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Vaccin contre le Covid-19 : la recherche tous azimuts et en ordre dispersé

Xavier Boivinet

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Vaccin contre le Covid-19 : la recherche tous azimuts et en ordre dispersé

Le vaccin développé par l'Université d'Oxford est entré en essai clinique de phase I le 23 avril dernier.

© Capture d'écran Youtube / University of Oxford

De gros moyens, des délais raccourcis, un large éventail de technologies mises en oeuvre, plusieurs essais cliniques en route… La course au vaccin contre le Covid-19 est bien engagée et tout est fait pour maximiser les chances de succès. Mais des incertitudes demeurent, tout comme l'esprit de compétition.

Alors que Moderna Therapeutics a dévoilé des premiers résultats intermédiaires en début de semaine concernant son vaccin contre le Covid-19, six autres candidats vaccins sont déjà en phase d’essai clinique chez l’humain selon le Milken Institute. Le groupe de réflexion en recense 140 en cours de développement avec un large éventail de technologies. De quoi multiplier les chances de succès.

Espoir et prudence

Présenté comme un outil essentiel pour lutter contre la pandémie de Covid-19, voire la solution ultime pour s’en débarrasser, le vaccin efficace et accessible à tous verra-t-il le jour ? S’il n’existe actuellement aucun vaccin contre aucun coronavirus chez l’humain, les scientifiques ont bon espoir.

D’abord parce que les mutations du SARS-CoV-2, responsable du Covid-19, semblent avoir peu d’impact pour les développements de vaccins : « Jusqu’à présent, les zones impliquées dans la virulence ou l'attachement du virus à la cellule semblent muter assez peu et de façon non-significative biologiquement, indique Jean Lang, vice-président associé recherche et développement chez Sanofi Pasteur. Selon les données scientifiques actuelles, une seule souche dominante circule et devrait suffire pour créer un vaccin capable de neutraliser les différentes variantes du SARS-CoV-2 observées. »

M. Lang invite toutefois à la prudence et à l’humilité : « Est-ce que cela sera toujours vrai dans un an ? Nous ne savons pas. Est-ce qu'une mutation du virus l’atténuera totalement, rendant le vaccin non-nécessaire ? Nous ne savons pas non plus. »

Des travaux au pas de course

Ensuite, parce que les efforts sont concentrés et les travaux menés au pas de course. Le temps de développement de « 12 à 18 mois » annoncé amènerait à une disponibilité au deuxième semestre 2021. Un délai record, sachant que mettre au point un vaccin prend généralement plusieurs années.

Les premiers vaccins à être entrés en essai clinique de phase I sont aussi les plus innovants. Moderna Therapeutics a ouvert le bal le 16 mars avec sa technologie à base d’ARN messager (ARNm). Peu de temps après, le vaccin à ADN d’Inovio Pharmaceuticals entrait lui aussi en phase clinique. Il s’agit de deux technologies à base d’acides nucléiques (ADN, ARNm). Si aucun vaccin de ce type n’a encore été autorisé chez l’humain, ils ont un point fort : leur réactivité. Une fois le génome du virus connu, quelques semaines suffisent pour obtenir un candidat vaccin. Une incertitude demeure : leur capacité à induire une réponse immunitaire suffisante.

Les Etats-Unis mènent la course

Sous la coordination de la Commission européenne, une coalition internationale tente de se mettre en place pour développer un vaccin qui serait « mis à disposition à l'échelle mondiale à un prix abordable ». Mais cela se fait sans les Etats-Unis, et avec l’appui timide de la Chine. Le 4 mai, une levée de fonds menée par la Commission européenne a permis de récolter 7,4 milliards d’euros (Md€) de promesses de dons et de prêts. Les Etats-Unis n’ont ni participé, ni réagi. La Chine a promis 46 millions d’euros (M€), contre 1 Md€ pour la Commission européenne, 762 M€ pour le Japon, 552 M€ pour le Canada, 525 M€ pour l’Allemagne et 510 M€ pour la France, qui a abondé sa participation en promettant 1 Md€ supplémentaires sous forme de prêts.

Visiblement partis pour faire cavalier seul, les Etats-Unis sont les plus avancés vers un vaccin. Non seulement ont-ils lancé le premier essai clinique – celui de Moderna Therapeutics – mais ils regroupent également le plus de de travaux. Le 8 avril 2020, des membres de la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (Cepi) ont rapporté dans Nature que 46 % des vaccins candidats contre le Covid-19 recensés dans le monde sont développés en Amérique du Nord. La Chine et l’Europe viennent ensuite avec 18% des projets chacun. Le reste de l’Asie (hors-Chine) et l’Australie regroupent le reste.

« Bien commun » ou priorité aux investisseurs ?

Associé à l’Autorité américaine pour la R&D avancée dans le domaine biomédical (Barda) dans la recherche d’un vaccin, Sanofi Pasteur a d’ailleurs déclaré à Bloomberg le 13 mai que les Etats-Unis « auraient droit à la plus grosse précommande dans la mesure où ils ont investi en prenant des risques ». Le laboratoire français a toutefois précisé à Reuters « travailler avec les autorités européennes pour faciliter l’accès à un éventuel vaccin contre le coronavirus en Europe ».

Tout cela, bien sûr, sous réserve que les développements de Sanofi Pasteur aboutissent. Deux vaccins sont à l’étude. A base de protéines, le premier « devrait entrer au stade des essais cliniques au deuxième semestre 2020 et, en cas de succès, être disponible au deuxième semestre 2021 », précise un communiqué. Il est développé avec le britannique GlaxoSmithKline (GSK) qui fournira des adjuvants pour amplifier la réponse immunitaire. L’autre technologie sur laquelle mise la branche vaccin de Sanofi est de type ARNm, en partenariat avec Translate Bio. « Nous prévoyons d’entrer en phase clinique à la fin de l'année », déclare M. Lang.

En France toujours, l’Institut Pasteur travaille sur une technologie à base de vecteur viral utilisant le vaccin contre la rougeole. Développé en partenariat avec l’Université de Pittsburgh (Etats-Unis) et l’entreprise Themis, il devrait passer en phase d’essai clinique début juillet 2020.

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