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Usine : donnez une seconde vie à vos déchets

THOMAS BLOSSEVILLE tblosseville@industrie-technologies.com

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Il n'est plus possible de produire sans se soucier des déchets générés par l'usine. Dans les ateliers, la gestion des détritus et chutes de production prend une ampleur inédite. Les évacuer à moindre coût ne suffit plus. Une vraie organisation se met en place avec une obsession : recycler tous les déchets.

Un service recyclage dans chaque usine ? Pourquoi pas, tant la chasse aux gaspillages est devenue la règle d'or dans les ateliers. A priori, la gestion des déchets apparaît souvent comme une contrainte. Mais tôt ou tard, il faut les évacuer. Alors autant maîtriser leur flux et en tirer parti. Voire profit. En s'y attelant, Tryba, fabricant de fenêtres, a réalisé une économie annuelle de plus de 100 000 euros.

Détritus, rebus, chutes de production... Comme lui, des industriels traquent et trient leurs déchets avec un objectif : en finir avec la mise en décharge. Ils optent pour le recyclage ou, à défaut, la valorisation comme combustible. Levée de rideau sur leurs secrets pour valoriser tous leurs déchets.

1-Mobilisation générale

Les opérateurs sont les yeux et les mains du service environnement. Leur rôle est triple : évidemment respecter les consignes de tri, alerter en cas de problème et proposer des axes de progrès. « Pour les convaincre, l'encadrement doit montrer l'exemple en ramassant les déchets qui traînent », prévient Jean-Louis Desmedt, responsable fabrication d'Ecover, fabricant de produits d'entretien. « Le cercle devient vertueux quand les opérateurs prennent le relais pour corriger leurs collègues. »

Si la rigueur est le maître-mot, la pédagogie reste un passage obligé. Et elle s'organise. Chez Salm, fabricant des cuisines Schmidt, chaque opérateur est instruit sur la politique environnementale du groupe. « C'est l'occasion d'insister sur la part prépondérante des déchets dans notre empreinte environnementale », précise Yann Favry, son responsable développement durable. Même démarche chez Carrier, le fabricant de climatiseurs. Patrick Manus, technicien environnement, y délivre à chaque opérateur une formation de deux heures : « je dresse un parallèle entre leur travail et leur quotidien chez eux, où ils trient déjà leurs déchets », explique-t-il.

Pour entretenir cette dynamique sur la durée, deux rendez-vous sont incontournables. Le premier, en comité restreint, réunit directeurs industriels, responsables techniques, responsables environnement, représentants des ateliers... Ces chefs d'orchestre évaluent régulièrement l'avancée du plan d'action, le budget disponible... En complément, un second rendez-vous cible plutôt les opérateurs. Chez Tryba, par exemple, il prend la forme d'une animation hebdomadaire de vingt minutes. Les chefs d'ateliers y parlent alternativement de qualité, de sécurité et d'environnement.

2-La fin des gaspillages

Le message prioritaire à transmettre ? Le meilleur déchet est celui qui n'existe pas. Derrière cette lapalissade, se cache une vraie organisation. Identifiez d'abord la source des déchets. Si elle est interne, optimisez vos procédés. « Nous avons réduit de 25 % nos chutes de production. Simplement en utilisant des barres en PVC de 5 mètres de long, au lieu de 6,5 », souligne Didier Marx, directeur industriel de Tryba.

Dans l'usine, les déchets se cachent partout. Alors traquez-les ! Dans un coin de son site d'Onnaing-Valenciennes, Toyota achetait des sacs poubelles. Ailleurs, il recevait sa boulonnerie dans des sacs plastiques... qu'il jetait. Le constructeur a créé un circuit interne pour réutiliser ces sacs plastiques comme sacs poubelles. Autant de déchets en moins.

Autre exemple, le fabricant d'équipements sanitaires SAS recycle en interne 95 % de ses chutes plastiques. Il les récupère au pied des presses à injecter pour les broyer. Ou encore, chez Salm, les chutes des panneaux de particules alimentent une chaudière. L'usine est autonome en chauffage. Et même excédentaire : elle revend comme combustible les plus gros morceaux de bois, à quatre euros la tonne, à un fabricant de panneaux de particules.

Autre grand gisement d'économie : les emballages. Chez Carrier, les pièces provenant des fournisseurs sont déballées dans le magasin central. Cette démarche facilite l'emploi de contenants réutilisables, comme les caisses en plastique et supports métalliques. Le fournisseur récupère les caisses vides en apportant les pleines. À condition de prendre quelques précautions : « la fonction première d'un emballage est de protéger des chocs », rappelle Hervé Fontenille, responsable environnement, hygiène et sécurité de Carrier. Si les pièces évoluent, le contenant devra aussi évoluer. Mieux vaut donc concevoir le contenant pour qu'il soit évolutif. Il devra aussi résister aux vibrations du transport. Ne lésinez pas sur sa solidité.

3-Un tri efficace et sans faille

Il restera toujours des déchets à évacuer. Pas de secret : le succès de leur gestion passe par un tri efficace. « Une connaissance fine des déchets s'impose. Nous avons réalisé un inventaire complet. Y compris les emballages des barres chocolatées mangées par les opérateurs », précise Didier Marx.

Cartographiez vos déchets par catégories, c'est-à-dire filières de retraitement, et aménagez vos ateliers pour que le tri devienne un réflexe. La solution la plus simple est d'attribuer une couleur à chaque catégorie de déchets. Installez ensuite, à chaque poste, les poubelles nécessaires. D'une à une dizaine, par exemple, chez Toyota Valenciennes. La couleur de chaque poubelle correspond à la catégorie de déchets qu'elle va recevoir.

