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Un smartphone à quatre roues

ANTOINE CAPPELLE

Les technologies de la communication investissent tous les aspects de nos vies. L'automobile n'y échappe pas : aujourd'hui, les véhicules sont de plus en plus connectés. Si les premières applications sont utilitaires et ne concernent que les voitures de luxe, l'usage s'étend petit à petit, pour intégrer une gestion plus précise du véhicule et offrir l'accès au divertissement en ligne.

Les voitures d'aujourd'hui ne sont plus de simples engins mécaniques : l'électronique les a envahies à tous les niveaux, elles sont devenues de véritables ordinateurs. Le prolongement logique de cette évolution est donc... de les connecter ! En effet, les secteurs de l'automobile et des télécommunications se rapprochent. Ensemble, ils cherchent à brancher la voiture à Internet, afin de lui attribuer de nouvelles fonctions et de perfectionner les applications déjà existantes.

Gérard Duchêne, chef de projets au pôle de compétitivité ID4CAR, observe cette tendance. Selon lui, les applications pour la voiture communicante sont nombreuses et promises à un bel avenir : « Cela peut aller de la gestion de flotte à l'aide à la conduite, sans oublier les loisirs numériques. Il faut développer les technologies, mais également les usages. » La voiture électrique offre un bon exemple de ce mariage d'avenir : « Ces véhicules ont une autonomie plus faible, leur contexte d'utilisation est complètement différent. Il faut gérer les trajets en fonction des bornes de rechargement. Connecter la voiture est alors un enjeu important. »

Mais les véhicules ordinaires sont déjà branchés. BMW propose depuis 1999 une fonction de téléassistance : grâce à une touche sur le plafonnier, le conducteur peut être mis directement en relation avec un réparateur agréé. L'offre s'est perfectionnée, et il est aujourd'hui possible de diagnostiquer des pannes à distance, voire de les réparer dans certains cas.

 

LE TÉLÉDIAGNOSTIC POUR PRÉVENIR LES PANNES

 

Avec le téléservice actuel, une BMW peut même communiquer toute seule : elle mesure l'état de paramètres tels que l'usure des plaquettes de freins, et estime à quel moment le matériel devra être changé. Quatre semaines avant cette date, la voiture transmet automatiquement l'information à un serveur BMW. Les besoins sont communiqués à un concessionnaire choisi par l'utilisateur : nature des réparations, référence des pièces à changer. Un rendez-vous est proposé à l'automobiliste, qui n'a plus qu'à se rendre au garage le moment venu pour la réparation.

Quant à l'appel manuel au service d'assistance, il tire profit de l'amélioration de l'électronique embarquée. « Auparavant, l'automobiliste ne savait pas toujours indiquer quel était son problème, ou même où il se trouvait exactement », explique Cyril Jacquin, chef du service marketing chez BMW. Maintenant, lors de l'appel, la voiture transmet des informations au serveur central, comme la tension de la batterie, le niveau de carburant, la température du liquide de refroidissement, les besoins de maintenance, les coordonnées GPS et la mémoire de défaut. » Cette mémoire enregistre des informations relatives aux anomalies grâce aux 50 à 70 boîtiers électroniques embarqués.

Avec ces informations en mains, le technicien de l'assistance entre en contact avec le conducteur. Il lui indique si le véhicule peut encore rouler, s'il faut envoyer un réparateur sur place, ou si une manipulation peut être effectuée à distance. Ce dernier cas ne concerne encore que des problèmes électroniques mineurs, qui peuvent être résolus en réinitialisant un boîtier. Il peut arriver qu'à la suite d'un problème, la boîte de vitesse se bloque : un mode de fonctionnement autorise la voiture à continuer de rouler, mais sans dépasser la troisième vitesse. « Si le problème n'est pas grave, il est possible d'effacer la mémoire de défaut, afin que la voiture circule de nouveau normalement », indique Cyril Jacquin.

