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Vaccins Covid-19 : Pourquoi les scientifiques sont confiants... malgré la pause de l'essai d’AstraZeneca

Xavier Boivinet

Mis à jour le 09/09/2020 à 18h54

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Vaccins Covid-19 : Pourquoi les scientifiques sont confiants... malgré la pause de l'essai d’AstraZeneca

Entré en phase 3 d'essai clinique au mois d'août dernier, le vaccin d'AstraZeneca est développé en partenariat avec l'Université d'Oxford.

© Youtube / Capture d'écran / University of Oxford

L'optimisme est de mise quant à la mise au point d'un vaccin contre le Covid-19. La mise en pause de l'essai clinique d'AstraZeneca, annoncée le 8 septembre, ne doit pas faire oublier que les connaissances acquises sur le Sars-CoV-2 et sur la réponse immunitaire qu’il induit sont très encourageantes. Trois immunologistes français de Pasteur, Necker et du CNRS l'expliquent pour Industrie & Technologies.

L'optimisme reste de mise. La mise en pause annoncée le 8 septembre par AstraZeneca de l’essai clinique de phase 3 portant sur son vaccin contre le Covid-19 en raison de la survenue d’une « maladie inexpliquée » chez un participant n'y change rien. Certes ce candidat vaccin développé par le géant britannique avec l’université d’Oxford est l’un des plus avancés, mais il est loin d'être le seul.

Un récent recensement effectué par Nature comptabilise 321 candidats vaccins contre le Covid-19 actuellement en développement dans le monde. 33 sont en essai clinique, dont 6 déjà en phase 3. Surtout, au-delà du nombre, les connaissances acquises sur le SARS-CoV-2 et sur la réponse immunitaire qu'il induit sont très encourageantes.

Bonne réponse immunitaire

« Je suis optimiste dans la mesure où ce virus n’est pas très complexe et la réponse immunitaire est globalement plutôt bonne et rapide chez les personnes infectées, sauf chez celles qui sont immunodéficientes évidemment », résume Claude-Agnès Reynaud, directrice de recherche au CNRS et immunologiste. Il a en effet été constaté qu’il était facile pour l’organisme de produire des anticorps qui ont une capacité neutralisante.

Qu'en est-il des mutations constatées sur le Sars-CoV-2 ? Pourraient-elles rendre inefficace demain le vaccin développé contre les souches actuelles ? Pas d’inquiétude pour le moment, assure Olivier Schwartz, responsable de l'unité Virus et immunité à l'Institut Pasteur : « Il est normal de muter pour un virus à ARN. Il n’y a rien d’alarmant pour le développement des vaccins pour l’instant. Les mutations ne semblent pas plus dangereuses et ont l’air tout aussi neutralisables que les virus antérieurs, avec les mêmes anticorps. »

Quant aux cas évoqués de réinfection : signifieraient-ils que la protection conférée par un vaccin serait très éphémère ? Interrogé sur le cas décrit le 25 août par la revue Clinical Infection Diseases d'un patient hongkongais de 33 ans infecté une deuxième fois par le Sars-CoV-2 quatre mois et demi après une première infection, Simon Fillatreau, immunologiste et infectiologue à l’Institut Necker Enfants Malades, se veut rassurant.

« Ce n'est malheureusement pas totalement surprenant dans la mesure où nous savons que la réponse de protection contre les coronavirus peut ne pas être très durable », indique ce spécialiste  qui travaille sur la réponse immunitaire mémoire après une infection Covid-19 dans le cadre du projet Memo-Cov-2 avec Matthieu Mahévas de l'hôpital Henri Mondor à Créteil.

L'espoir d'une mémoire immunitaire améliorée par le vaccin

Les scientifiques ont en effet établi que les anticorps circulants produits à l’issue d’une première infection et qui empêchent une seconde de survenir ne subsistent dans l’organisme que de quelques semaines à quelques mois. « Il semblerait qu’au bout de trois mois, la moitié des anticorps aient disparu », observe M. Schwartz.