Mais attention, « le tri fragmente les flux. Les TPE et PME n'ont pas toujours les moyens, humains ou financiers, pour organiser la logistique », prévient Jean-Michel Tourre, directeur du marché entreprises de Sita France, filiale de Suez Environnement. Selon la taille de l'usine, mieux vaut faire appel à un professionnel du tri. Au prestataire d'établir la meilleure solution.

4-Un prestataire proactif

Comment évacuer les déchets de l'usine ? Le choix du prestataire est déterminant. Vous privilégierez les entreprises locales. Pour les déchets spéciaux, interrogez votre réseau professionnel. Dans tous les cas, vérifiez attentivement les certifications du prestataire. Dans le contrat, précisez où et quand seront évacués vos déchets. Visiter leurs sites de traitement peut aussi rassurer.

Mais surtout, parmi les candidats, le choix se fera sur l'offre de service.

Pour trier et évacuer vos déchets, le prestataire ne doit pas se contenter de fournir des moyens (poubelles et camions). Mais plutôt une solution complète. Plusieurs points peuvent faire la différence. Le prestataire va-t-il générer des idées pour réduire vos quantités de déchets ? Va-t-il vous assister dans le suivi de la matière ? Son bilan environnemental est à étudier. Ses camions sont-ils électriques ? Pour réduire les volumes de déchets transportés, pratique-t-il le compactage ? Pour le savoir, négociez des essais, sur des durées plus ou moins longues suivant la quantité - et la fréquence - de déchets générés. Vous jugerez alors si le prestataire vous aide à vous améliorer.

5-L'amélioration continue

Personne n'est parfait. « Mais à partir du moment où l'on mesure les résultats, on cherche à progresser », constate Christian Coutin, directeur développement durable de Seb. Vos deux indicateurs de base : le pourcentage de déchets (par rapport au volume de production) et le taux de recyclage.

Sur chaque sac-poubelle, Toyota Valenciennes dispose d'un code-barres. Un système de lecture optique lui restitue la quantité de déchets générés par catégorie et par zone. Cette méthode fournit chaque mois des bases de données poussées, que Toyota exploite pour s'améliorer. Cette approche rigoureuse lui permet, si besoin, de ressortir les statistiques des cinq dernières années. Par exemple pour créer de nouvelles filières de valorisation ou former les opérateurs en ciblant précisément l'endroit où les déchets sont générés.

Mais les chiffres sont parfois trompeurs : ils peuvent varier parce que votre activité a changé. C'est le cas, par exemple, si vous fabriquez un nouveau produit. « Ne vous contentez pas des pourcentages. Allez voir pourquoi ils évoluent », préconisent Christian Coutin, de Seb. C'est sur le terrain que vos détritus et chutes de production deviendront des ressources.

VOLUME

L'industrie française produit chaque année 26 millions de tonnes de déchets selon le gouvernement.

Pourquoi s'en préoccuper ?

La gestion des déchets industriels est une activité réglementée. Mais d'autres arguments justifient de s'y intéresser. Des raisons environnementales (pour une certification Iso14000 par exemple), économiques et industrielles. Dans l'usine, les volumes de déchets forment un indicateur simple et tangible de la gestion des matières, donc de la performance des procédés. Un moyen de responsabiliser, d'impliquer et de mobiliser les opérateurs dans l'organisation de l'usine, à condition de fonder la démarche sur la formation, le dialogue et la récompense. Pourquoi ne pas commencer par féliciter l'opérateur quand il a correctement trié ses déchets ?

« Une organisation en flux tendu »

ARNAUD TISON INGÉNIEUR PRODUCTION ASSEMBLAGE DE TOYOTA ONNAING VALENCIENNES

« Notre usine assemble la Toyota Yaris. Pour les déchets industriels, nous essayons de travailler en flux tendu : aucun stock ni sur les lignes, ni dans la déchetterie. Pour chaque voiture produite, sont générés 164 kg de déchets, dont 145 kg d'acier d'emboutissage. Tout est valorisé. Les pièces de la Yaris arrivent emballées, mais les contenants sont réutilisables et repartent chez les fournisseurs. Nous broyons nos chutes de plastiques, compactons le papier, le carton... Pour un site de 16 hectares et 3 000 salariés, notre prestataire dispose en permanence de deux personnes sur place. Dans une usine de montage comme la nôtre, il existe déjà beaucoup de flux de matières et de pièces. Les opérateurs connaissent ces flux mieux que personne. Il faut les associer à la gestion quotidienne des déchets. »

Définir un indice de rachat

« Les coûts de collecte et de traitement des déchets sont fixes. Mais impossible de prévoir à cinq ans l'évolution du tarif de rachat », signale Jean-Michel Tourre, directeur du marché entreprises de Sita France. Le cours des matières fluctue. À un instant donné, le prestataire peut garantir leur valorisation au meilleur prix. Pas prédire son évolution. « Le plus communément accepté est de s'accorder, dès le départ, sur un indice de rachat. Il dépend de la qualité et de l'homogénéité de la matière », conseille Jean-Michel Tourre. Selon les cours, l'industriel peut en tirer ou non un revenu. La priorité est de réduire les coûts de traitement en baissant les quantités de déchets produites et en identifiant les bonnes filières de valorisation. N'hésitez pas à poser des questions aux prestataires. Leur offre doit évoluer en fonction de tous les paramètres.

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