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Une première mondiale pour la nanomédecine française

Ludovic Fery

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Une première mondiale pour la nanomédecine française

La méthode de Nanobiotix emploie des particules d'oxyde d'hafnium.

© Nanobiotix

Pour la première fois, des nanoparticules vont être non plus le vecteur thérapeutique, mais le médicament lui-même dans le traitement du cancer. Et c’est une société française, Nanobiotix, qui le développe.

Les nanoparticules ont deux types d’utilisation en médecine : soit en tant que vecteurs de molécules thérapeutiques, par exemple sous la forme de liposomes ; soit comme composés servant au diagnostic de maladies, particulièrement en imagerie médicale. 

Désormais, il faudra compter avec une troisième voie, celle des nanomédicaments. La société Nanobiotix est la première à s’y lancer, via sa technologie NanoXray qui vise la destruction des tumeurs. Le but est en effet de potentialiser les effets de la radiothérapie, prescrite dans près de 60 % des cancers, à l'aide de nanoparticules. « C’est une première mondiale à deux titres, d’abord parce que nous injectons pour la première fois un tel produit chez l’homme, et ensuite parce que nous amplifions les rayonnements », a souligné Laurent Levy, directeur de Nanobiotix, ce matin lors de sa conférence de presse. 

Jusqu’ici, des molécules ont été développées pour rendre les tumeurs plus sensibles aux rayons X. Mais ces composés biologiques ne sont pas optimaux, parce qu'ils sont dégradés par l’organisme ou qu'ils intéragissent également avec les tissus sains. Nanobiotix a donc préféré s’intéresser à un matériau inerte, l’oxyde d’hafnium. A l’état de nanoparticules, cet élément aurait la propriété d’absorber une grande quantité de rayons X, et de les réémettre sous la forme d’autant d'électrons destructeurs pour les tissus à proximité.

Amplifier l'effet des rayons X

Le premier produit de Nanobiotix, NBTXR3, se destine à être injecté directement dans la tumeur du patient. Les particules d’oxyde d’hafnium, avec une forte charge négative, vont adhérer à la surface des cellules chargées positivement, s’y accumuler puis pénétrer à travers la membrane dans le cytoplasme. Dès le deuxième jour, le patient sera exposé aux rayons X, aux mêmes doses qu’une radiothérapie conventionnelle. En réalité, grâce à l'action des nanoparticules, la tumeur recevra un nombre de grays deux à trois fois supérieur.

L’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) a donné son feu vert pour le démarrage des essais cliniques. Le premier aura lieu à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif, où vingt-sept patients atteints d’un sarcome des tissus mous seront recrutés dès la fin du mois. Si l’étude doit principalement démontrer la sûreté et la tolérance au traitement, la société de nanomédecine attend évidemment, comme ce qu’elle a pu constater chez l’animal, des preuves d’efficacité. En l’occurrence, une régression de la tumeur suffisante pour procéder à une opération chirurgicale dans de bonnes conditions.

Nanobiotix prépare en même temps le développement de ses autres produits. « Nous cherchons à optimiser la taille ou l’habillage des nanoparticules pour envisager une injection en intraveineuse », a détaillé Laurent Levy. Une stratégie indispensable pour s’attaquer aux cancers profonds, comme ceux du foie ou du pancréas. Dans le même temps, le jeune directeur projette de déployer sa technologie NanoXray aux Etats-Unis. Sauf que les autorités sanitaires américaines l’ont enregistré comme médicament, quand l’AFSSAPS le considère comme dispositif médical. Une différence qui change légèrement la procédure, a admis Laurent Levy.

Ludovic Fery

Pour en savoir plus : http://www.nanobiotix.com/
 

 

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