant des mots, la demande se fait aussi en trois étapes : on exprime l'idée, ici, avec un modèle 3D, on récupère une liste de réponses, on choisit celle qui semble la plus appropriée.

© D.R.

Des outils capables de retrouver rapidement un modèle 3D en se basant sur sa géométrie et ses fonctionnalités vont bientôt arriver sur vos postes de travail.

Par la magie des moteurs de recherche sur Internet, il est aujourd'hui plus facile de trouver des plants d'Eupatorium purpureum ssp. maculatum 'Atropurpureum' à l'autre bout du monde que de récupérer un modèle 3D similaire à celui de la pièce dont on a besoin pour le projet en cours. Même si l'on a été le créateur de la pièce en question quelques semaines plus tôt...

Pourquoi dès lors ne pas imaginer un "Google 3D" ? Plutôt que d'aligner une suite de mots dans la fenêtre de recherche, on dessinerait à main levée la silhouette de la pièce convoitée avant de lancer la recherche sur l'intranet de l'entreprise.

Passer de la TGAO à l'Internet 3D

Au cours des années 1980, la technologie de groupe assistée par ordinateur (TGAO) avait essayé de satisfaire ce rêve, avec les moyens de l'époque. Mais avant de pouvoir espérer retrouver une pièce, il fallait définir des classes et des attributs de toutes les pièces, anéantissant les gains de temps espérés. Ce qui a conduit à la mise en sommeil prolongé de la TGAO.

Autre espoir, les outils de GDT (gestion des données techniques) n'ont pas fondamentalement changé la donne. Là encore, on ne travaille pas directement sur la géométrie, mais sur une description du modèle suivant un format prédéfini qui permettra de faire des recherches. Une description qui peut varier suivant l'individu qui l'a faite malgré toutes les procédures mises en place.

Devant la montée en puissance de l'Internet, l'idée d'un moteur de recherche 3D a fait peu à peu son chemin, notamment dans les laboratoires de recherche universitaire. Les plus en pointe sur le sujet se trouvent en Amérique du Nord et en Asie. Ainsi, les experts de l'équipe du professeur Karthik Ramani de l'université de Purdue (Indiana) ont-ils développé un moteur de recherche spécialisé dans les formes 3D, le ShapeLab. Destiné à retrouver des objets similaires dans des bases de données industrielles, il permet de chercher, à partir d'un catalogue d'une quarantaine de catégories, des formes ou des morceaux de formes similaires. Il est maintenant commercialisé par Imaginestics qui propose, via un outil d'esquisse en ligne, de trouver des composants standards dans les catalogues de fournisseurs nord-américains.

Le Shape Retrieval & Analysis Group de l'université de Princeton propose lui aussi un outil similaire, le Princeton Shape Benchmark, avec une démonstration en ligne de ses premiers résultats. Notons aussi quelques travaux au National Institute of Multimedia Education au Japon, où l'on voit des développements de ces techniques envahir nos PDA et autres téléphones portables, notamment pour des applications ludiques. Enfin, des universitaires sud-coréens proposent le NTU 3D Model Benchmark qui, outre les objets 3D, pourrait avoir des débouchés dans le domaine des biotechnologies pour la reconnaissance automatique de modèles de protéines.

Les premiers modules intègrent la CAO

Dans le domaine de la CAO, les principaux éditeurs ne sont pas en reste. Ainsi, UGS commence-t-il à parler de son outil Geolus Search. Celui-ci est issu de la reprise, en juin dernier, d'une technologie née chez Software Design & Management, un intégrateur allemand filiale de Capgemini. Une petite équipe y travaillait sur un moteur de reconnaissance de géométries 3D permettant de retrouver des objets quelconques dans une base de données. « Cette approche nous a semblé intéressante pour compléter à la fois les outils de CAO et de GDT, car elle facilite la réutilisation de tout ou partie de composants existants », explique Armin Gittinger, responsable strategic business development pour UGS en Europe. « De plus, l'emploi de formats standards (JT, STL et VRML) permet l'utilisation de cette technologie avec nos outils de CAO (NX et Tecnomatix), et de GDT (Teamcenter), mais aussi avec ceux de la plupart de nos concurrents ainsi qu'avec les outils d'ERP. On peut donc envisager l'utilisation d'un tel outil de la conception à l'après-vente. » C'est d'ailleurs pourquoi Geolus Search est commercialisé par la division composants pour le PLM d'UGS, tout comme le modeleur Parasolid. Une telle technologie est, par exemple, déjà en cours d'évaluation dans la division poids lourds du groupe DaimlerChrysler pour éviter les redondances de pièces ou encore chez le fabricant de matériels d'imprimerie Koenig & Bauer.

