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Un MES pour garder un oeil avisé sur votre process

ANTOINE CAPPELLE redaction@industrie-technologies.com

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À la fois vigie et gouvernail, le logiciel MES constitue les yeux de l'entreprise sur sa production. C'est un outil précieux pour surveiller et optimiser la fabrication en temps réel, à condition de bien le choisir et de bien le mettre en place. Les nombreuses fonctions et spécialités de cet outil peuvent prêter à confusion. Et son installation peut être vécue comme une contrainte. Entre production et informatique, voici quelques clés pour bien mener votre projet.

Les MES (Manufacturing execution systems) sont encore mal connus. C'est la conclusion d'une étude menée par le club MES, qui regroupe des acteurs de ce secteur : éditeurs, intégrateurs, consultants... Près de 62 % des directions informatiques et industrielles interrogées estiment connaître insuffisamment, voire pas du tout, le principe de fonctionnement de ces logiciels de suivi et de pilotage de la production en temps réel. Cet outil, aux fonctions multiples, peut pourtant s'avérer un allié précieux pour la gestion fine de l'ensemble de la chaîne de fabrication, de l'arrivée des matières premières au produit fini.

1. Définir les contours du projet

Se lancer dans l'installation d'un MES n'a rien d'évident. Au premier abord, l'outil peut sembler flou, ses fonctions et ses limites ne sont pas toujours bien cernées. Même les besoins de l'entreprise sont parfois nébuleux. C'est pourquoi la première étape d'un tel projet est d'établir un cahier des charges le plus précis possible.

Pour définir les contours du projet, il peut être profitable de faire appel à un consultant. « Cela nous a aidés à identifier nos vrais besoins », raconte Johann Brunie, responsable process fabrication chez Arc International Cookware, qui fabrique des plats en pyrex. « Sans avoir cet oeil extérieur sur notre process, nous serions passés à côté de nombreux points importants. Nous avons changé certaines de nos pratiques pour faciliter l'usage du système à venir. Il faut savoir bien décrire ses flux », note Emmanuel Castelbou, responsable du système d'information de la fromagerie Guilloteau. « Cela facilite le choix du fournisseur et l'installation. » L'entreprise a opté pour le logiciel Qubes, édité par Creative IT.

Une fois mis en place, l'outil sera dans les mains des opérateurs. C'est pourquoi il faut les impliquer en amont du projet. « Le chantier a été mené avec eux, ils ont exprimé leurs besoins. Il faut que tous les services travaillent ensemble, explique Emmanuel Castelbou. Il ne s'agit pas simplement de l'installation d'un nouveau système informatique, toute la production est impliquée. Chez nous, le chef de projet était un contrôleur de gestion. »

Le cahier des charges finalisé sera ensuite transmis à plusieurs fournisseurs potentiels. Jean-Luc Delcuvellerie, responsable du domaine manufacturing de la direction des services et systèmes d'information d'Areva, recommande de rencontrer les équipes de développement : « Il faut demander un maquettage, ouvrir le capot pour se former au produit. En théorie, tout le monde sait faire la même chose, mais pour une entreprise donnée, il n'y a généralement que quelques solutions réellement adaptées. »

Cette étape vaut d'y consacrer du temps. « Nous avions sélectionné au départ onze éditeurs, parmi lesquels quatre ont été retenus, détaille Johann Brunie. Chacun est venu faire une soutenance chez nous. Nous avons réduit notre choix à trois, puis deux. Nous avons préféré prendre du retard sur cette étape et être sûrs de choisir la meilleure solution. »

2. Greffer sur la chaîne de production

Le MES vient se greffer sur la chaîne de production existante. Il n'y a généralement pas de nouvelles machines à installer. « Ce n'est pas du gros oeuvre : il s'agit de connecter des prises, des lecteurs, des écrans, et des serveurs. Le plus contraignant est d'installer des câbles pour adapter le réseau et assurer la transmission des données. Mais rien ne nécessite normalement d'arrêter la production », explique Johann Brunie.