Claude-Agnes Reynaud met toutefois en garde contre les généralisations hâtives à partir d’un cas isolé de réinfection : « Il s’agit du seul cas décrit et publié. En biologie, un cas exceptionnel est toujours possible mais ne sera pas représentatif du grand nombre. Toute la question est de savoir quelle va être la tendance générale. »

Même s’il se confirmait que la protection induite suite à une infection naturelle n’était pas durable, les chercheurs espèrent de toute façon créer avec leurs vaccins une mémoire immunitaire « améliorée ». En effet, une infection naturelle suscite rapidement une première réponse : l’immunité innée, dont le but est de détruire au plus vite les cellules infectées, sans laisser le temps à la mémoire immunitaire de se développer au contact du virus.

L’idée du vaccin est de limiter cette réponse innée pour laisser le temps à la mémoire immunitaire de se mettre en place, souligne Mme Reynaud : « Plutôt que d’être dans une réaction de survie où il faut éliminer rapidement les cellules infectées et le virus, un vaccin présente au système immunitaire un élément étranger dans un cadre non dangereux, ce qui lui laisse le temps de développer une mémoire immunitaire. » L’équilibre entre réponse forte et faible est toutefois subtil, nuance M. Schwartz : « Si c'est trop paisible, le système immunitaire ne réagit pas suffisamment. »

Une durée de protection vaccinale encore à déterminer

Quant à la durée espérée de la protection induite par le vaccin, difficile de se prononcer pour l’instant. « C’est trop tôt pour le dire », admet M. Schwartz. « Un vaccin qui protègerait deux ou trois ans améliorerait largement la situation par rapport à aujourd’hui et suffirait peut-être pour arrêter la propagation du virus », ajoute Mme Reynaud.

La durée de la protection d’un vaccin dépendra en partie de la technologie employée. Vaccin à ADN, à ARN, à base de protéines virales, de virus atténué ou inactivé, ou enfin à base de vecteur viral : plusieurs technologies sont employées parmi les candidats vaccins à l’étude.

S’il travaille sur trois technologies différentes, l’Institut Pasteur croit beaucoup à son vaccin utilisant le virus de la rougeole en guise de vecteur. Car au-delà de l’antigène présenté au système immunitaire, la manière de le présenter compte également. Or le vaccin contre la rougeole élaboré à partir du virus induit une mémoire immunitaire à vie. En le modifiant pour qu’il emporte du matériel génétique capable de synthétiser la protéine « Spike » du Sars-CoV-2, qui sera présentée au système immunitaire, la mémoire induite pourrait bien être pérenne. Mais seul l’essai clinique en cours le dira. Celui-ci vient de débuter sa phase 1.

De bons choix aux départ et des industriels en ordre de marche

La course au vaccin contre le Covid-19 ayant été lancée très rapidement après la découverte du Sars-CoV-2, les découvertes sur les propriétés de ce coronavirus - jusqu'alors inconnu - et la réponse immunitaire induite auraient pu ébranler les choix effectués au départ. Ce n’est pas évident aujourd'hui, selon M. Fillatreau : « Les choix initiaux étaient raisonnables, aussi bien sur le ciblage de la protéine Spike que sur les technologies utilisées. Je pense que les équipes ne feraient pas autrement aujourd’hui. Mais peut-être que les connaissances que nous acquerrons sur la réponse contre ce virus dans les mois à venir apporterons un autre point de vue. »

De plus, dire qu’on ne connaissait rien de ce virus n’est pas tout à fait vrai selon lui : « Nous avions des connaissances sur les autres coronavirus, notamment le Sars-CoV-1 et le MERS », ajoute-t-il.

Si la possibilité de mettre au point un vaccin efficace à terme ne semble pas faire de doute à l’heure actuelle, la question du « quand » reste entière. Avant l’élection présidentielle américaine, comme le veut Donald Trump ? Fin 2020 ? Au premier semestre 2021 ? Plus tard ?

La mise en pause de l’essai clinique d’AstraZeneca montre deux choses : que des retards peuvent survenir à cause d’événements inattendus, même dans la dernière ligne droite, et que la mise à disposition précipitée d’un vaccin qui ne serait pas allé au bout de son processus de validation peut présenter des risques.

Même si les essais cliniques n’ont pas livré leurs résultats définitifs, les industriels se préparent néanmoins à produire en masse. Sanofi et GSK ont par exemple annoncé récemment l’augmentation de leurs capacités de production pour fabriquer jusqu’à un milliard de doses en 2021.

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