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A l'université de Liège, « nous allons tester au Covid-19 30 000 étudiants et personnels chaque semaine par RT-PCR salivaire », clame Fabrice Bureau

Kevin Poireault

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A l'université de Liège, « nous allons tester au Covid-19 30 000 étudiants et personnels chaque semaine par RT-PCR salivaire », clame Fabrice Bureau

© Université de Liège

Ce lundi 28 septembre, l’université de Liège (ULiège), en Belgique, commencera à tester chaque semaine ses 30 000 étudiants et membres du personnel. Un dépistage massif du Covid-19 qui s'appuie sur des tests RT-PCR sur prélèvements salivaires et non naso-pharyngés. Fabrice Bureau, vice-recteur de l’université de Liège, explique à I&T, pourquoi cette stratégie, toujours écartée en France, est la plus efficace pour identifier les personnes infectées.

I&T : A partir de lundi prochain, l’université de Liège testera chaque semaine ses 30 000 étudiants et membres du personnel. Comment allez-vous faire ?

Fabrice Bureau :
Nous allons tester tous les membres du personnel et tous les étudiants de l'université chaque semaine, soit 30 000 personnes, à raison de 6 000 personnes par jour ouvrable. Un dépistage massif rendu possible grâce aux kits d’auto-prélèvement salivaire que nous avons conçus nous-mêmes en juin dernier. Le but est de mieux gérer, en temps réel, la propagation du virus à l'intérieur de notre campus afin de mener des actions rapides et locales, comme la fermeture d'une section, plutôt que des actions globales qui nous obligeraient à fermer les portes de l'université dans son ensemble.

Comptant parmi les cinq laboratoires de la plate-forme fédérale belge de dépistage du covid-19 mise en place en mars, nous faisons des tests RT-PCR classiques – prélèvement grâce à des écouvillons naso-pharyngés, puis inactivation du virus, extraction de l'ARN et enfin PCR au laboratoire, le tout de manière individuelle. A ce jour, nous avons testé 300 000 personnes avec cette méthode. Mais nous nous sommes vite rendu compte que l’on rencontrait des problèmes logistiques assez importants avec ces tests, ce qui nous a décidés à nous tourner vers l’aternative des tests salivaires.

La France vient pourtant, par un avis de la Haute autorité de santé (HAS), d’éliminer ces derniers comme solution de dépistage massif car ils seraient trop peu sensibles sur les asymptomatiques…

J’ai vu cela et j’étais très étonné de cette décision… Le gros problème que l'on rencontre aujourd'hui est de repérer les patients asymptomatiques. Dans une stratégie de dépistage massif, où le but est de trouver le plus de cas positifs possibles, utiliser des tests naso-pharyngés pour chercher les cas positifs dans la population d'asymptomatiques est voué à l'échec.

D'une part des personnes asymptomatiques se prêteront plus difficilement à ces prélèvements fastidieux et douloureux et, d'autre part, on manquera de médecins pour les faire, car le prélèvement invasif et l’étape d’inactivation du virus les mettent en danger en les exposant potentiellement à des particules virales. Il vaudrait bien mieux proposer un test facile et moins risqué qui pourra donc être plus pratiqué en masse. En cela, le test salivaire est donc bien meilleur que le naso-pharyngé.

Quant aux patients symptomatiques, pour lesquels il est maintenant possible, en France, de faire des tests salivaires ils sont, eux, déjà dans les mains des médecins. Il n'y a donc aucune raison de ne pas les tester avec des prélèvements naso-pharyngés, qui ont une sensibilité plus élevée que les prélèvements salivaires.

Les tests salivaires semblent quand même moins performants. N'est-ce pas rédhibitoire ?

Tout d’abord, les tests salivaires ne sont peut-être pas si peu sensibles que l’avance la HAS française. Les résultats préliminaires de l'étude Covisal qui ont été présentés ne concordent pas du tout avec les nôtres. Avec les quatre autres laboratoires de la plate-forme fédérale belge, nous avons réalisé une étude en juin sur 5 000 personnes pour comparer la sensibilité des deux types de prélèvements : le naso-pharyngé a atteint 80% de sensibilité et le salivaire, 60%. Il y a bien sûr toutes sortes de publications à ce propos. Une nouvelle publication vient d’ailleurs de sortir, affirmant que les tests salivaires sont mêmes plus sensibles que ceux réalisés avec des écouvillons naso-pharyngés...

Dans tous les cas, je pense qu'il vaut mieux déployer un test un peu moins sensible que l'on réalise sur beaucoup de gens qu'un test très sensible qu'on ne peut faire que sur peu de gens. Pour convaincre les autorités de l'université de Liège, j'ai exposé le calcul suivant : supposons que l'incidence de la maladie soit de 1%. Nous sommes 30 000 personnes, ce qui signifie qu'il y aurait 300 cas positifs - il faut donc les trouver. N'utiliser que les écouvillons naso-pharyngés pour tester 30 000 personnes localement en une semaine, vous pouvez demander à n'importe quel médecin, c'est impossible. Admettons que, par miracle, on arrive à tester 10 000 personnes. Puisque l'incidence est de 1% et que la sensibilité du test naso-pharyngé est de 80%, on pourra trouver 80 personnes positives. En revanche, si on met en œuvre des tests salivaires, avec une sensibilité de 60%, sur les 30 000 personnes, on pourra trouver 180 personnes positives. C'est mieux !

Vous avez confectionné un kit de prélèvement maison. Qu’a-t-il de spécial ?

Ce kit permet d’éviter l'intervention du personnel médical lors des phases de prélèvement et d’inactivation du virus. Grâce à lui, le patient réalise ces deux tâches lui-même. Il est constitué d'un tube, sur lequel on place un adaptateur. Sur cet adaptateur, on visse un entonnoir intelligent qui permet de prélever la quantité optimale de salive pour faire un test de ce type, soit 1,5 millilitre selon nous. Ensuite, on enlève l'entonnoir et on le jette. Sur le même adaptateur, on visse un bouchon qui contient le liquide d'inactivation, un réactif qui contient notamment une molécule, l'isothiocyanate de guanidinium. Dans l'adaptateur, il y a un petit couteau qui, quand on visse le bouchon, perce son opercule afin de libérer le liquide d'inactivation et de le verser dans le tube, avec la salive.

En plus, nous faisons du pooling, c'est-à-dire que nous testons des mélanges de 6 prélèvements salivaires pour gagner du temps et économiser de l'argent. Pour ce faire, nous rassemblons un ensemble de six échantillons dans un seul tube, dans lequel nous procédons à une seule PCR. Si la PCR est négative, nous estimons que les six personnes sont négatives. Si elle est positive, nous prélevons à nouveau, individuellement cette fois, un échantillon de salive dans les tubes de chacun des six patients pour faire une PCR individuelle pour chacun et savoir qui était positif.

Serez-vous complètement opérationnels dès lundi ?

Oui ! Une semaine après avoir commencé à développer le protocole en juin, nous avions les plans 3D du dispositif, puis nous avons déposé le brevet. Ensuite, il a fallu développer des moules et trouver les injecteurs pour l'injection plastique. Nous avons ensuite mis sur pied une petite usine de conditionnement où les bouchons sont remplis du liquide d'inactivation puis sont scellés et empaquetés avec la notice. Tout cela nous a pris deux mois et demi, mais aujourd’hui, nous sommes prêts.

Nous avons déjà testé un peu moins de 1 000 personnes. Notamment des équipes du Tour de France, qui cherchaient des résultats rapides et nous ont demandé de l'aide - chose apparemment impossible en France.

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