Nous suivre Industrie Techno

Une journée avec Docteur Geek

ANNE-KATELL MOUSSET akmousset@industrie-technologies.com

Sujets relatifs :

,
Le héros de cet article, appelons-le Docteur Geek, n'existe pas. C'est un médecin virtuel, condensé de « praticiens passionnés de technos » rencontrés au cours de notre enquête. Il surfe à longueur de temps, communique via Facebook avec ses patients, et organise des visioconférences avec ses collègues du bout du monde. Portrait robot d'un médecin connecté... au service du patient.

Autour de son cou, un stéthoscope numérique. Dans sa poche, un iPhone. Docteur Geek ne se sépare jamais de ces deux instruments. En marchant dans le couloir de l'hôpital universitaire, il consulte distraitement le Vidal, la bible du médicament, sur son smartphone. Il est un véritable « fana » des technos numériques. Son parcours est classique. Atari puis Nintendo ont bercé son enfance. Logique qu'en tant qu'enseignant en faculté, il forme aujourd'hui les futurs médecins à l'aide de Serious games. Ces jeux vidéo, développés à l'origine par l'armée américaine pour entraîner les militaires, plongent les étudiants dans des situations inspirées directement de cas réels. Bips incessants des capteurs, stress des minutes qui défilent... tout y est. Et les internes concentrés et vissés derrière leurs ordinateurs se prennent visiblement au jeu.

Des mannequins, plus vrais que nature

En France, c'est le laboratoire Ilumens qui participe au développement de ces logiciels en adaptant les scénarios du logiciel américain Pulse de la société Interaction Healthcare. Le Docteur Geek, en tant que cardiologue, participe fréquemment à des réunions pour imaginer et concevoir de nouveaux scripts. Prochaine étape, très attendue par le médecin, l'arrivée dans ces jeux vidéo « sérieux » de la reconnaissance vocale et du mode multijoueur pour évaluer la coordination d'une équipe en situation d'urgence.

Il est 10 h 30, le Docteur Geek entre dans une des salles du laboratoire pour diriger un cours d'un nouveau genre. Dans la pièce, une dizaine de personnes s'agite dans tous les sens autour d'un patient qui visiblement ne va pas bien. Il sue, tousse, sa tension artérielle affiche 8,5. Un médecin vient de lui poser un masque à oxygène, un autre lui fait une piqûre dans le bras. La tension remonte. Peu à peu, le patient se stabilise : le rythme cardiaque redevient régulier, et la tension retrouve un niveau normal. Tout le monde recule et se congratule « Ce coup-ci, on l'a sauvé, il n'est même pas mort ! », s'exclame une étudiante.

Drôle de réflexion, mais qui prend tout son sens quand on s'aperçoit que le patient... n'en est pas vraiment un. Il s'agit en fait d'un mannequin qui reproduit toutes les réactions d'un vrai malade. Développé par la société Laerdal, ce patient virtuel (le Simman 3g) à 100 000 euros est le dernier joujou du Docteur Geek. Derrière le regard inexpressif du modèle, se cache en effet un véritable concentré de technologies, bourré de capteurs. Son rythme cardiaque peut s'accélérer ou ralentir, sa cage thoracique se soulever au rythme de la respiration, on peut l'intuber ou encore lui poser une intraveineuse. Ce « docteur maboul » pour vrais médecins a même la parole. Certes, pas question d'engager une longue conversation, mais comme un patient blessé, il se plaint d'avoir mal, ou d'avoir des difficultés à respirer. De quoi s'approcher au plus près des conditions réelles. « Demain, on s'entraînera sur le modèle nourrisson », indique Docteur Geek. Midi. Fin de la séance. Il sort de la pièce. Un rapide coup d'oeil sur son portable l'informe que son prochain patient a quitté le scanner et l'attend dans son cabinet. Tous les malades admis dans son service portent une puce RFID, l'équipe médicale peut donc les localiser dans l'hôpital à tout moment.

Un cabinet connecté au monde entier

Dans le cabinet du médecin, la techno est bien sûr partout, même si l'apparence générale du cabinet ne change pas : un bureau, une table d'examen, etc. ne bouscule pas trop les habitudes des patients. Deux écrans font face au docteur, un troisième sur le mur est visible par le patient. Le Docteur Geek ouvre le fichier envoyé par le service radiologie et consulte directement les résultats du scanner que vient de subir son patient. Visiblement, un examen complémentaire est nécessaire. Docteur Geek saisit sa tablette iPad, et se connecte sur le site films médicaux.org, développé par le docteur Mennecier de l'hôpital militaire Bégin (Ile-de-France). Ce médecin a entrepris de filmer lui-même tous les examens complémentaires existants et de les mettre en ligne sur son site Web. Une information précieuse que le Docteur Geek n'hésite pas à utiliser. Deux minutes plus tard, son patient sait tout sur l'echodoppler des troncs supra-aortiques. La consultation finie, le docteur donne à son patient une brochure sur l'un des sites Web qu'il a développé : toutsurmoncoeur.net. Le but ? Faciliter à ses patients l'accès à une information vérifiée, sur tous les aspects des différentes pathologies cardiaques. « En cas de question avant notre prochain rendez-vous, n'hésitez pas à m'envoyer un mail ! », conclut le médecin qui invite aussi son patient à rejoindre le compte Facebook du site Web.

14 h 30. Son iPhone vibre, une alerte s'affiche sur l'écran. Dans dix minutes, un "chat" commence sur le site d'un éditeur de revues scientifiques. Connecté au site, le Docteur Geek, peut maintenant poser quelques questions en direct au célèbre Docteur Sheldon Cooper, auteur d'une nouvelle étude sur les implants cardiaques.

Pour le Docteur Geek, pas de doute, le temps du grand professeur travaillant seul est révolu. Les avancées scientifiques viennent de partout et les nouvelles technologies permettent à tous les médecins de progresser dans leurs pratiques. Il est d'ailleurs 16 heures, l'heure pour lui d'un rendez-vous en visioconférence avec un collègue brésilien qui veut lui faire part d'un cas. Ils passeront ainsi une heure à discuter en direct, échangeant des images numériques en temps réel. L'heure ensuite pour Docteur Geek de faire le tour de son service avec le reste de l'équipe soignante. Dans chaque chambre, un écran tactile accroché au mur leur permet de consulter rapidement le dossier médical d'un patient. La journée se finira par de la veille d'information. Flux RSS bien sûr mais aussi Twitter. Docteur Geek est un grand utilisateur du site de micro-blogging qui lui permet de suivre rapidement l'actualité scientifique et réglementaire qui le concerne. Et comme il aime à le dire à ceux qui l'accusent de perdre son temps, « tweeter, c'est partager ! »

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0928

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2010 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

[Pas à pas] Comment tirer parti de la réalité augmentée dans votre usine

[Pas à pas] Comment tirer parti de la réalité augmentée dans votre usine

Profitant des formidables progrès de l'informatique embarquée et de l'essor de l'usine 4.0, les exemples d'applications[…]

Bâtiments intelligents : des économies du sol au plafond

Bâtiments intelligents : des économies du sol au plafond

INNOVATION À TOUS LES ÉTAGES

Dossiers

INNOVATION À TOUS LES ÉTAGES

« Bâtiments intelligents : il faut placer l'utilisateur au centre », Olivier Cottet, Schneider Electric

Interview

« Bâtiments intelligents : il faut placer l'utilisateur au centre », Olivier Cottet, Schneider Electric

  • Nous suivre