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La semaine de Jean-François Prevéraud

Vast Systems, champion de la virtualisation

Industrie et  Technologies
J'ai rencontré cette semaine Alain Labat, le CEO de Vast Systems Technology, l'occasion de faire avec lui le point sur la virtualisation, nouvelle tendance du monde de la conception en électronique.


« Dans le domaine de simulation des systèmes électroniques embarqués, les concepteurs ont toujours eu le choix entre la précision et la vitesse. Nous leur apportons aujourd'hui les deux », affirme d'entrée de jeu Alain Labat, CEO de Vast Systems Technology. Programme ambitieux, mais qui semble être réaliste si l'on en juge par la prestigieuse liste des clients et les investissements faits par les Venture Capitalist depuis la création de la société.

Celle-ci est fondée en Australie par Graham Hellestrand, avant d'être transférée dans la Silicon Valley au début des années 2000, terrain plus propice au développement d'outils de conception de systèmes électronique et à la recherche d'investisseurs. Un bon choix puisque la société a réuni entre 30 et 40 millions de dollars en trois tours de table, dont le dernier a eu lieu en juillet dernier. Ce qui a permis à la société d'embaucher une centaine de personnes, dont plus de 60 % sont en R&D, et d'ouvrir des filiales en Europe, à Grenoble et à Munich, et au Japon. Même si la société ne publie pas de chiffres, elle n'est pas encore publique, on peut estimer son chiffre d'affaires à une douzaine de millions de dollars et envisager une entrée en bourse début 2009.

Le concept technologique de Vast Systems Technology est simple : proposer aux intégrateurs de systèmes électroniques embarqués des plates-formes virtuelles, homologues de leurs équipements, fonctionnant en temps réel. Cela rompt avec le cycle habituel de conception où l'on développe un prototype du matériel sur lequel on peaufine le développement du logiciel. On peut ainsi mener de front le développement du matériel et du logiciel, voire optimiser ou modifier l'architecture même de l'ensemble, avant de passer à la réalisation physique. L'objectif étant bien entendu de réduire le cycle et les coûts de développement.

L'automobile très réceptive

« L'automobile est très sensible à cette approche, tant au niveau des constructeurs, tels Toyota ou BMW, que des équipementiers tels Delphi ou Denso. Et il ne s'agit plus pour eux d'évaluer la technologie, mais de l'adopter en production. Ainsi Toyota a décidé de l'utiliser pour le développement des systèmes embarqués qui équiperont ses modèles entre 2010 et 2014 », explique Alain Labat. Un message que les fournisseurs de ce secteur ont bien compris puisque 4 des 5 plus importants (Freescale Semiconductor ; Renesas ; Nec ; Infineon) ont déjà adopté l'approche de Vast Systems Technology.

Rien de bien étonnant à cela quand on sait que nos voitures intégreront 100 millions de lignes de code en 2010 et que l'électronique représentera alors plus de 40 % de leur valeur. Une gageure car aujourd'hui près d'un tiers des pannes provient des systèmes électroniques embarqués. A moins de vouloir commercialiser des voitures statiques, les constructeurs automobiles ont donc de sérieux progrès à faire et tous les outils pouvant les aider à concevoir et valider des systèmes embarqués fonctionnant mieux sont les bienvenus.

« Le plus souvent nos outils viennent d'ailleurs remplacer des outils propriétaires qui avaient été développés en même temps que les premiers systèmes embarqués et qui malgré des développements constants ne pouvaient plus suivre l'évolution de la technologie », constate Jeff Roane, VP of Marketing de Vast Systems Technology.

Un complément du Model Based Development

Cette approche de "virtualisation" est largement complémentaire du "Model Based Development" cher à The MathWorks, dont le logiciel MatLab est un véritable standard, notamment dans le monde automobile. « Par contre, MatLab ne modélise pas le CPU et donc son comportement réel. Ainsi, par exemple, personne ne peut connaître le fonctionnement à pleine charge d'une unité de contrôle multi-coeurs avant que la conception des microcontrôleurs soit achevée. C'est pourquoi nous sommes complémentaire, car nous pouvons inclure le modèle virtuel du CPU dans MatLab et assurer la conception simultanée du matériel et du logiciel, tout en restant indépendant de la technologie de fonderie qui sera finalement utilisée », précise Jeff Roane.

Mais Vast Systems Technology n'est pas le seul acteur du marché de la "virtualisation". Le leader est VMware du groupe EMC², une société fondée en 1998, qui réalise aujourd'hui un chiffre d'affaires de l'ordre du milliard de dollars. La mise en vente de 13 % du capital de VMware cet été a permis de valoriser la société aux alentours de 40 B$. De quoi exciter l'appétit des boursiers et l'intérêt des analystes, d'autant plus que VMware connaît une croissance bien plus rapide que celle de Microsoft à ses débuts.

« Certes, nous sommes tous deux sur le marché de la "virtualisation", mais avec des approches différentes », constate Alain Labat. « Alors que VMware l'utilise pour accroître l'utilisation et la flexibilité des serveurs, nous l'utilisons pour faciliter la conception et le développement du logiciel de manière indépendante du matériel, en créant des plates-formes virtuelles. De plus, notre technologie brevetée nous permet de fournir une précision similaire à celle de la simulation RTL, mais en conditions réelles de fonctionnement ».

Autant dire que les fournisseurs de technologie misent sur la "virtualisation". Ainsi Renesas a-t-il récemment présenté une "Road-Map" de son offre pour les années 2007 à 2015 à destination du marché automobile, où il annonce officiellement qu'il prévoit de proposer à ses clients des modèles Vast ST en même temps que ses composants.

Reste que beaucoup d'utilisateurs préfèrent rester très discret sur l'utilisation réelle qu'ils font des outils de Vast Systems Technology. « C'est bien souvent vital pour eux et cela leur permet aussi de réduire de manière drastique leurs cycles et leurs coûts de développement. Un de nos clients nous a par exemple confié avoir économisé 110 M$ sur un projet grâce à notre technologie. Vous comprendrez donc qu'ils souhaitent garder l'anonymat ».

Si cette approche "virtualisation" est très en vogue dans le domaine automobile, 60 % des revenus de Vast Systems Technology, d'autres secteurs, tel que l'électronique grand public, sont aussi très demandeurs. Ainsi Canon a par exemple utilisé sa première plate-forme virtuelle dès 2006. « Notre prochaine cible sera le monde de l'aéronautique, dès que nous aurons mené à bien les discussions avec IBM autour de son PowerPC, qui règne en maître dans ce secteur », conclu Alain Labat.

A la semaine prochaine.

Pour en savoir plus : http://www.vastsystems.com

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 26 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.

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