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Vers des automatismes intelligents

Propos recueillis par Mirel Scherer Photos : Régis Bossu

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- L'automate programmable ne sera pas détrôné par le PC. Associé à Ethernet, il s'ouvrira avec Internet.

Industrie et Technologies : L'automate programmable semble avoir atteint ses limites : lui reste-t-il encore une chance de survivre face aux micro-automates et aux solutions sur PC ?

Anton Huber : La fin de l'automate programmable industriel [API] et des innovations dans ce domaine ne sont pas pour demain. Force est de constater que la tendance - annoncée de longue date - à la migration des solutions API vers des solutions PC ne se manifeste que de façon très modérée. Le fait est que plus de 90 % des utilisateurs de solutions d'automatisation continuent à opter pour des API - notamment en raison de qualités telles que son comportement déterministe et sa robustesse.

Ces observations sont confirmées par la tendance à la hausse de nos ventes sur le moyen terme, tant en automates programmables qu'en systèmes équivalents d'automatisation basés sur PC. Malgré un léger fléchissement du marché global l'année dernière, il faut bien le reconnaître : la croissance annuelle du marché des API se maintient autour des 3 %, tandis que les solutions sur PC enregistrent des croissances à deux chiffres. Cependant, l'automatisation sur PC se développe surtout sur de nouveaux champs d'application, par exemple dans le domaine de la gestion de l'énergie.

I. T. : Siemens ne développe-t-il pas déjà des produits qui contredisent cette affirmation ? Si oui, à quoi ressembleront-ils, disons, dans cinq ans ?

A. H. : La vitesse d'innovation dans le domaine des automates programmables est toujours aussi élevée. Bien des aspects en apportent la preuve : d'une part, les CPU [unités centrales] sont de plus en plus performantes - sous un encombrement de plus en plus réduit. D'autre part, les modules intelligents gèrent, de manière autonome, de plus en plus de fonctions technologiques complètes - notamment le contrôle du mouvement hautement dynamique des axes ou le comptage, la mesure et le positionnement. Les contrôleurs intègrent, en outre, de plus en plus de fonctions de communication - comme Profibus ou Ethernet. Et l'intégration croissante des fonctions de sécurité et de la redondance est génératrice d'innovations.

Autre thème fortement innovateur, la Component Based Automation : des unités décentralisées complètes regroupant des constituants électriques, électroniques et mécaniques qui sont interconnectés simplement moyennant un outil logiciel pour former un "composant". Nous sommes en train de réaliser les premières installations de ce type.

I. T. : La R&D dans le domaine des "systèmes d'automatisation" semble s'orienter vers la communication locale et globale via Internet, et vers une intégration toujours plus poussée d'outils variés...

A. H. : Aujourd'hui, tous les produits et systèmes que conçoit la division Automation and Drives (A&D) de Siemens pour lesquels cela est justifié offrent un accès à Internet.

Dans un premier temps, nos produits et systèmes ont acquis, dans le cadre de la Totally Integrated Automation, la faculté d'intercommuniquer au niveau de l'automatisation. Actuellement, nous intégrons l'automatisation à la fonctionnalité MES [Manufacturing Execution Systems, la couche logicielle entre la supervision d'atelier et l'ERP, NDLR], afin d'optimiser des cycles d'exploitation complets. La communication avec le niveau de gestion d'entreprise (Enterprise Resource Planning, ERP) devient ainsi réalité. Et cela n'est que la condition technique préalable à une exploitation rationnelle de l'e-business et des avantages d'Internet - afin notamment de créer des réseaux mondiaux de communautés de production et d'être ainsi capable de réagir rapidement aux évolutions du marché.

I. T. : Que pensez-vous de l'avancée fulgurante d'Ethernet dans l'industrie ? Les prochaines années verront-elles la fin des réseaux Profibus et autre WorldFIP ?

A. H. : Nous voyons d'un bon oeil le retour au premier plan d'Ethernet en milieu industriel, car nous connaissons bien cette technologie et la pratiquons de longue date.

Nous avons été l'un des premiers fabricants à installer avec succès Ethernet en milieu automatisé, et cela dès 1985 - donc bien avant l'apparition sur le marché des premiers bus de terrain. Nous l'utilisons, par exemple, pour la mise en réseau de nos systèmes d'automatisation Simatic. Plus de 400 000 connexions Ethernet, le chiffre est éloquent !

En ce qui concerne l'avenir des bus de terrain et/ou d'Ethernet, notre position est claire, et partagée par la quasi-totalité des experts. Premièrement, on ne peut renoncer et on ne pourra renoncer aux bus de terrain. Deuxièmement, partant du niveau de conduite, Ethernet va investir plus avant le niveau du terrain, et entrer en jeu, notamment, dans les appareils de terrain intelligents. Troisièmement, enfin, la décentralisation des fonctions d'automatisation se poursuit sans cesse, entraînant un transfert et une répartition de l'intelligence dans les capteurs et actionneurs. Le pilotage des fonctions d'automatisation est de moins en moins centralisé.

Il ressort de ces trois points que seules les solutions exploitant les avantages d'Ethernet et qui seront capables d'intégrer sans problème les bus de terrain auront des chances de survivre sur le marché.

I. T. : La technique OPC (OLE for Process Control) semble s'imposer et Siemens fait partie des principaux partisans de ce concept. Comment l'OPC sera-t-elle intégrée aux produits en cours de développement ?

A. H. : Nous avons annoncé à l'automne 2001 notre participation au projet OPC DX qui rend possible la communication entre les bus de terrain. L'objectif consiste à harmoniser les solutions de bus de terrain et Ethernet concurrentes - à savoir celles de FF (Fieldbus Foundation), ODVA (Open DeviceNet Vendor Association) et PI (Profibus International). Le protocole DX (Data Exchange) proposé par l'OPC doit permettre de faire progresser la standardisation.

La symbiose entre les bus de terrain majeurs et Ethernet via l'OPC DX est un pas important permettant de décloisonner les systèmes et venant encourager l'interopérabilité des solutions des différents constructeurs d'automatismes.

« Les modules intelligents gèrent, de manière autonome, plus de fonctions technologiques complètes. »

LES CHIFFRES CLÉSLa R&D de la division Automation & Drives de Siemens

- Effectif total de la division Automation & Drives : 51 200 employés - Principal centre de R&D : Nuremberg-Erlangen, Allemagne - La R&D représente 5,9 % du chiffre d'affaires de la division A&D - Elle a atteint 511 millions d'euros en 2002

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