La connexion passe essentiellement par le réseau mobile GSM. Elle utilise également la 3 G. Cela nécessite simplement une carte SIM. Certains modèles de BMW, équipés de l'option Connected Drive, en contiennent une dédiée. Les autres utilisent celle du conducteur, qui peut relier son téléphone à la voiture via la technologie radio Bluetooth.

De cette façon, il est également possible de se connecter à Internet. Lancé en 2008 par BMW, le service n'était d'abord disponible que sur les véhicules haut de gamme. Aujourd'hui, il est accessible à tous les véhicules de la marque. Dès 2011, le téléservice offrira en plus la possibilité d'écouter de la musique ou de mettre à jour les logiciels pilotes du véhicule : plus besoin de passer par un intermédiaire extérieur, tout se fera directement dans la voiture.

Voilà la philosophie de la voiture connectée : se passer de matériel extérieur. Tout doit être accessible dans l'automobile. Encore à l'état de prototype, la « LTE Connected Car » symbolise cette ambition. Mise au point par Alcatel-Lucent, elle concentre un maximum d'applications en ligne accessibles via la prochaine génération de réseaux mobiles LTE (long term evolution). Là encore, la maintenance de la voiture peut être assurée en amont. L'aide à la conduite inclut le GPS en temps réel, et des informations en direct sur le trafic ou les conditions météorologiques.

Au-delà de l'intérêt pour le conducteur, un tel véhicule peut profiter à tout un réseau. Les capteurs de l'ABS peuvent par exemple détecter une route glissante. La voiture connectée pourrait transmettre cette donnée, assortie de ses coordonnées GPS. La localisation de la route dangereuse arriverait alors aux autres automobilistes également connectés... et aux autres, par l'intermédiaire de panneaux d'information. « Nous capitalisons sur des technologies déjà existantes. Nous créons une synergie en les intégrant dans l'écosystème Connected Car », explique Alain Sanchez, directeur marketing d'Alcatel-Lucent.

 

LE DIVERTISSEMENT À BORD PASSERA PAR LA 4 G

 

Même esprit pour les loisirs : il s'agit de mettre à disposition, dans la voiture, des applications habituellement « fixes ». Désormais, des écrans sont intégrés à la voiture. Le contenu, lui, sera délocalisé et accessible en ligne. Plus besoin de transporter disques et clés USB. Des bibliothèques de films, de musique et même des jeux vidéos seront mis à disposition des voyageurs à travers Internet et le cloud computing. « Cela passe par de nouvelles interfaces, tactiles, plus simples que sur un ordinateur », indique Alain Sanchez.

De telles fonctionnalités ne sont pas encore réalisables à grande échelle. Pour satisfaire cette ambition, Alcatel-Lucent compte sur le déploiement des réseaux mobiles 4 G (ou LTE). « La 4 G est l'évolution logique des réseaux 3 G actuels : si l'on prend en compte l'augmentation à venir du nombre de smartphones, les réseaux 3 G seront dépassés d'ici trois à quatre ans », pronostique Alain Sanchez. La 4 G offre une vitesse de téléchargement descendant de 20 à 25 Mbit/s en conditions réelles, avec un temps de réponse de 20 ms : des performances suffisantes pour utiliser des jeux en réseaux. Le débit montant n'est pas en reste : la voiture peut transmettre des données à une vitesse moyenne de 10 Mbit/s.

 

DES HACKERS POURRAIENT-ILS S'ATTAQUER À NOS VOITURES ?

 

Tandis que la voiture connectée ressemble à une sorte de smartphone roulant, le smartphone, lui, devient le prolongement du véhicule. Aux Etats-Unis, les utilisateurs du service OnStar, de General Motors, peuvent utiliser leur téléphone pour vérifier à distance la charge de la batterie, contrôler la fermeture des portes, ou activer l'avertisseur pour retrouver leur véhicule sur un parking.

