Nous suivre Industrie Techno

Interview

"Une taxe carbone stimulerait l'innovation" - Bernard Bigot, CEA

© DR

Bernard Bigot est l'administrateur général du CEA, récemment rebaptisé Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives. Montée du climato-scepticisme, report de la taxe carbone, grand emprunt national... Pour Industrie & Technologies, Bernard Bigot réagit à l'actualité en traçant la nouvelle feuille de route technologique du CEA.

Des centaines de chercheurs français s'élèvent contre les climato-sceptiques comme Claude Allègre. Les soutenez-vous ?

Le changement climatique est une affaire trop sérieuse pour se borner à des querelles de personnes. Il faut assainir les échanges en revenant à des bases scientifiques comme la reproductibilité des expériences, la mise à disposition des données, la confrontation avec les pairs...
Je préconise que l'Académie des sciences organise un débat. Elle l'a fait par le passé. Mais Claude Allègre, pourtant académicien, n'était pas présent !


Quels enjeux technologiques se cachent derrière ce débat climatique ?

La France importe sous forme fossile la moitié de ses besoins en énergie primaire. Avec le nucléaire et le renouvelable, elle peut réduire ses émissions de gaz à effet de serre, tout en s'affranchissant de cette dépendance énergétique à l'horizon 2050.
Tout se joue dans les dix prochaines années. Avant 2015, il faudra 200 000 voitures électriques sur nos routes, puis autant de plus chaque année.
En 2020, les énergies renouvelables devront être largement déployées, mais à certaines conditions. Par exemple, l'énergie solaire devra être consommée près de son lieu de production pour éviter les allers-retours dans le réseau des électrons et les pertes en ligne associées.
Le solaire et les batteries pour l'automobile sont deux priorités du CEA, avec la biomasse et le stockage de l'électricité par la production massive d'hydrogène.


Ces technologies ne perceront qu'avec des innovations de rupture...

Une taxe carbone stimulerait l'innovation. Pour protéger la compétitivité française, elle doit être mise en oeuvre au niveau européen, voire mondial. Mais, pour se déployer, les solutions bas carbone doivent impérativement bénéficier d'une incitation financière.
Pour franchir des sauts technologiques, le CEA mettra l'accent sur trois axes de recherche : les nouvelles technologies de l'énergie ; les matériaux ; mais aussi l'informatique et les télécommunications. Par exemple, pour faire communiquer les batteries avec le réseau électrique.
Pour le CEA, c'est une révolution stratégique. Ces technologies évoluent très vite, tous les six mois. On est loin des échelles de temps, en décennies, du nucléaire.


Qu'attendez-vous du grand emprunt national ?

Le CEA investira cette année 150 millions d'euros dans le nucléaire du futur et 156 millions dans le renouvelable. Pour comparaison, nous consacrerons aussi, en R&D, 190 millions pour les réacteurs nucléaires actuels, pour les améliorer, les assainir, les démanteler...
Dans ce contexte, le grand emprunt est évidemment le bienvenu. Les moyens alloués permettront de prouver la viabilité économique et la fiabilité des nouvelles technologies de l'énergie. Les conditions de laboratoire sont très différentes de l'échelle industrielle. Avec le grand emprunt, nous investirons dans des démonstrateurs. A terme, un milliard d'euros devrait être attribué au nucléaire du futur.
Dans le renouvelable, le CEA sera candidat pour la création d'instituts d'excellence dans le solaire, la biomasse, la gestion et le stockage de l'électricité. 

Propos recueillis par Thomas Blosseville

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

En Espagne, la première éolienne offshore télescopique est entrée en service

En Espagne, la première éolienne offshore télescopique est entrée en service

Au large des îles Canaries, la première éolienne offshore espagnole a une particularité : elle est[…]

Le biorecyclage enzymatique prend de la bouteille

Le biorecyclage enzymatique prend de la bouteille

Chez Hydro, un tri fin pour un aluminium bas carbone

Chez Hydro, un tri fin pour un aluminium bas carbone

Mini-moteurs ioniques, piles à hydrogène, Global Industrie… les meilleures innovations de la semaine

Mini-moteurs ioniques, piles à hydrogène, Global Industrie… les meilleures innovations de la semaine

Plus d'articles