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Urgo se donne les moyens de ses ambitions

Nadège Aumond

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- Pour poursuivre son développement international dans le soin et le traitement des plaies, Urgo mise sur son nouveau site industriel.

Urgo a doublé ses effectifs et son chiffre d'affaires en six ans. L'entreprise familiale est devenue, en peu de temps, numéro deux en Allemagne et numéro cinq en Grande-Bretagne. Elle entend aujourd'hui passer à la vitesse supérieure. Déterminé à prendre rapidement la tête du marché européen de la cicatrisation, son président et actionnaire majoritaire, Hervé Le Lous, vient ainsi d'investir 37 millions d'euros pour bâtir un nouveau site de production situé à Chevigny-Saint-Sauveur, en Bourgogne.

Recentrage et réorganisation

Trop à l'étroit dans son site historique de la rue Petitot, en plein centre-ville de Dijon, voici désormais l'entreprise à l'aise à quelques kilomètres de là, dans les 27 000 m2 de bâtiments qui s'étalent sur un terrain de près de 12 ha. Le site a été inauguré en octobre.

Ce déménagement a été l'occasion, pour Urgo, de recentrer et de réorganiser ses activités. « Nous avons supprimé nos ateliers d'injection plastique et d'imprimerie. En contrepartie, nous avons intégré le stockage et la logistique que nous sous-traitions jusqu'alors, explique Frédéric Robé, directeur industriel. Nous avons également revu l'ensemble de la production afin de gagner de 5 à 10 % de productivité. L'ancien site comportait cinq étages. La gestion des flux était vraiment trop complexe, il fallait monter des étages puis les redescendre... », indique l'industriel.

Désormais, la production est regroupée en deux grandes familles : les flux standards, qui devraient représenter les deux tiers des volumes, et les flux non-standards. Les premiers regroupent les produits de grandes séries, les seconds, les produits de niche fabriqués en petites séries. Les uns sont fabriqués dans une zone de l'atelier où le mot d'ordre est productivité, les autres dans une zone qui prône la flexibilité.

Fin décembre 2005, le volume de la production devait être équivalent à celui de l'ancienne usine, soit environ 60 000 unités par an, pour atteindre, fin 2006, 15 % d'unités supplémentaires sur le circuit standard et une réduction d'un mois et demi des temps de cycle sur le non-standard (deux mois et demi au lieu de quatre pour la mise en production d'un produit). L'usine sera alors aux deux tiers de ses capacités.

Maîtriser les livraisons et réduire les stocks

Autre point fort dans la stratégie offensive d'Urgo, ses machines. « Afin de gagner du temps et de garder la maîtrise totale de nos produits, nous développons la plupart de nos machines de fabrication. La moitié de notre parc a ainsi été conçue sur mesure par notre bureau d'études », souligne Frédéric Robé. Il faut dire que la plupart du temps, les machines disponibles sur le marché ne correspondent pas aux attentes de l'entreprise. Par exemple, les tunnels à enduction du marché ne sont pas assez flexibles et occupent beaucoup de place. L'équipe du bureau d'études est donc allée chercher du côté de l'imprimerie. Elle a, en codéveloppement, transposé aux pansements une technologie adaptée au papier. Résultats : des gains de place (division du volume d'un facteur 4), de vitesse et d'énergie. Sans compter que ce tunnel, doté d'une technologie par polymérisation UV, permet de travailler avec des colles thermofusibles, sans solvant, développées également en interne.

Une R&D active et une production performante, il ne restait plus à Urgo que la maîtrise de ses livraisons afin de passer de l'idée... au client. C'est chose faite avec le centre de logistique de 7 000 m2 entièrement automatisé, qui vient compléter l'usine. Les objectifs ici sont de garantir des délais de livraison inférieurs à trois jours et de réduire de 25 % les stocks de l'entreprise d'ici à trois ans. D'un côté, les 10 500 emplacements palettes et les quelque 3 000 références sont gérés de façon entièrement autonome. De l'autre, un outil de picking aide à la préparation semi-automatisée des commandes de détail destinées aux 20 000 pharmacies clientes. 1 000 à 1 500 commandes sont ainsi traitées par jour avec un taux d'erreur avoisinant les 0,2 %.

