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[Un océan de données] 5 services pour une navigation optimisée

Kevin Poireault

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[Un océan de données] 5 services pour une navigation optimisée

© Shone

Transport de marchandises, pêche, bateaux de croisière… Toutes les flottes sont tracées en temps réel grâce aux mégadonnées issues de l’AIS et du S-AIS. De la carte interactive du trafic maritime destinée au grand public au service sur-mesure pour les professionnels, en passant par les offres de weather-routing, une myriade de services utilisant ces données a vu le jour. Pour ce dernier épisode de la série, Industrie & Technologies vous présente les calculateurs, des compagnons de bord dont la tâche est d’optimiser un aspect précis de la navigation.

Maintenant que le Système d’identification automatique (AIS) et le partage généralisé des données sont monnaie courante dans le secteur maritime, des acteurs historiques de la navigation, privés comme publics, se tournent vers l’optimisation de la navigation. Certains services que nous avons évoqués dans notre deuxième épisode, consacré au tracking en temps réel des navires, proposent d’ailleurs un panel de fonctions d’optimisation. D’autres ont plutôt choisi de se concentrer sur un aspect précis de la navigation, comme la réduction des risques en mer ou l’économie de carburant. Voici le portrait de cinq de ces « calculateurs ».

Windward, la vigie du risque maritime

La description de Windward sonne comme le début d’un scénario catastrophe : « Imaginez un pays 40 fois plus grand que les Etats-Unis. Sans police, sans caméra, sans smartphone. […] Jusqu’à 2010, telle était la situation en haute mer. »

Cette entreprise israélienne, fondée il y a neuf ans par Ami Daniel et Matan Peled, a profité de la démocratisation des satellites commerciaux pour lancer, en 2012, MARINT, un service de renseignement en mer aujourd’hui renommé Windward Intelligence.

A l’origine, cette solution utilisait les données satellites pour traquer les pirates en mer. Petit à petit, la plateforme de Windward a évolué vers une analyse des données issues du trafic maritime pour identifier, grâce notamment à des algorithmes de machine learning, tout comportement anormal, et donc potentiellement illégal. En 2018, la technologie de Windward a par exemple été utilisée par le Conseil de sécurité de l’ONU pour comprendre de quelle manière la Corée du Nord contournait les sanctions commerciales qui lui étaient imposées.

En 2019, Windward a lancé de nouveaux produits basés sur sa technologie, comme une solution destinée aux compagnies d’assurance maritimes ou encore un service pour aider les armateurs, les banques et les organisations du commerce maritime à ne traiter qu’avec les acteurs « sûrs », en conformité avec les sanctions économiques, comme celles imposées à l’Iran, par exemple.

AdrenaShip, le performeur

« Nous avons 15 ans d’existence, pendant lesquels nous avons travaillé exclusivement pour les coureurs à la voile : Vendée Globe, Route du Rhum, Solitaire du Figaro…  », rappelle Michel Rodet, fondateur d’Adrena. Cette petite entreprise sise près de Nantes, en Loire-Atlantique, offre toute une gamme d’outils d’analyse de performance et de routage destinés aux voiliers. « Aujourd’hui, on équipe certainement tous les coureurs en France et un certain nombre à l’étranger », se félicite Michel Rodet.

Depuis six ans, Adrena s’est attaquée à un nouveau marché, la marine marchande. L'éditeur de logiciel de navigation propose  aujourd’hui des outils de routage de navires marchands, commercialisés sous le nom AdrenaShip, qui permettent de « calculer, à partir des caractéristiques d’un navire et des prévisions météo (le courant, le vent et les vagues), d’une part quelle est la meilleure trajectoire et d’autre part les vitesses à adopter », détaille Michel Rodet. Grâce à cette optimisation, AdrenaShip promet à ses clients de « réduire la consommation de carburant et les coûts d’exploitation », peut-on lire sur son site.

Cencoos, l’écolo californien

Cencoos est un peu différent des autres acteurs présentés ici : il ne s’agit pas d’une entreprise mais d’un projet développé par un organisme public américain, l’Integrating Ocean Observing System (IOOS, « Système d’observation intégré des océans »).

Cette plateforme de visualisation scientifique vise à rendre compte de l’état « biologique, chimique et physique » de la côte de la Californie centrale. Sur son site, Cencoos alimente en temps réel une carte des conditions environnementales du littoral californien en s’appuyant sur des données issues de capteurs géologiques, de données océanographiques et atmosphériques et d’observations satellites. Utile pour les armateurs de navires accostant dans la région et les gestionnaires des ports de l’Etat américain, Cencoos n’est néanmoins pas destiné à devenir un véritable outil de navigation.

Sea Routes, l’écocalculateur

A la différence de Sea Routes. La start-up née à Hambourg en 2017 mais aujourd’hui installée à Marseille, au sein de ZeBox, l’incubateur du géant maritime français CMA CGM, a bien l’ambition de s’imposer comme l’outil numéro un d’optimisation écologique de la marine marchande.

La petite entreprise a commencé par puiser dans les données AIS des navires pour « les transformer, grâce à une série d’algorithmes, en une cartographie des routes maritimes », commence Pierre Garreau, PDG de Sea Routes. Une carte disponible directement sur son site web. Mais très vite, le Français a voulu aller plus loin en misant sur l’écologie : « L’idée est de créer un outil qui permette d’optimiser les flux pour réduire l’empreinte énergétique des bateaux », précise-t-il.

Lauréate de la première édition du Smartport Challenge grâce à cet écocalculateur, l’entreprise travaille maintenant main dans la main avec le port de Marseille-Fos pour transformer ce projet de recherche en partenariat avec l’Université d’Aix-Marseille en véritable produit commercial.

Shone, l’assistant de navigation intelligent

L’armateur français CMA CGM mise aussi sur une autre start-up. Baptisée Shone, cette entreprise a été fondée en 2017 par trois jeunes Européens travaillant dans le transport autonome et alors installés en Californie.

En mars 2018, la start-up a lancé une solution logicielle d’assistance à la navigation puisant dans un grand nombre de données maritimes. « Concrètement, on est capable de récupérer le signal du radar, les données AIS ainsi que tous les messages NMEA [National Marine Electronics Association, ndlr] de type navigation comme le cap, la vitesse, la profondeur et les messages GPS, explique Clément Renault, l’un des trois fondateurs de Shone, au site Jeune Marine. On combine toutes ces informations avec les données du Système de visualisation des cartes électroniques et d'information [ECDIS, un système d’information géographique utilisé pour la navigation nautique, ndlr] et le flux vidéo de nos caméras HD, pour créer une interface qui représente la situation réelle du navire dans un environnement dynamique. »

Leur objectif est de proposer un véritable compagnon de route qui permettra d’automatiser de nombreuses fonctions aujourd’hui réalisées par l’équipage grâce à une série d’outils comme la recommandation de trajectoire, la prévention des collisions ou encore la surveillance vidéo des environs du navire (avec caméras et algorithmes de tracking).

Après avoir acheté un bateau de 7 mètres de long pour tester leurs technologies, les trois fondateurs de Shone ont signé un projet pilote avec CMA CGM pour « embarquer l’intelligence artificielle à bord des navires », lit-on sur le site de l'armateur.
 

Pour en savoir plus sur les technologies de réduction des gaz à effet de serre par le secteur du commerce maritime, rendez-vous le 12 septembre pour le prochain numéro d’Industrie & Technologies et notre dossier « Fret maritime : un trafic à verdir d’urgence ».   
 

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