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Une nouvelle étude relance le débat sur l'efficacité du bamlanivimab contre le covid-19

Emilie Dedieu

Mis à jour le 30/04/2021 à 15h23

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Une nouvelle étude relance le débat sur l'efficacité du bamlanivimab contre le covid-19

Les anticorps monoclonaux bamlanivimab et etesevimab du laboratoire Eli Lily agissent sur la protéine Spike du SARS-Cov-2.

© NIAID

[Mise à jour avec une réponse de la DGS] Une étude parue dans Clinical Infectious Diseases le 13 avril indique que le bamlanivimab, l'anticorps monoclonal anti-Covid-19 d'Eli Lily, réduit le risque d'hospitalisation. De quoi relancer le débat sur ce traitement controversé dont le gouvernement a affirmé avoir commandé des dizaines de milliers de doses. De quoi aussi interroger le protocole retenu en France pour son administration.

Le bamlanivimab marque des points. Une étude parue dans Clinical Infectious Diseases le 13 avril 2021 indique que cet anticorps monoclonal anti-Covid-19 d'Eli Lily réduirait le risque d'hospitalisation. De quoi relancer le débat sur ce traitement poussé par le gouvernement alors que nombre de médecins et scientifiques soulignaient le manque de preuve de son efficacité.

Olivier Véran avait annoncé le 25 février que la France avait commandé « des dizaines de milliers de doses d’anticorps monoclonaux d’une génération supérieure pour la mi-mars. »

Dans cette étude cas-témoin rétrospective menée aux Etats-Unis, les auteurs ont comparé les taux d’hospitalisation de plus de 400 patients, 218 ayant reçu une injection de bamlanivimab, et 185, non. Résultat : le taux d’hospitalisation est significativement plus faible chez les personnes ayant reçu le traitement (7,3 % contre 20 % sans le bamlanivimab).

Le pourcentage d’hospitalisation est plus élevé que dans les premières études sur ce traitement, ce qui s’explique selon les chercheurs par une représentation accrue dans la population observée de personnes âgées, ou ayant une comorbidité.

Degré de preuve inférieur à un essai contrôlé randomisé

« Les options thérapeutiques étant limitées pour les patients non hospitalisés atteints du covid-19, les anticorps monoclonaux constituent une option thérapeutique viable pour les patients à haut risque lorsqu’ils sont administrés dans les 10 jours suivant l’apparition des symptômes », soutiennent les auteurs.

Une étude cas-témoin rétrospective n’apporte cependant pas le même niveau de preuve qu’un essai contrôlé randomisé en double aveugle, ainsi que le définit la hiérarchisation de l’United States Preventive Services Task Force. De plus, la population ciblée par ce traitement aux États-Unis n’est pas la même que celle en France, les résultats ne sont donc pas immédiatement transposables d’un pays à l’autre.

Un traitement controversé

En France, l’autorisation temporaire d’utilisation (ATU) du bamlanivimab en monothérapie, promulgué par l’Agence nationale de santé du médicament (ANSM) le 22 février, a suscité beaucoup de discussion. Pour commencer, le protocole d’administration préconise l’hospitalisation des patients traités. « C’est une stratégie paradoxale, s’agace le Pr Hervé Watier, immunologue à l’Université de Tour, on donne un traitement pour éviter l’hospitalisation et l’on hospitalise parce que l’on donne un traitement. » 

De plus, l’efficacité du traitement, produit par le laboratoire Eli Lily, avait été remise en cause dans une étude clinique, publiée le 21 janvier 2021 dans le Journal of the American Medical Association. Selon l'étude, le bamlanivimab ne produit pas de réduction de la charge virale des patients, et ce, malgré différents dosages. 

La bithérapie privilégiée 

Dans la même étude, les auteurs avaient testé le bamlanivimab en association avec un autre anticorps monoclonal, l’etesevimab. Ils avaient alors observé une réduction de la charge virale. Tenant compte de ces résultats, Eli Lily a fait la dernière phase de ses tests avec les deux molécules. Le laboratoire a ainsi annoncé le 10 mars dernier dans un communiqué de presse qu'un traitement combinant bamlanivimab et d’etesevimab permettait une réduction de 87 % des hospitalisations dues au covid-19. 

Suite à cela, l’ANSM a produit une nouvelle ATU, le 16 mars, permettant l’administration de deux bithérapies à base d’anticorps monoclonaux : la combinaison de bamlanivimab/etesivimab, produit par Eli Lily, et celle de casirivimab/imdevimab, du laboratoire Roche, associé à une réduction de la charge virale dans une étude. Le bamlanivimab en monothérapie ne devient autorisé en France que dans le cas où la bithérapie est impossible. 

L'apparente contradiction de ces résultats quant à l'efficacité de traitements pourrait venir du critère retenu : « Dans les études précédentes, explique Hervé Watier, le critère observé était la charge virale. C’est facile à regarder, mais ce n’est pas le plus pertinent. Ce qui nous intéresse vraiment, c’est le nombre d’hospitalisations. » 

Si l’on regarde le taux d’hospitalisation, alors toutes les études présentent une efficacité des traitements à base d’anticorps monoclonaux, mono et bithérapie confondus. 

Un faible déploiement des anticorps monoclonaux en France

Qu’en est-il du déploiement en France de ces traitements par anticorps ? Olivier Véran avait indiqué le 25 février que 83 centres hospitaliers avaient déjà reçu des doses. Sollicitée sur cette question début la Direction générale de la santé (DGS) n’avait pas répondu. Après publication la DGS nous a ensuite indiqué que la France avait commandé plus de 85 000 doses pour les prochains mois, mais qu’il n’y avait aucun chiffre établi sur le nombre de patients ayant reçu les traitements. Tout laisse cependant à penser que ce chiffre reste faible. Ne serait-ce que parce que les conditions d’accès au traitement sont restrictives, et qu’il n’est pas disponible dans tous les Centres hospitaliers universitaires (CHU) de France. Sur les 10 des 18 CHU contactés par Industrie et Technologies qui ont répondu, seuls quatre confirment utiliser ces traitements. Ainsi, au CHU de Toulouse, sur les 660 doses reçues, seules 28 ont été administrées.

« Il faut que les patients arrivent à l’hôpital dans les 5 premiers jours après l’apparition des symptômes, avec un test PCR positif, sans présence de variant, qu’ils n’aient pas besoin d’oxygénation, et qu’ils aient un facteur de risque, comme un déficit de l’immunité ou avoir plus de 80 ans », décrit le Pr Nassim Kamar, chef de la cellule de crise du site de Rangueil, à Toulouse. 

Dans son département de néphrologie et transplantation d’organes, le traitement a pourtant fait ses preuves, comme il l’explique : « chez les patients greffés, il y a une probabilité d’environ 40 % de finir en réanimation en cas de covid-19, et une mortalité de 10 à 15 %. Chez les 16 patients immunodéprimés que l’on a traités aux anticorps monoclonaux, aucun n’a été hospitalisé. » Un chiffre qui le réjouit, en particulier pour ces patients chez qui la vaccination ne provoque pas une réponse immunitaire suffisante et à qui la DGS préconise une troisième dose de vaccin depuis le 11 avril 2021.

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