Avec son initiative "3D pour tous", Dassault Systèmes ne pouvait pas être indifférent à ce type d'approche. Mais faut-il se limiter aux seuls aspects 3D ? Dassault Systèmes pense que non. « Un objet quel qu'il soit, outre sa géométrie, dispose de fonctionnalités et a des comportements qui sont fonction des sollicitations extérieures, c'est pourquoi le produit 3D Search Engine, que nous présenterons d'ici à la fin de l'année, travaille sur l'ensemble de ces métadonnées et le 3D n'est peut-être pas le point le plus important », affirme Arnaud Ribadeau-Dumas, directeur de la R&D de l'éditeur de Suresnes. D'ailleurs, Dassault Systèmes a sous-traité à son partenaire indien Geometric Software Solutions (GSSL) les côtés recherche sur les formes, afin de mieux se concentrer sur les autres aspects.

Une approche que l'on retrouve bien évidemment dans la filiale Virtools. « Le 3D contient de l'expérience sur laquelle on peut faire des recherches. On peut ainsi plus facilement retrouver une géométrie 3D si l'on en connaît le comportement, car il contient une sémantique supérieure à la géométrie. » De fait, Virtools travaille sur le triptyque produit - contexte -scénario et dispose pour cela d'outils de recherche 3D vraiment performants depuis la sortie de la version 4 de ses produits cet été, notamment le 3D XE Player.

Une ouverture vers le grand public

Autre membre de la famille Dassault Systèmes à travailler sur le concept, Solidworks. « Nous voulons étoffer notre offre de catalogue 3D en ligne 3DpartStream.Net avec des outils de recherche 3D conviviaux qui faciliteront la récupération de composants. C'est pourquoi nous travaillons, nous aussi, avec GSSL, en collaboration avec notre maison mère, sur les aspects recherche de géométries 3D », explique Bertrand Leblanc, responsable technique de la filiale française. Elle propose depuis la rentrée l'outil 3DSearchIT. Il peut retrouver des géométries similaires au modèle à l'écran, faire des recherches sur des attributs, comparer des modèles. Il complète le module FeatureWorks qui reconnaît automatiquement les entités technologiques contenues dans un modèle 3D et permet de faire des recherches sur ce type de fonctionnalités.

Les efforts dans le domaine de la recherche de géométries 3D pourraient s'accélérer. En effet, Google lui-même s'intéresse au 3D. Il a ainsi fait l'acquisition au printemps de @Last Software et de son logiciel de modélisation 3D Sketch-Up qu'il propose gratuitement aux internautes. Et après leur avoir donné un moyen de créer facilement des objets 3D, il faudra bien leur donner des moyens conviviaux pour les retrouver...

LES PRINCIPAUX LOGICIELS...

- 3D Search Engine de Dassault Systèmes - 3D - Seek d'Imaginestics - 3DsearchIT de Solidworks - Geolus Search d'UGS - Virtools 4 de Virtools

L'EXEMPLE DE GEOLUS SEARCH D'UGS

- Le concepteur esquisse dans son outil de CAO l'objet 3D qu'il veut créer ; il l'exporte dans le module Geolus Search dans un format standard (JT, STL et VRML), ce qui divise le poids par un facteur 10 ; renseigne quelques caractéristiques (matière, poids, dimensions...) ; décrit les fonctions technologiques clés (guidage, fixation...) ; et lance la recherche sur l'ensemble des bases de données de l'entreprise (ERP, GDT, SRM...). Tous les objets 3D contenus dans ses bases de données ont été systématiquement et automatiquement indexés par Geolus. La cinquantaine d'algorithmes pilotant à la fois le moteur de recherche géométrique et le moteur de recherche alphanumérique traite ainsi très rapidement la requête, et cela fonctionne aussi bien avec des pièces seules qu'avec des assemblages. « La recherche demande quelques secondes avant que n'apparaisse une liste de réponses présentant une vignette des objets trouvés avec le niveau de conformité de leurs critères par rapport à la requête », indique Armin Gittinger d'UGS. Le concepteur sélectionne la pièce qui lui convient le mieux et la récupère dans son outil de CAO afin de l'utiliser telle quelle ou la modifier.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0883

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2006 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies