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Interview

Un vaccin antigrippal universel en 2030

Un vaccin antigrippal universel en 2030

© DR

Un nouveau foyer de contamination de la grippe A H1N1 vient d'être identifié à Toulouse, en France. Face à la pandémie grippale, industriels de la santé et autorités sanitaires sont sur le pied de guerre. Du virus ou des technologies permettant de s’en protéger, qui évolue le plus vite ? Réponse en trois points avec le professeur François Bricaire, chef du service maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Il y a quatre ans, vous avez publié avec le professeur Jean-Philippe Derenne un livre* décrivant le risque inéluctable d’une pandémie de grippe et ses conséquences. Le constat a-t-il changé ?

Le risque lié à la grippe n’a pas changé, puisque ces virus circulent en permanence. La survenue d’épidémies et, périodiquement, d’une pandémie, reste donc possible à tout moment. Notons toutefois que ce terme de pandémie renvoie à l’extension géographique du virus, sans préjuger de sa sévérité. Tout le monde l’a oublié, mais il y a par exemple eu une pandémie de grippe, liée à un virus porcin, en 1977. Ce virus n’était pas très violent. Avec la souche A/H1N1 on est peut-être dans la même configuration.
 
La capacité de prévision a-t-elle progressé ?
On ne sait toujours pas prédire le délai entre deux pandémies, ni prévoir leur survenue en anticipant l’évolution des virus grippaux. Des progrès ont en revanche été effectués dans la surveillance : aujourd’hui, la grippe est le virus le mieux surveillé au monde ! La connaissance du virus et notamment des déterminants de la virulence progresse elle aussi.
 
Quelles ruptures technologiques pourraient relativiser la gravité d’une pandémie ?
A l’heure actuelle, les traitements ne sont efficaces que s’ils sont utilisés précocement. Cette difficulté sera sans doute surmontée à l’avenir. On devrait également trouver des molécules moins susceptibles de donner lieu à une résistance. La surveillance sera peut-être améliorée elle aussi. Du côté des vaccins, le recours à la culture cellulaire, plutôt qu’à la culture sur œufs qui était utilisée jusqu’ici, permettra d’accélérer la production. Par ailleurs, les vaccins qui protègent contre la grippe saisonnière ne sont pour l’heure efficaces qu’à 70% contre les souches qu’ils ciblent. Mais des adjuvants capables de stimuler la production d’anticorps ont été découverts. La qualité des vaccins devrait donc augmenter. Enfin, à long terme, par exemple en 2030, on disposera sans doute d’un vaccin universel, capable de protéger de tous les virus de grippe, grâce à l’identification d’une cible antigénique commune...Reste que rien n’empêche d’imaginer qu’un virus change complètement et déjoue un vaccin, même universel.
 
Propos recueillis par Muriel de Véricourt
 
* Pandémie. La grande menace de la grippe aviaire. Fayard.

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