L'adaptation à l'outil est parfois difficile. « Avant le MES, le suivi de la production était fait sur papier. Certains opérateurs ont été réfractaires à l'informatisation, car c'est une contrainte en plus pour eux. Mais il faut savoir en faire un atout », témoigne Emmanuel Castelbou.

Et les avantages sont nombreux : tout au long de la chaîne de production, le MES, connecté aux machines, récolte des informations, les stocke, les croise, informe en temps réel les opérateurs qui peuvent ainsi ajuster en direct les divers paramètres du process. « Le MES devient les yeux de l'entreprise dans les mains de l'opérateur, résume Pascal Ober, responsable du centre de compétence SAP+ chez Saint-Gobain, client d'Apriso. Le système nous donne un tableau de bord en temps réel de l'ensemble des activités de l'usine, basé sur des données fiables. »

Le principe est le même pour la fromagerie Guilloteau : à la réception du lait, le logiciel indique aux opérateurs la procédure à respecter. Les données à saisir, comme la température ou les quantités, sont entrées par l'interface du logiciel. Un numéro de lot est créé automatiquement. « Les choses sont claires dès le départ, assure Emmanuel Castelbou. Et elles le restent jusqu'à l'autre bout de la chaîne. »

Le logiciel peut indiquer aux opérateurs les étapes à suivre, ou leur faciliter l'accès à la documentation en rapport avec la tâche à accomplir. Chaque produit peut être suivi avec la précision voulue, tous les détails de sa fabrication sont alors enregistrés. La traçabilité est simplifiée, et devient plus précise. Un avantage important dans l'agroalimentaire ou la pharmacie. L'historique de la fabrication d'un lot est retrouvé instantanément. « Il devient possible de savoir ce qui a mal fonctionné si des pièces sont refusées », explique Johann Brunie. Mais en cas de panne du système, la traçabilité est-elle rompue ? « Il faut garder le papier comme plan B », prévient Emmanuel Castelbou. Les informations ainsi saisies pourront être réintégrées plus tard dans le logiciel.

3. L'intégrer dans l'ERP

La frontière entre un MES et un progiciel de gestion intégrée (ERP) semble parfois mal définie. Certaines fonctions, comme la gestion des stocks, peuvent se retrouver dans les deux types de systèmes. Mais ils sont plus complémentaires que concurrents. « Quand nous avons installé un ERP, nous nous sommes demandé s'il fallait garder notre MES. Mais la question a vite été balayée : il serait trop compliqué d'avoir un suivi aussi fin avec un ERP », explique Emmanuel Castelbou.

L'équipe d'Arc International Cookware, au début de son projet, n'avait pas songé immédiatement à un MES. « Nous avons envisagé d'installer un système de gestion d'entrepôt, ou de planification des ressources », témoigne le responsable process fabrication. « Mais nous savions que nous ne pourrions pas tout faire, et nous avons jugé que c'est avec un MES que nous aurions le plus à gagner. »

Si un ERP est déjà utilisé pour gérer les stocks, les commandes et les envois, un MES y apporte une plus-value en lui fournissant des informations plus régulières et plus fiables : « Avec notre MES, nous connaissons plus précisément le prix de revient de chacun de nos produits », dit Emmanuel Castelbou. « Nous avons eu une approche double plate-forme, raconte Pascal Ober. Notre ERP intervient en amont, jusqu'aux commandes. Ensuite, la fabrication, jusqu'aux documents d'expédition, est prise en charge par le MES. »

À moins d'utiliser des solutions développées spécifiquement en interne par l'entreprise, les interfaces entre les deux types de systèmes sont généralement standardisées, de la même manière que les connexions entre logiciel et machines. L'intégration et le paramétrage ne présentent pas de difficultés.

