Nous suivre Industrie Techno

... un siège de camion dans une locomotive !

Paul Wagner

Sujets relatifs :

, ,
- Pour relancer le fret, la SNCF se devait de réhabiliter de vielles motrices. Ces dernières n'auraient pu reprendre du service si François Coppa, Michel Tupin, Édouard Zurita et Roger Cassaz n'avaient proposé, entre autres, de mettre...

En matière de fret ferroviaire, un marché récemment ouvert à la concurrence, la SNCF s'est engagée dans une stratégie de reconquête. Dans ce but, comme un bon général, il lui faut redéployer ses troupes. Pour tirer davantage de convois de fret sur tout le territoire, elle doit mobiliser ses plus puissantes motrices.

C'est la raison pour laquelle, en 2001, le centre ferroviaire de Chambéry (Savoie) fut avisé qu'une vingtaine de CC6500, jusque-là utilisées sur les trajets courts mais pentus dans la vallée de la Maurienne (avec des pentes de 3 %), seraient désormais réaffectées sur des trajets nationaux.

Pour les remplacer, on suggérait au dépôt de Chambéry de tracter les convois de 1 600 tonnes de la Maurienne en les tirant - avec des BB7200 - et en les poussant simultanément avec de vieilles locomotives, des BB8500, utilisées en tandem. Or ces dernières ne ressortaient qu'exceptionnellement des hangars pour aider à quelques manoeuvres.

Problème : les cabines de conduite de ces anciennes locos sont exiguës et surtout ne sont plus aux normes. De surcroît, sur des trajets pentus, elles engendrent des vibrations difficilement supportables. Pas question de piloter aujourd'hui de tels engins !

La réhabilitation de ces machines par les bureaux d'études n'est malheureusement pas envisageable : trop long et trop cher. Il faut pourtant trouver une solution.

Un groupe de travail d'une douzaine de personnes est alors constitué aux ateliers de Chambéry, autour de François Coppa, chef de traction, et de Michel Tupin, responsable d'entretien locomotive. Il compte à la fois des mécaniciens (les conducteurs) et des techniciens de maintenance. Une grande première à la SNCF.

Confort et ergonomie

Après plusieurs essais, le groupe propose 17 modifications dont six incontournables. Parmi elles, l'agrandissement de la cabine et le changement du siège de conduite, problématique car celui des nouvelles motrices n'entre pas ! C'est alors qu'Édouard Zurita, responsable chaudronnerie-soudure, et Roger Cassaz, responsable électricien, proposent notamment d'utiliser un siège de camion semi-remorque ! L'automobile a conçu, pour les routiers, des sièges très confortables et ergonomiques. L'essai est convaincant. Les conducteurs sont satisfaits.

Entre avril 2001 et avril 2002, vingt locomotives seront ainsi modifiées (une cabine sur deux par engin). Les commerciaux du fret sont ravis et les services techniques centraux épatés. Au passage, la SNCF, pour un coût de 328 000 euros, a évité l'achat de vingt motrices soit 36,5 millions d'euros ! Quant à l'atelier de maintenance de Chambéry, qui compte environ 250 salariés, il est relancé. Sa situation était quelque peu menacée (pour des raisons purement géographiques). Il a prouvé son dynamisme et sa compétence. À la suite de cette aventure, huit jeunes seront même embauchés...

LA LEÇON D'ISAAC GETZ*

- Un bureau d'études résout des problèmes complexes. Mais ces derniers ne constituent que 20 % de ceux qui se posent. Les hommes de terrain sont mieux placés pour résoudre les 80 % de problèmes restant auxquels ils font face localement et dont ils souffrent. - Pour rattraper les camions en termes de service et de performance, le fret SNCF doit susciter beaucoup d'idées de terrain, sans doute plus de dix par salarié et par an. Cela veut dire déployer un management des idées complètement décentralisé, comme le font les meilleures entreprises d'Europe. * Consultant et professeur de management des idées, implication, innovation à l'ESCP-EAP, Paris.

vous lisez un article d'Industries & Technologies N°0852

Découvrir les articles de ce numéro Consultez les archives 2003 d'Industries & Technologies

Bienvenue !

Vous êtes désormais inscrits. Vous recevrez prochainement notre newsletter hebdomadaire Industrie & Technologies

Nous vous recommandons

Mini-moteurs ioniques, piles à hydrogène, Global Industrie… les meilleures innovations de la semaine

Mini-moteurs ioniques, piles à hydrogène, Global Industrie… les meilleures innovations de la semaine

Quelles sont les innovations qui vous ont le plus marqués au cours des sept derniers jours ? Cette semaine, vous avez apprécié[…]

Michelin et Faurecia s’associent autour de la mobilité hydrogène

Michelin et Faurecia s’associent autour de la mobilité hydrogène

Crew Dragon, satellites OneWeb, robot fourmi… les meilleures innovations de la semaine

Crew Dragon, satellites OneWeb, robot fourmi… les meilleures innovations de la semaine

Transfo AC-DC, l’IRT de Toulouse à Montréal, ballon dirigeable… les meilleures innovations de la semaine

Transfo AC-DC, l’IRT de Toulouse à Montréal, ballon dirigeable… les meilleures innovations de la semaine

Plus d'articles