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Un réseau plus sobre pour les machines communicantes

H. L.

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Le monde des télécoms compte un nouvel opérateur : Sigfox. La start-up toulousaine joue le contre-pied en inaugurant ce mois-ci un réseau... bas débit ! Optimisé pour véhiculer les informations de bas volume à longue distance, ce réseau économe vise la démocratisation des applications de machines communicantes.

Comment télérelever les données de dizaines de milliers de détecteurs de fumées ou d'intrusion ? La question intéresse les assureurs. Ceux-ci proposent des applications capables d'alerter en direct sur leur téléphone les particuliers lorsqu'un incident survient dans leur propriété. D'autant que les détecteurs de fumées seront obligatoires dans tous logements en 2014. Ces données, peu conséquentes mais multipliées par des millions de foyers, transitaient jusque-là par des réseaux télécoms traditionnels, pensés pour les besoins exigeants des smartphones. Pour développer ce service à moindre coût, un grand groupe d'assurance mutualiste a adopté un réseau fraîchement débarqué : celui de Sigfox.

La start-up toulousaine a inauguré en juin un réseau de communication bas débit. Sa technologie, optimisée pour la radio transmission de données de faible volume, vise à démocratiser les applications promises par le machine to machine, ou M to M, un secteur d'activité en pleine expansion grâce à l'essor des technologies de communication sans fil. Elle consiste à télésurveiller des machines équipées de modules communicants via un système d'information. Cette collecte d'information à distance ouvre une multitude d'opportunités pour développer des services innovants de la télérelève des compteurs d'eau ou de gaz à la gestion des flottes de transport dans la ville en passant par la maintenance prédictive des parcs de machines géographiquement dispersées.

Des dizaines de kilomètres pour quelques milliwatts

Seulement, beaucoup de ces services dorment dans les cartons, ou restent peu développés, faute d'une stratégie économique pour transmettre les données. L'un des freins actuels au M to M tient en effet aux réseaux traditionnels (GSM, GPRS, 3G, 4G, etc.). Optimisés pour les applications téléphoniques, qui nécessitent des débits sans cesse accrus, ils s'avèrent parfois « surdimensionnés » lorsqu'il s'agit de transmettre de faibles quantités de données. « Cela revient à utiliser un pipeline pour transporter un filet d'eau. À grande échelle, il y a un surcoût en termes d'installation et d'entretien qui se répercute sur le prix des communications », résume Ludovic Le Moan, PDG de Sigfox.

C'est là qu'intervient le réseau « 0G » de l'opérateur toulousain. Basé sur un protocole de l'« ultra narrow band », il permet de transmettre des données sur plusieurs dizaines de kilomètres avec une dépense énergétique de quelques milliwatts. « Cela permet de consommer 1 000 fois moins d'énergie, et de diviser les coûts d'installation et d'entretien », explique Ludovic le Moan. Après une première levée de fonds en 2011 de 2 millions d'euros, les antennes de Sigfox couvrent déjà 40 % du territoire français. Son réseau couvrira la totalité dès la fin de l'année.

Outre la télérelève des systèmes d'alarme, le réseau de Sigfox transmet déjà les données de maintenance d'industriels dont le groupe Clear Chanel. L'entreprise de communication l'utilise pour télésurveiller l'état de détérioration de ses panneaux d'affichage publicitaires. La start-up s'intéresse également aux réseaux intelligents. Elle copte parmi ses clients des gestionnaires des réseaux de gaz et d'eau pour transmettre à moindre coût les données de leurs compteurs communicants.

Un protocole propriétaire pour un réseau bas débit

Reste pour Sigfox à convaincre l'écosystème M to M du bien-fondé de sa technologie. Comme tout opérateur, la start-up fournit le support de transmission entre le module communicant intégré sur la machine, et en bout de chaîne, le traitement des données sous forme de service. Dans cet écosystème complexe, où les métiers des télécoms côtoient ceux de l'informatique ou de l'électronique, un protocole propriétaire, non libre de droit, pourrait manquer de souplesse. « L'idée d'un réseau bas débit est très bonne. Mais avant de déployer un réseau de capteurs conséquents, les clients pourraient juger plus rassurant d'utiliser un protocole de communication standard, c'est-à-dire ouvert, et utilisable par tous », note Yannick Delibie, directeur technique de Kerlink. La PME rennaise, spécialiste de la conception de capteurs communicants, de routeurs intelligents et de leur couche logicielle, est un des acteurs M to M susceptible d'intégrer les modems adaptés au réseau Sigfox. La seconde étape pour Sigfox devrait donc passer par l'évaluation de l'opportunité et la faisabilité de standardiser sa solution. L'entreprise est bien déterminée en tout cas à prouver que le bas débit a de l'avenir.

SIGFOX MISE SUR L'ULTRA NARROW BAND

Protocole de communication radio au même titre que la 3G ou le GPRS, l'ultra narrow band (ou bande ultra étroite) utilise la bande de fréquence 868 MHz. Elle permet de transporter sur de longues distances des informations de taille réduite. Les débits en jeu sont ainsi de l'ordre du kilooctet par seconde, là où les réseaux traditionnels comptent en mégaoctet par seconde. Pour optimiser encore la dépense énergétique, Sigfox a développé son propre protocole propriétaire, plutôt que d'améliorer des protocoles déjà standardisés dans des bandes de fréquence voisines.

Surveillance des habitations

Les données de surveillance des alarmes incendie et intrusion transitent déjà par le réseau bas débit jusqu'aux serveurs d'un assureur. Lesquels peuvent relayer une alarme par SMS ou via une application que l'usager installe sur son smartphone.

Maintenance des équipements

Le réseau permet la transmission des informations relatives à la maintenance et la dégradation des panneaux publicitaires. Les équipes pourront ainsi intervenir dès la panne.

Télérelève des compteurs

Un des marchés clés du M to M et de Sigfox réside dans la transmission des données des compteurs communicants. Objectif : bâtir les smart grids de l'eau et du gaz.

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