4. Faire attention à la maintenance

Une fois le système installé et fonctionnel, il reste à le maintenir à jour. L'éditeur prévoit généralement un contrat de maintenance, dont l'utilisateur choisit de bénéficier selon ses propres compétences informatiques. « Cela représente pour nous de 15 à 20 jours par an », précise Emmanuel Castelbou. « Il s'agit généralement de montées en version, de la mise à jour des normes, de l'actualisation, de l'ajout d'un process pour un nouveau produit, ou de l'adaptation aux nouveaux standards d'autres logiciels. »

« Il faut être vigilant sur ce point, prévient Jean-Luc Delcuvellerie. Le logiciel Intrack, que nous avions sélectionné en 2000 est en voie d'être obsolète. » L'éditeur Wonderware ayant développé une autre solution, il cesse de faire évoluer le logiciel choisi par Areva, tout en continuant d'en assurer la maintenance. « C'est un produit dont nous étions satisfaits, ajoute-t-il, mais nous savons que nous devrons inévitablement en installer un nouveau afin de couvrir nos nouveaux besoins et suivre les évolutions des logiciels comme Microsoft Windows. » Pour éviter ce type d'imprévus, le responsable du domaine système d'information manufacturing chez Areva recommande de suivre de près l'état du marché, notamment les rachats de solutions entre éditeurs, et la façon dont les produits évoluent.

La réussite de l'intégration d'un MES se joue en grande partie en amont. Il faut donc cerner et décrire au mieux ses besoins, choisir attentivement sa solution et s'y former avec l'aide de l'éditeur. En partant sur de bonnes bases, l'entreprise met toutes les chances de son côté pour tirer pleinement profit des possibilités offertes par ces logiciels. c

ÉTUDE

Selon le Club MES, 30 % des entreprises industrielles, tous secteurs confondus, seraient déjà équipées d'un MES.

Qu'est-ce qu'un MES ?

Les MES (Manufacturing execution system) sont des logiciels de suivi et de pilotage de production. Connectés aux machines et à des interfaces pour les opérateurs, ils récoltent et croisent en direct les informations importantes sur le process, de l'arrivée des matières premières aux produits finis. D'où une détection rapide des pannes et des dysfonctionnements. Ces logiciels servent aussi à optimiser la production en ajustant en temps réel les paramètres de fabrication. Ils aident enfin à assurer une traçabilité précise des produits, et à réduire les pertes. Selon les éditeurs, ils proposent des spécificités adaptées aux process des différents secteurs industriels.

« Nous avons multiplié par dix les informations utiles recueillies sur la production »

EMMANUEL CASTELBOU RESPONSABLE DU SYSTÈME D'INFORMATION DE LA FROMAGERIE GUILLOTEAU

« Certains de nos fromages sont élaborés à partir d'une cinquantaine de lots différents de lait et de crème. Cela donne des arbres de traçabilité conséquents et difficiles à gérer sur papier. En installant notre MES (logiciel Qubes de Creative IT), nous avons multiplié par plus de dix le nombre d'informations exploitables recueillies au long de la chaîne de production. Les liens entre elles se font naturellement. Grâce aux alertes en temps réel, le nombre de lots non-conformes a diminué. Les opérateurs étant plus réactifs, notre maintenance est mieux gérée. De plus, nous présentons une meilleure image auprès des clients qui demandent à visiter nos ateliers, et nous sommes plus sereins lors des audits. »

CHOISIR LE BON PARTENAIRE

Préparer un cahier des charges détaillé. Cette première étape permet d'effectuer une première sélection parmi les éditeurs. Mieux les besoins seront définis, plus il sera facile d'écarter les solutions qui n'y répondent pas. Demander des démonstrations. Ce service est normalement inclus dans le devis. Si, sur le papier, les logiciels se ressemblent, les produits adaptés à une entreprise donnée ne sont pas forcément nombreux. Cela sert aussi à se familiariser avec les produits, afin de mieux les prendre en main par la suite. Surveiller le marché. Si un éditeur se fait racheter, comment son produit va-t-il évoluer ? Il est important de connaître les stratégies afin de s'assurer de la pérennité des solutions ciblées. Pour cela, demander des feuilles de route aux éditeurs, ou prendre conseil auprès d'analystes.

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