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Véhicule autonome : une question de survie pour les constructeurs européens ?

La Rédaction d'Industrie et Technologies

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Véhicule autonome : une question de survie pour les constructeurs européens ?

© Milan Goldbach Photography

L'évolution des modes d'usages des transports et l'arrivée du véhicule autonome bousculent le secteur automobile. Désormais, les innovations logicielles deviennent des avantages compétitifs incontournables. Pour Sébastien Ruffino, responsable automobile Europe du Sud chez Nvidia, les constructeurs automobiles doivent ainsi repenser leurs modèles de développement. Le fabricant américain de processeurs graphiques a justement bouclé cet été un partenariat avec Mercedes-Benz pour développer des voitures autonomes équipées de la plate-forme Nvidia Drive AGX Orin dès 2024.

Bien avant les années 2000, l’imaginaire pour ce nouveau siècle était déjà prometteur : des robots partout, au travail comme à la maison, des intelligences artificielles au service des humains, des maisons connectées et surtout, des véhicules sans conducteurs. Trains, avions, camions, et bien sûr voitures, tous sont en route vers l’autonomie. Pourtant, relever le défi du véhicule autonome s’avère complexe, et les échéances de mise sur le marché évoluent régulièrement. Les textes de loi, par exemple, n’autorisent pas encore l’utilisation du mode automatique de niveau 3 en Europe. Mais la pandémie mondiale a permis de relancer le débat sur les nouveaux modes de transports. Et malgré le ralentissement de certains projets comme les robotaxis, les expériences sur véhicules autonomes se poursuivent, et sont même plus nombreuses qu’on ne le pense. Il n’est plus incroyable de penser que tous les véhicules seront tous autonomes dans un proche avenir. L’heure des choix a donc sonné pour les constructeurs : accélérer la course à l’autonomie, doser les efforts, rester en retrait le temps de voir venir ? Quelle est la bonne voie à prendre, comment et quelles échéances pour avancer ?

Le « software-defined » : une refonte du modèle de développement, y compris commercial…

Les constructeurs automobiles sont face à un changement radical de modèle de consommation : une étude publiée par PwC Autofacts en 2018 anticipe une chute de plus de 28% du nombre de voitures en circulation en Europe d’ici à 2030. A cause d’une baisse du nombre de conducteurs ? Non, plutôt un changement d’usage de la voiture, avec la multiplication des offres de mobilité : bus et tramways, voitures et scooters à la demande, mobilité douce, etc.

Cette baisse du nombre de véhicules « traditionnels », alliée à l’évolution des besoins, entraînera une refonte du modèle, faisant du logiciel la base du développement automobile et la source de revenus majeure pour les constructeurs. Cette nouvelle philosophie est grandement inspirée du véhicule software-defined, caractéristique de l’automobile autonome, dont l’un des pionniers, Tesla, continue de cannibaliser les parts de marché des constructeurs historiques, grâce au lancement régulier de nouveaux logiciels.

Pensez à votre smartphone, tablette ou ordinateur portable. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour nos voitures ? La voiture du futur définie par un logiciel implique la présence dans le véhicule d'une plateforme informatique haute performance qui fait tourner une pile logicielle complexe pour effectuer les fonctions les plus avancées d’aujourd'hui, mais aussi qui soit capable d’intégrer les applications de demain. Grâce aux mises à jour logicielles en ligne, les véhicules peuvent recevoir en permanence les dernières fonctionnalités de conduite automatisée, ce qui signifie qu'ils seront à la pointe de la technologie bien plus longtemps, quelle que soit l'année du modèle. Pour les consommateurs, cela apportera plus de valeur sur toute la durée de vie de la voiture.

Avec ce concept de développement où le logiciel prend le « contrôle » de l’objet et guide les ventes, de nouvelles compétences, mais aussi des moyens humains et technologiques importants sont forcément nécessaires. Les dépenses, déjà considérables pour les acteurs du secteur, vont s’accélérer, y compris en matière de simulation et d’intelligence artificielle.

… qui bouscule les modes de collaboration

Parce que l’achat de compétences coûte cher et ne suffira pas, les constructeurs automobiles ont compris tout l’intérêt de collaborer avec des partenaires technologiques et de miser sur l’intelligence collective et la démultiplication des moyens. Côté formation aux nouvelles compétences, les universités et écoles d’ingénieurs du monde entier rivalisent déjà de projets et mettent en place des cursus d’apprentissage autour du véhicule autonome.

Enfin, en matière d’approche collaborative et de montage de projets en entreprise, là encore la méthodologie et les processus de développement se trouvent bouleversés : le passage d’une philosophie de développement séquentielle au mode Agile est un premier pas vers cette nouvelle façon de concevoir l’automobile.  De fait, de nouvelles façons de travailler se dessinent qui associent par exemple l’intelligence artificielle tant dans le développement de la partie logicielle que dans celui du véhicule en lui-même. Ensuite, l’accélération des analyses de données, du calcul et de la simulation grâce à l’IA favorise le développement du travail à distance. Il s’est généralisé avec la pandémie, encourageant l’équipement technologique en configuration home office, et a notamment permis le maintien des processus de développement et des tests de véhicule par la simulation à distance. Ce sont là de nouveaux challenges, plus structurels, qui bouleversent l’organisation bien établie des acteurs traditionnels.

En résumé, les constructeurs automobiles, et avec eux leurs partenaires, doivent déjà songer aux moyens relever le défi de leur pérennité et trouver les solutions appropriées et agiles de rester compétitifs. Avec la crise actuelle, cela laisse présager de grandes annonces à venir en matière de collaboration. Si un nouveau calendrier du véhicule autonome se dessine peu à peu, les discussions sur les conditions légales de sa mise sur le marché, notamment en termes de sécurité, pourraient également être retardées, mais pas stoppées. Après le report récent à 2022 et 2023 des nouveaux prérequis NCAP, c’est un scenario possible, qui offrirait aux constructeurs français et européens l’appel d’air dont ils ont besoin pour accélérer leurs développements logiciels et atteindre les niveaux 3 et 4 fixés par le SAE (Society of Automotive Engineers).

Les constructeurs automobiles incarneront-ils le « Business 4.0 » de demain ? A l’ère du « Manufacturing 4.0. », il est clair que l’industrie automobile doit opérer une transformation complète, depuis son organisation interne, aux technologies déployées et jusqu’à sa philosophie propre. Elle ne doit plus raisonner selon des logiques concurrentielles mais bien selon une logique de survie. C’est urgent !

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