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La semaine de Jean-François Prevéraud

Un Micad en demi-teinte

Industrie et  Technologies
Le Micad 2006 vient de fermer ses portes. Que faudra-t-il en retenir ? Principalement que sommes à la croisée des chemins et à la fin d'une époque.


Le Birp, organisateur originel du Micad depuis 1984, a été vendu à Exposium en juillet 2005. Ce nouvel organisateur a décidé d'adosser le Micad à sa manifestation SCS Automation & Control, un salon très orienté vers les composants mécaniques, électriques, d'automatisme et de mesure, qui regroupe des manifestations importantes comme Automation, Elec, Mécanelem, Mesucora ou Solution Vision et de faire du tout un salon principalement à destination des bureaux d'études.

Et de fait nous avons rencontré dans les allées de Villepinte bon nombre de concepteurs à la recherche d'idées et de composants à intégrer dans leurs projets. Sans entrer dans la traditionnelle guerre des chiffres "entre la police et les manifestants", force est de reconnaître qu'il y avait du monde dans les allées, surtout le matin, mais que les fins d'après-midi étaient plus calmes. L'effet de Villepinte sans doute, dont l'éloignement, combiné aux incontournables embouteillages de début de soirée, fait fuir les visiteurs à partir de 15 heures.

Mais ce qu'il faudra surtout retenir c'est que ces concepteurs, attirés par les composants ont pu voir au passage de la CAO, de la GDT, du calcul, bref les outils qu'ils utilisent ou utiliseront tous les jours. Cela est d'autant plus intéressant qu'ils ne se seraient pas déplacés sur un salon d'informatique tel qu'était le Micad ancienne formule.

Dommage dans ces conditions que seulement 35 exposants aient compris le message qu'Exposium a essayé de faire passer : « nous vous apporterons des prospects que vous n'avez jamais vus au Micad ». En cela, le Micad 2006 était bien un Micad+. Et le succès de certaines conférences, organisées sous la houlette de Micado, ne fait que renforcer cette opinion. Il y avait bien un réel besoin d'information de la part des visiteurs. Reste que 35 exposants c'est bien peu pour représenter l'offre globale qui existe autour du PLM. D'autant que certains segments comme la schématique électrique, le prototypage rapide ou la simulation numérique étaient fortement présents.

Alors de grâce, que tout le monde y mette du sien. Il faut que certains grands acteurs absents arrêtent de jouer les divas et comprennent enfin que l'informatique n'est pas le nombril de l'industrie et que le PLM n'est pas le nombril de l'informatique. Un composant mécanique ce n'est pas qu'un modèle 3D ou une case à cocher dans une bibliothèque CAO. C'est quelque chose de matériel qu'un concepteur aime toucher, soupeser, actionner pour en comprendre le fonctionnement et se faire une idée de sa qualité. Autant de choses que la virtualité de la CAO ne permet pas de faire passer. Comment expliquer autrement les dizaines voire centaine de mètres carrés pris par certains fabricants de moteurs, de réducteurs, de vérins ou de roulements. Ils auraient pu faire des stands "plus cosy" autour des grands écrans plats qui vantaient les mérites de leurs produits, pourtant ils ont fait l'effort de mettre à la disposition des concepteurs des tonnes de composants réels. C'est ca la vraie vie industrielle.

Alors j'aurais aimé, tout comme les visiteurs, voire une réelle osmose entre le virtuel et le réel, voire des outils de conception et de simulation adossés à des stands présentant des animations autour de composants et de robots réels. Les exposants du secteur de la schématique électrique l'on bien compris, car depuis longtemps ils participent à Elec. Dans un autre domaine, ceux de la CAO-Bâtiment vont de longue date exposer à Batimat, au milieu des parpaings et des huisseries. Enfin, ceux de la FAO ont toujours été présents sur les salons de machines-outils. Alors pourquoi pas la CAO-Mécanique à coté de Mécanelem ? Certains auraient-il peur de déroger en s'abaissant à venir dans un salon industriel ? Ceux-là connaissent bien mal l'industrie et leurs clients, et ils s'exposent à de graves déboires ! L'industrie ce n'est pas quelques grands comptes dans l'automobile et l'aéronautique qui imposent leur vue. Mais un tissu de PME pour qui le PLM est encore souvent quelque chose de futuriste, empêtrés qu'ils sont dans le passage 2D/3D ou l'intégration de la simulation numérique. Le mélange des genres est indispensable pour faire progresser la communauté. Le succès de manifestations comme la Foire de Hanovre, Euromold ou le National Design Engineering Show en sont la preuve. Ce qui est vrai Outre-Rhin ou Outre-Atlantique ne peut-il l'être dans l'Hexagone ?

De même, certains acteurs expliquent leur absence par une année fiscale à boucler ce qui ne leur permet pas de dégager des techniciens et des commerciaux sur un stand. Les centaines de fabricants de composants présents seraient-ils dans un autre espace-temps et finiraient-ils tous leur année autrement qu'au 31 décembre ? D'autres invoquent une préférence pour de coûteuses manifestations propriétaires qui ne leur permettent en réalité de prêcher la bonne parole qu'à des convertis qui leurs sont acquis, négligeant une masse de prospects potentiels. De bien pales excuses face au sentiment d'occasions ratées que me laissera ce Micad.

Reste une interrogation sur le futur qu'Exposium se doit de lever très rapidement. Ou et quand le Micad+ 2007 aura-t-il lieu ? Avec SCS Automation & Control, en novembre à Lyon, au risque de n'y voir que quelques distributeurs régionaux ? Et ne peut-on pas envisager une réelle complémentarité avec Ind.ao ? Une consultation rapide de tous les acteurs, visiteurs potentiels inclus, est donc ardemment souhaitable, car Micad ne se relèverait pas d'une deuxième édition de basses eaux.

A la semaine prochaine.

Jean-François Prevéraud, journaliste à Industrie & Technologies et l'Usine Nouvelle, suit depuis plus de 25 ans l'informatique industrielle et plus particulièrement les applications destinées au monde de la conception (CFAO, GDT, Calcul/Simulation, PLM...). Il a été à l'origine de la lettre bimensuelle Systèmes d'Informations Technologiques, qui a été intégrée à cette lettre Web hebdomadaire, dont il est maintenant le rédacteur en chef.


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