Ces moyens d'interagir à distance avec une voiture soulèvent des inquiétudes. Des chercheurs des universités de Seattle et San Diego ont publié cet été un article démontrant qu'il était possible de s'infiltrer dans le système électronique d'un véhicule, ainsi que de bloquer les roues, désactiver les freins ou couper le moteur : une menace possible pour la sécurité des utilisateurs. L'attaque passerait par un accès à l'intérieur du véhicule et la tendance à connecter les véhicules pourrait fournir des moyens d'intrusion.

« La sécurité absolue n'existe pas, admet Alain Sanchez. Sur le plan théorique, on ne peut pas écarter l'idée de se connecter au véhicule pour prendre le contrôle de certaines fonctions, mais la probabilité est extrêmement faible. » La sécurisation d'un véhicule s'apparente pour lui à la protection des données sur un ordinateur. « La sécurité des systèmes n'est pas compromise par la mobilité. Au contraire, la mobilité peut rendre le travail plus difficile pour d'éventuels hackers. »

Les nouveaux pirates de la route devront en tout cas patienter avant de s'attaquer à une voiture entièrement connectée : « Techniquement, nous sommes prêts à déployer les réseaux 4 G, explique Alain Sanchez. Les voitures compatibles pourraient être produites en série d'ici trois à quatre ans. Les constructeurs peuvent aller vite à partir d'un seuil de marché intéressant. » La demande des utilisateurs sera déterminante pour l'avenir de la voiture connectée.

OPTION

Sur 54 000 voitures BMW équipées en France, la moitié utilise l'option téléservice, qui transmet automatiquement des données relatives à la maintenance du véhicule.

REPÈRECONNECTER LES VOITURES DANS TOUTE L'EUROPE

Le 6 juillet 2010, le Parlement européen a adopté une résolution relative au développement des systèmes de transport intelligents (STI). Elle contient quatre priorités : « l'utilisation optimale des données relatives aux routes, à la circulation et aux déplacements », « la continuité des services de gestion de la circulation » entre les pays, « l'application des STI à la sécurité routière » et « l'intégration du véhicule dans l'infrastructure de transport ». Cela passera notamment par le déploiement obligatoire de services d'information en temps réel sur la circulation, et le développement d'un système d'appel d'urgence interopérable dans toute l'Europe.

Surfez à bord

La « LTE Connected Car », prototype de démonstration d'Alcatel-Lucent, préfigure la voiture communicante de demain. Elle se connecte à Internet via la prochaine génération de réseaux mobile 4 G basés sur la technologie LTE. Elle donne accès à une foule de services, disponibles sur le réseau. DOMOTIQUE Contrôler à distance le chauffage ou les systèmes de sécurité de son domicile, comme la surveillance vidéo. COMMUNICATION Rester connecté avec des services d'appel et de messagerie, ainsi que l'accès à Internet. NAVIGATION Connaître en direct l'état des routes et du trafic, localiser rapidement des services grâce au GPS. LOISIRS Accéder en ligne à des catalogues de films, de musique ou de jeux vidéo.

JEAN-PAUL MEDIONI DIRECTEUR GÉNÉRAL DE GEENSYS« Développer des standards pour stimuler l'innovation »

« À l'ère du numérique, nous sommes capables d'implanter n'importe quel service dans un véhicule, les possibilités sont infinies. Rajouter un logiciel, c'est rajouter de l'intelligence.Une voiture contient deux réseaux : celui de l'électronique nécessaire au fonctionnement de la voiture, qui est privé et sécurisé, et celui des services, contenant des logiciels, et pouvant assurer par exemple une connexion à Internet. Pour stimuler le développement des applications sur ce dernier réseau, il serait intéressant d'utiliser une technologie à partir de laquelle tout le monde pourrait travailler. C'est la philosophie du consortium Autosar, qui réunit constructeurs automobiles et sociétés informatiques, pour développer une architecture logicielle ouverte et standardisée. Mais cette idée n'en est qu'à ses débuts. »

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