Un déménagement et une réorganisation rondement menés, est-on tenté de dire. « Tout ceci n'aurait pu se faire sans une forte implication de l'ensemble du personnel », souligne Frédéric Robé. 80 % des opérateurs ont en effet changé de poste et/ou de hiérarchie. « Nous avons cherché à impliquer tout le monde dès le départ et avons aussi beaucoup travaillé sur le thème du changement. Si tous les problèmes sont encore loin d'être résolus, nous commençons à recueillir, à travers les critiques constructives des équipes, les fruits de ce travail amont », conclut l'industriel.

Urgo semble donc tout avoir pour réussir, le spécialiste de la "bobologie", comme il se qualifie avec humour, n'a en tout cas rien laissé au hasard pour mettre toutes les chances de son côté.

L'ENTREPRISE

- 1 157 employés, dont 821 en France - 202 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2004 (+ 13 % par rapport à 2003) - 120 000 millions d'unités par an de capacité de production maximale du site de Chevigny-Saint-Sauveur (Côte-d'Or) - 3 autres sites de production : Veauche (Loire), Shepshed (Royaume-Uni) et Bangkok (Thaïlande)

ACCÉLÉRER LA R&D

- Simultanément à la mise en place de la nouvelle usine, la R&D a également été réorganisée suivant deux axes : les produits à destination du grand public (15 % du chiffre d'affaires) et ceux à destination des personnels soignants (30 % du chiffre d'affaires). - L'objectif est de ramener le développement des produits de 42 à 24 mois et de doubler les lancements de nouveaux produits, qui se situent actuellement entre trois et cinq par an. - De la recherche en amont à la remontée des idées à partir du terrain, rien n'a été oublié. Une cinquantaine de chercheurs développent ainsi de nouveaux matériaux (polymères et adhésifs) et suivent les études cliniques qui certifieront leur innocuité. - Côté terrain, l'entreprise peaufine ses outils d'innovation participatifs : en 2004, 700 idées ont ainsi été émises dont 320 portaient sur de nouveaux produits.

UN SITE FLAMBANT NEUF

- 150 machines et environ 400 personnes ont intégré, sur une période de trois mois, les 27 000 m2 du nouveau site de production (20 000 m2 dédiés à la fabrication, 7 000 m2 à la logistique) et ce sans interrompre l'approvisionnement des clients. Urgo est également la première entreprise française à avoir validé le transfert de site selon la norme ISO 14001/2004, garantissant ainsi le respect de l'environnement lors de son déménagement.

DES MACHINES SUR MESURE

- Développée en interne, cette machine fabrique les produits phares d'Urgo qui intègrent sa technologie lipido-colloïde (TLC), c'est-à-dire favorise la cicatrisation sans coller à la plaie. Elle réalise entre 20 et 25 opérations pour assembler jusqu'à sept couches différentes, collantes, grasses, extensibles, non extensibles... Un vrai casse-tête dans lequel excelle la dizaine d'ingénieurs spécialisés du bureau d'études de l'entreprise.

UN CENTRE DE LOGISTIQUE INTÉGRÉ

- Un système entièrement automatisé gère le stockage de la production dans les quelque 2 500 m2 du magasin (10 500 emplacements palettes sur 13 niveaux). Les 1 000 à 1 500 commandes journalières sont, elles, traitées en semi-automatique.

À la commande, un code-barres est édité et apposé sur un carton qui défile sur un convoyeur devant une dizaine d'opérateurs. Un contrôle final du poids permet de vérifier qu'il n'y a pas eu d'erreur.

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